CHAPITRE DEUXIEME III
gâte, commandant les compagnies de débarquement, dont la conduite a été admirée à l'attaque du fort de Dap-Cau, et qui, depuis le commencement des opérations, a rendu les plus signalés services; Marliane et Olivieri, qui, l'un et l'autre, sous une grêle de balles, sont entrés les premiers dans le fort de Dap-Cau et ont électrisé leurs compagnies par leur courage ; Morel, quartier-maître ; de Trentinian, commandant le bataillon d'infanterie de marche ; Duchesne, lieutenantcolonel de la légion étrangère. Ces citations sont assurément méritées, et très généralement approuvées.
22 mars, — Sans doute en raison des observations du général Négrier, Tordre de répartition des troupes, tel qu'il avait été arrêté par le général en chef, est quelque peu modifié. La deuxième brigade demeure jusqu'à nouvel ordre à Bac-Ninh, avec l'ambulance et les services administratifs. La saison des orages parait déjà s'annoncer, et les opérations actives sont temporairement ajournées. Le pays autour de nous parait, du reste, reprendre son allure habituelle, les indigènes se remettent activement aux travaux de la terre.
Le général Brière de l'Isle ramène de Thaï-Nguyen six pièces de canon et trois superbes éléphants de guerre. 11 ne fait, du reste, que traverser Bac-Ninh, se rendant directement à Hanoï.
Le soir, à dîner, un de nos camarades de l'ambulance, le capitaine Guveilher (1) du 143% détaché à l'état major-général, nous raconte ainsi les opérations de la première brigade en avant de Bac-Ninh :
a Après la prise du fort de Do-Son par le général de Négrier, la première brigade pouvait, de suite, dit-il, franchir le canal des Rapides à la hauteur de Xam et du marché de Chi, où elle avait un pont préparé. Cette opération, cependant, fut commencée seulement le 11. Le canal des Rapides est profondément encaissé entre les hautes digues qui en sont distantes de 25 à 30 mètres, et dont les intervalles
(1) Le capitaine Guveilher, fils d'un médecin inspecteur de l'armée, a été tué et a eu la tète coupée au combat de Chu le 9 octobre.
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sont soigneusement cultivés. Deux canonnières, la Trombe et Y Éclair, avaient pu le remonter jusqu'à Xam, emmenant avec elles de nombreuses jonques qui permirent aux sapeurs du génie d'établir rapidement un pont. Cette opération terminée, la brigade, qui, depuis la veille, campait sur la rive droite, put commencer le passage, terminé dans la soirée seulement. Et le 12, dés le matin, elle se trouvait concentrée sur la rive gauche, qu'elle longeait jusqu'au marché de Ghi, afin de donner la main au général de Négrier. Elle ne tardait pas, ainsi, à se trouver devant les hautes collines du Trong-Son, couvertes de pavillons chinois. Après quatre heures d'un bombardement continu, le général en chef se décida enfin à faire avancer les troupes, méthodiquement déployées dans les rizières. Les Chinois les laissèrent approcher à bonne distance, et commencèrent alors des feux de salve qui décidèrent l'assaut, sonné par tous les clairons. La résistance ne fut pas de longue durée, du reste. A quatre heures, l'ennemi, abandonnant ses pavillons, se précipitait en désordre vers Bac-Ninh ; et le drapeau français, éclairé par un superbe soleil couchant, flottait au sommet de Trong-Son. Alors, et satisfait de ce facile succès, le général en chef fit jouer la Marseillaise parla fanfare du bataillon d'Afrique, et prit ses cantonnements. Il ignorait encore le hardi coup de main du général de Négrier sur Bac- Ninh et croyait aux nécessités d'une savante stratégie de siège. » Au résumé, pendant que le général Millot s'avançait vers le Trong-Son, déjà le général de Négrier avait repoussé toutes les troupes chinoises, s'était emparé de Dap-Cau et, sans coup férir, avait enlevé Bac-Ninh. Les Chinois, énergiquement attaqués, s'étaient enfuis en désordre, abandonnant misérablement des positions qui, bien défendues, eussent été d'un fort difficile accès. En quelques heures, le général de Négrier avait enlevé dix forts, forcé le barrage du fleuve, s'était emparé d'une citadelle que l'ennemi croyait inexpugnable. Sous la direction Millot, et malgré son ardeur, le général Brière de l'Isle n'avait pu, après un fantastique bombardement, qu'occuper les hauteurs du Trong-Son, dont les aérostiers annonçaient la complète évacuation.