‹ Au TonkinChapitre 11 sur 23 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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M. Dupuis, qui, de fait, ne pouvait plus ni monter ni descendre le fleuve, n'ayant plus de charbon, et ne voulait pas abandonner son butin : les jonques de sel, riposta en augmentant contre le gouvernement de Hué ses demandes d'indemnités qui dépassèrent le chiffre de 200,000 taëls, soit plus de 1 million 500,000 francs 1

Pendant ce temps, M. Millot mettait le gouverneur de la Cochinchine au courant, et Tamiral, convaincu de la partialité des rapports qu'il avait reçus de Hué^ alla au plus pressé : Il empêcha, en garantissant l'emprunt contracté {iar M. Millot aune banque anglaise, l'intervention, en cas de non remboursement, des Anglais au Tonkin. Ensuite il fit rappeler à M. Dupuis qu'il était Français, en lui recommandant d'être calme, de ne plus jouer au conquérant, de ne pas s'alier aux partisans des Le et de ne pas accepter les secours des Chinois. En un mot, il demandait à ce simple trafiquant, dont nous avons, à dessein, montré le peu d'éducation et d'instruction (*), à ce particulier à qui l'amiral Pothuau avait si catégoriquement lâché la bride sur le cou, de montrer le désintéressement d'un savant avec l'adresse, la patience et l'habileté d'un diplomate fort, doublé d'un bon chef militaire !

D'autre part, M. Dupré appelait près de lui, à Saigon, Francis Garnier dont les conseils et l'expérience spéciale pouvaient l'aider à sauver nos intérêts au Tonkin sans manquer à l'esprit des instructions du

(1) M. Dupuis croyait et a écrit (Voir la Conquête^ etc., par Jules Gros, page 32) que rannamite et le chinois étaient una seule et même langue à prononciations différentes I

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ministère. Puis, il écrivait aux vice-rois du Quang-si et du Quang-ton pour se féliciter avec eux de l'ouverture d'une nouvelle voie commerciale avec le Yunnam, et au vice-roi de cette dernière province pour le remercier de Fappui donné à Dupuis et l'inviter poliment à ne plus envoyer de soldats au Tonkin où la France s'entendrait avec son amie et voisine la cour de Hué, afin de régler la querelle de Dupuis et des mandarins annamites, et assurerait ainsi la liberté du commerce, — engagement que nous ne devions pas tenir comme tant d'autres, mais que les Asiatiques, n'oublieraient pas.

Francis Garnier {*) était chargé d'organiser cette « entente ».

Ce n'était pas une mince besogne, ni même une besogne commode.

L'amiral Dupré, trompé par la duplicité des mandarins annamites et voulant observer les stipulations

(1) Francis Garnier naquit à Saint-Etienne ( Loire ), le 23 Juillet 1839, et fat tué, près d*Haaoï, le 21 décembre 1873, à trente-quatre ans et cinq mois. Il fit ses études au lycée de Montpellier, entra à TEcole navale en 1855, partit comme aspirant pour faire la guerre de Chine et fut nommé enseigne à vingt ans pour avoir, durant la traversée, et de nuit, le navire étant en marche, sauvé à la nage un officier de cavalerie, M. de Neverlée, tombé à la mer. Il prit part aux deux campagnes de Chine et de Cochinchine, devint le brillant . administrateur de Cholon et, de bonne heure, demanda Texploration du Mé-kong. Aussi le donna-t-on, comme second, à Doudart de Lagrée dans cette mission glorieuse que noug avons racontée. En 1870, il défend un des secteurs de Paris et, en 1872, mène à bien un grand voyage sur le Yang-tsékiang d'où il revient, rêvant de nous installer aux portes du Yun-nam et de réserver le fleuve Rouge à notre commerce, lorsqu'il est appelé par le vice- amiral Dupré.

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du traité de 1862, avait en effet, avons-nous vu, invité le commerçant français à quitter le Tonkin ; puis, et peu après, mis au courant de sa situation, l'avait simplement prié d'attendre qu'on pût intervenir. Sans aucun doute, la cour allait demander que M. Dupuis se soumit à la première de ces deux invitations et sa diplomatie se servirait contre nous de notre volte-face. Hélas 1 ce n'était que la première des anomalies et tergiversations qu'à propos du Tonkin, nos ministres comme nos représentants allaient accumuler !

A ce moment, le duc de Broglie était au pouvoir et recommandait qu'on ne s'engageât point sur le fleuve Rouge. Francis Garnier restait d'ailleurs luimême ennemi d'une expédition armée (*). Sa grande crainte, que des documents postérieurement publiés justifient, était que les Anglais ou les Allemands s'installassent aux bords du Song-koï, et il rêvait d'un protectorat pacifique, dont le fruit eût été l'établissement par nous, à l'emboucbure du fleuve, d'un filet douanier par lequel aurait passé tout le commerce qu'avec le maintien de la paix et la sécurité garantie du voyage, la voie nouvelle allait attirer.

L'Annam, demandant oflîciellement notre intervention et le ministère admettant, en principe, ces pro-

(1) 11 détourna Tamiral Dupré d'opérer l'intervention militaire qu'il rêvait, et ce fut Garnier qu'on accusa plus tard d'imprudence I Voir, à ce sujet, ses lettres que cite M. Gautier dans les Français au Tonkin (Challamel, éditeur), pages 130, 131 et suivantes. Tout le volume est à lire du reste, pour qui veut savoir combien Garnier voyait juste dans le présent et l'avenir.

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jets de protectorat, Gamier put partir, le il octobre 1873 (*), avec trente soldats, deux canonnières et^un aviso. Il avait pour instructions générales : « de s'établir solidement sur le point qu'il choisirait comme le plus convenable pour remplir sa mission; de faire choix d'un port pouvant au besoin plus tard servir de base d'opérations ; d'ouvrir une enquête sur les faits reprochés à M. Dupuis par le gouvernement annamite, et sur les réclamations formulées par le premier ; d'user de toute son influence pour obtenir de lui qu'il se retirât du Tonkin avec les aventuriers qu'il y avait attirés ; en cas de refus, de s'entendre avec les autorités annamites pour l'y contraindre ; enfin, de faire traîner son expédition en longueur jusqu'à ce qu'il fût rappelé avec son petit corps expéditionnaire, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'on aurait contraint les ambassadeurs annamites, alors à Saigon, à signer un traité avantageux sous l'empire de la crainte, h En réalité, il avait carte blanche, a-t-il déclaré, et ne put donc dépasser ses instructions qu'il avait lui-même écrites.

Le jeune officier s'arrêta d'abord à Tourane, où il obtint de la cour de Hué l'envoi d'un plénipotentiaire qui réglerait avec lui le litige Dupuis ; mais, en arrivant à Hanoï, il trouva Nguyen-tri-phuong, notre haineux adversaire, et fut on ne peut plus mal reçu par les autorités. On voulait manifestement qu'il chassât M. Dupuis et partît aussitôt après.

(1) Les Chinois de Saigon lui remirent des lettres de crédit sur Hanoï, tant ils étaient enthousiastes de l'ouverture du fleuve Rouge au commerce.

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