CHAPITRE DEUXIÈME
du corps expéditionnaire du Tonkin. Il faut attendre pour le pouvoir justement apprécier.
15 mars. — L'ennemi est en fuite désordonnée Vers-Thaï- - Nguyen et Lang-Son. Et, bien tardivement 'seroble-fc-il^lçsdeux brigades reçoivent Tordre de le poursuivre' j-fo-pre ni ièrè w suivant la rive droite du Song-Cau jusqu'à Thaï-Nguyen; la seconde traversant le fleuve à hauteur de Dap-Gau, pour gagner la route de Lang-Son.
La brigade Négrier commence son mouvement dès six heures du matin, traverse rapidement le pont de bambous jeté sur le fleuve en avant de Dac-Cau, reconnaît en route les villages de la rive gauche, notamment celui de Van-Linh, que l'on dit encore occupé, et s'avance régulièrement vers Phu- Lang-Gian. Le pays est pittoresque, la route, un misérable sentier, serpente en de verdoyants coteaux couverts d'élégantes habitations mandarines, et de pagodes enfouies dans les arbres.
L'avant-garde est formée des tirailleurs annamites et tonkinois, immédiatement suivis d'une batterie d'artillerie, de deux compagnies du 23 e , d'une section de pontonniers et d'un détachement de l'ambulance, sous les ordres de l'aide-major Àchard, pourvu seulement de quelques brancards et des musettes de premiers pansements. Le gros, sous les ordres du lieutenant-colonel Duchesne, est formé de deux compagnies du 23 e , un bataillon de la légion, deux batteries de douze, avec le capitaine de Saxe, l'ambulance sous mes ordres et la réserve d'artillerie. L'arrière-garde, confiée au commandant Hutin, comporte deux compagnies tirées du deuxième bataillon de la légion étrangère. Chaque homme a reçu seulement deux jours de vivres, en plus des vivres du sac qui doivent être consommés pendant cette première journée de marche. J'ai dû maintenir, à Dap-Gau, le médecin-major Baudot, chargé de garder notre flottille d'ambulance et d'assurer, le cas échéant, l'évacuation rapide des malades et des blessés vers Haï-Zuong. Vers dix heures, à proximité d'un gros village que l'on me dit être Nieu-Tiet, la colonne accélère le pas. L'ennemi, dit une note que je suis chargé de faire porter
102 AU TONRIN
au quartier général, à Bac-Ninh, par un des catéchistes que j'ai pu conserver avec moi et qui me sert d'interprète, se masse ^ t Phu*Lang-Thuong, sur les deux rives du Song- Thui&ng-Grïah,* qu'il va falloir traverser pour le poursuivre. JJt^eftit^ \ers midi, notre avant-garde est aux prises avec lui: Maïs; semble-t-il, quelques volées de mitraille, quelques feux de salve ont suffi déjà pour nous rendre maîtres de la rive droite. Malheureusement le passage de la rivière, insuffisamment préparé, doit s'effectuer à l'aide de barques découvertes dans les environs, et malgré l'arrivée, un peu tardive, de la Trombe et de YÉclair venus des Sept-Pagodes, il nous prend un long temps.
La poursuite cependant peut être poussée à cinq ou six kilomètres de la rive gauche, au delà de Phu-Lang-Gian, où la brigade doit cantonner ce soir. Mais déjà trois de nos braves soldats, deux linthaps et un de la légion étrangère, Bruny, atteints à bout portant à l'attaque des premières maisons, ont payé de leur vie leur héroïque dévouement. Je laisse à mon collègue Àchard la pénible mission de les faire inhumer à proximité de la pagode réservée à l'ambulance, et je peux ainsi, accompagné seulement de quelques porteurs, me porter en avant. C'est fini, du reste; les Chinois s'enfuient en déroute. Il est sept heures du soir, et nos soldats ont un impérieux besoin de repos. Je suis moi-même très fatigué, et ce soir, pendant que je rentre péniblement au cantonnement, les nombreuses lucioles qui volent autour de moi se confondent avec un scintillement des yeux, pénible symptôme d'un état congestif dont quelques ablutions d'eau froide auront sans doute bientôt raison. Il faut cependant encore, avant de pouvoir goûter au diner que les Chinois nous ont abandonné dans la précipitation de leur fuite, avant de trouver un coin pour reposer, se garer d'un violent incendie qui brûle, en quelques minutes, toutes les paillottes voisines. Les Chinois non seulement avaient en effet disposé sous les toitures en chaume de la plupart des maisons des fougasses de bambous, mais encore, dans la précipitation de leur fuite, abandonné de nombreux tonnelets de poudre. Nos coolies, occupés à faire cuire leur