‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 50 sur 216 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Ions du 143 e , du 23 e et du 111% puis des compagnies de débarquement et de notre artillerie de campagne. Le fusil sur l'épaule, pour quelques instants encore, à travers la rizière, dans l'eau jusqu'aux genoux, et n'en avançant pas moins dans une parfaite régularité. Mais voici que se dessine une grande chaîne de tirailleurs. Et bientôt des feux de salve remplissent l'espace. Les Chinois, solidement retranchés en avant du village de Kéroï, nous opposent une sérieuse résistance. Devant le barrage, la flottille accélère l'attaque. L'ambulance et le convoi de vivres suivent à courte distance.

A midi le feu cesse. Les Chinois ont abandonné la résistance du barrage, et voici que des chaloupes à vapeur emportent rapidement des travailleurs chargés d'en achever la destruction. La Carabine, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Bauer, surveille le pénible travail que dirige le pilote Crochet, un vieil habitué du Tonkin. A terre, après une furieuse attaque, nos troupes ont emporté d'assaut les retranchements de Kéroï; elles sont actuellement maîtresses de ce gros village catholique, et le drapeau tricolore flotte au sommet de son étincelant clocher. La section d'ambulance qui a suivi, sous la direction du médecin-major Baudot, tous les mouvements de la troupe, n'a pas cessé d'être en rapports avec l'ambulance sur jonques, mais paraît n'avoir pas à soigner un grand nombre de blessés. Et les coolies porte-brancards que nos infirmiers accompagnent à travers la rizière nous reviennent à vide. L'action, vigoureusement menée et prudemment préparée, satisfait l'attente.

La journée cependant n'est pas finie. Les fuyards de Lac- Buoï et de Kéroï se précipitent vers Bac-Ninh, poursuivis seulement par quelques coups de canon et de fusil. Et voici que nos bataillons, après deux heures à peine de repos, se rapprochent des digues du Song-Cau, précédés des compagnies de débarquement du capitaine de frégate de Beaumont.

On avance régulièrement, et l'ardeur de nos soldats leur fait oublier aussi bien les fatigues du matin que la boue des rizières et l'éclat du soleil. La légion étrangère, qui, ce matin, a poussé la première attaque, forme actuellement l'arrière-

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garde* L'artillerie suit péniblement la digue, traînée par des coolies, et poussée par les artilleurs, qui parfois sont obligés de soutenir les pièces sur leurs épaules, ayant de la vase jusqu'au ventre. C'est inouï d'entraînement et de superbe endurance.

Vers deux heures, de nouveaux feux de salve s'entendent à quelque distance en avant du barrage, que la flottille demeure encore impuissante à franchir. Nos troupes, me dit l'abbé Velasco, paraissent actuellement aux prises avec l'ennemi vers Dap-Cau, et doivent sûrement y rencontrer une redoutable résistance. Et de nouveau l'artillerie gronde dans le lointain. 11 s'agit d'enlever l'importante position de Dap-Cau, qui est, sur le Song-Cau, la défense avancée de Bac-Ninh, et que domine un fort solidement armé. L'élan est irrésistible. A cinq heures, des catéchistes assurent que nous sommes maîtres de la situation, que les Chinois s'enfuient, et que nos troupes avancent rapidement vers Bac-Ninh. De fait, le canon tonne sans relâche, mêlant ses terribles éclats à ceux plus éloignés des feux de salve de l'infanterie.

«Les Français sont terribles, disent nos coolies catéchistes, mais en bien petitnombre, car il y a vingt mille Chinois devant Bac-Ninh. »

Et vers cinq heures du soir je suis avisé, par le commandant Morel de Beaulieu, que le drapeau tricolore flotte au sommet du mirador de Bac-Ninh ! L'enthousiasme est indescriptible. Le succès dépasse toutes les prévisions.

Mais les renseignements arrivent de tous côtés, ils précisent la victoire.

« La première brigade, disent-ils, a longuement canonné les hauteurs de Trung-Son, pendant que le général de Négrier, remontant la rive droite de Song-Cau, enlevait Kéroï et Dap- Cau, puis se précipitait audacieusement sur Bac-Ninh, dont les Chinois s'enfuirent en désordre. » L'attaque de Kéroï, vigoureusement menée par le lieutenant-colonel Duchenne, de la légion étrangère, assisté du 143 ê de ligne avec le commandant Farret, du III e , et du 23 e en soutien avec le lieutenant-colonel Defoy, a été superbe d'irrésistible élan. Baïonnette au canon,

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