‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 64 sur 216 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

pas appelée non plus à devenir un centre commercial. La situation d'Haï-Zuong est préférable à ce double point de vue. Le général en chef ne partage pas cet avis, paraît-il, et décide, en effet, qu'à partir de ce jour, tous les services devront quitter Haï-Zuong, pour s'installer à Bac-Ninh. Je suis moi-même invité à aménager un hôpital appelé à rem* placer celui d'Haï-Luong, du reste aussi insuffisant que malsain. J'estime, et c'est aussi l'avis du général, que ce futur hôpital ne saurait être enfermé dans l'enceinte même de la citadelle, située dans un bas fond; et qu'il y a lieu de chercher aux environs. Et c'est ainsi qu'après avoir signalé la situation de Pho-Cam, au confluent du Song-Cau avec un petit aroyo, après avoir fait ressortir les avantages de cette situation pour l'arrivée et le départ faciles, par bateaux, des malades et des blessés, je m'arrête cependant au coteau de Ti-Kao, placé sous la protection du fort Dap-Cau, entre le fleuve et Bac-Ninh. Cette situation a l'avantage d'être actuellement occupée par plusieurs pagodes mandarines ombra* gées de superbes arbres, et qu'il suffira d'aménager pour les pouvoir transformer en pavillons hospitaliers indépendants. L'eau de source y manque, mais celle des puits est réputée de bonne qualité, et l'examen qu'en fait notre pharmacien, M. Manget, confirme ce dire. Le sous-sol argileux du coteau, recouvert d'une forte couche de gravier sablonneux, paraît réunir les meilleures conditions hygiéniques, à proximité et sous la protection tant de la citadelle que du fort Dap-Cau. Mais le général en chef, à qui mon rapport, très appuyé par le directeur du service de santé et par le général de Négrier, a été immédiatement transmis, décide, par la voix de son chef d'état-major, le lieutenant-colonel Guerrier, que l'hôpital doit être dans l'enceinte même de la citadelle, et qu'il n'y a pas lieu de chercher ailleurs. Il n'y a qu'à s'incliner (1) #

(i) Dès le départ du général Millot, l'hôpital aménagé dans les magasins à riz de la citadelle a été immédiatement évacué et installé dans les pagodes du coteau de Ti-Kao. Il passe pour être, actuellement, le meilleur hôpital du Tonkin. *

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Il faut donc se contenter des infects magasins à riz, qui me sont assignés, se hâter au moins de les débarrasser des ordures accumulées depuis des années sous les planchers, laver le tout à l'eau bouillante additionnée de bichlorure de mercure et détruire ainsi les insectes, puces et poux, sans compter les moustiques, boucher de véritables clapiers, et au moins éloigner, par des fumigations sulfureuses, les rats et autres rongeurs qui y pullulent, aménager des cuisines, établir à proximité des tinettes faciles à désinfecter journellement, etc., etc. Il faut encore, et surtout, construire des lits pour nos malades encore étendus sur une simple couche de paille. Et à ce sujet surgit un pénible incident.

Des coolies de l'ambulance ont été chargés de se procurer, dans les environs, les planches et bambous nécessaires. Ils n'ont rien trouvé de mieux, à cet effet, que de démolir une pagode voisine, du reste à peu près ruinée déjà par l'incendie, et ont, paraît-il, très malmené le bonze propriétaire qui s y opposait. De là, plainte au lieutenant-colonel commandant la place, enquête, responsabilités encourues pour insuffisance de surveillance, rappel à l'obligation de faire respecter le culte et les propriétés; au résumé, fort pénible admonestation pour un fait assurément regrettable, mais d'importance très relative, étant connues les habitudes querelleuses et pillardes des indigènes à notre service. Assurément, il faut chercher la soumission dans le respect du vaincu, mais il ne faut pas, dans un excès de condescendances, affaiblir l'autorité du vainqueur. Et l'obligation première d'abriter, de coucher convenablement les soldats malades ou blessés excuse, si elle ne les justifie, les procédés sommaires pour se procurer, chez le vaincu, l'indispensable nécessaire. Cela est moins grave que de faire fusiller des prisonniers inoffensifs. Si la terrible mesure est encore tristement nécessaire, il faut avouer que nos conseils de. guerre, à Bac-Ninh, sont bien expéditifs. Les exécutions sont journalières ; deux encore aujourd'hui, au pied de la porte principale. Et le Song-Cau rejette des cadavres qu'il faudrait enterrer pour éviter l'infection du voisinage. De fait cepen-

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