CHAPITRE DEUXIÈME
se contente de faire enlever le fanion tricolore qui, réglementairement, doit être associé à celui de la Croix-Rouge pour indiquer, en campagne, remplacement occupé par une ambulance, mais qu'il déclare devoir être réservé aux seuls généraux. Un instant après, voici la flottille qui vient jeter l'ancre à hauteur de Rieu-Noc, et s'efforce de procéder immédiatement au très laborieux débarquement des grosses pièces d'artillerie. Il faut, à cet effet, amarrer les jonques qu'une armée de coolies a dû, en raison des bas-fonds, presque conlamment remorquer à la cordelle. Il faut construire des appontements, établir des grues, et, à force d'énergie, hisser chaque pièce jusque sur la digue, la remettre sur son affût, et la mettre enfin en état d'avancer. Malgré les efforts de chacun, le rude travail, commencé dès le soir même, ne sera sûrement pas terminé avant demain. Et c'est là sans doute la cause de notre temporaire immobilisation pendant toute cette journée. La rumeur prétend cependant que déjà l'ennemi renonce à la défense, et qu'il s'enfuit devant nous, prenant la direction de Phu-Lam-Tao, entre la rivière Claire et le fleuve Rouge, c'est-à-dire vers le nord-est.
10 avril. — La flottille étant mouillée devant Vu-Chu, il serait facile, disent les ardents, sinon les stratégistes, de passer sur la rive gauche du fleuve, de le remonter jusqu'à hauteur de Trinh-Xa, d'où, paraît-il, part un chemin qui, semé de villages, aboutit directement à Tuyen-Quan, par Phu-Lam-Tao.
On pourrait ainsi, dit-on, couper la retraite de l'ennemi, pendant que la brigade Brière de l'Isle viendrait devant Hong-Hoa par la route des montagnes, à l'ouest, entre la rive gauche de la rivière Noire et la rive droite du fleuve Rouge.
Mais tel n'est pas sans doute le plan du général en chef, qui, dit la rumeur, entend concentrer toutes ses forces pour la seule attaque d'Hong-Hoa.
Une dépêche datée de Lons-le-Saunier le 6 avril, et transtoise jusqu'ici par le télégraphe optique, bien lentement sans
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doute, mais m 'apportant cependant l'assurance que l'état de mon vieux père se maintient, qu'on peut espérer encore, et que tous les chers miens sont en bonne santé ! Ah ! ce village de Vu-Ghu, je ne l'oublierai pas. Rien qu'un mot de convention : Belval, cela dit tout, et cela remplit le cœur. Que Dieu soit béni !
11 avril, vendredi saint. — La brigade se remet en marche, dès six heures du matin, pour atteindre, sous un soleil de feu, et malgré les difficultés que rencontre l'artillerie, qu'il faut traîner à la cordelle après Jui avoir tracé le chemin, un large plateau couvert de superbes pins parasols, dominant, à hauteur du village de Trung-Xa, la rive droite de la rivière Noire, près de son confluent, et dans le lointain, à six kilomètres environ, la ville d'Hong-Hoa, qu'il est facile de distinguer à l'aide de nos jumelles de campagne
A nos pieds, le fleuve Rouge et la rivière Noire, perdus sous les futaies d'une luxuriante végétation à laquelle un gai soleil donne un éclat inaccoutumé. Devant nous, vers l'ouest, de hautes montagnes qui bornent l'horizon, et que le général Brière de Tlsle a, paraît-il, mission d'occuper pour prendre la citadelle à revers.
Il apparaît donc que la brigade de Négrier est actuellement seule à portée d'attaque immédiate. Et de fait, vers dix heures du matin, deux batteries de 80 et de 95 sont en position pour commencer le feu. À peine quelques hésitations; sous nos yeux, nos obus bouleversent la ville et ses approches. C'est terrifiant; et l'ennemi, sans doute anéanti sous la supériorité manifeste de notre armement, paraît renoncer même à se défendre.
A l'aide de nos jumelles, on le voit se hâtant de quitter la place, et se précipitant, par groupes successifs de huit à dix hommes, vers un large pont de bambous jeté sur le fleuve Rouge, afin de gagner rapidement, vers le nord, la route de Phu-Lam-Tao. De nombreux groupes passent également conduisant des chevaux en main; d'autres, moins nombreux, paraissent remonter la rive gauche du fleuve. A plusieurs