XXIV INTRODUCTION
Garnier cep endant tout en désapprouvant son compatriote d'avoir traité le Tonkin en pays conquis parson installation en vainqueur dans la ville d'Hanoï, et son refuside payer les droits douaniers sur le sel ('), entendait bien ne pas uniquement servir contre M. Dupuis d'instrument d'intimidation aux mains des mandarins, mais bien retirer en même temps pour son pays tous les avantages possibles de sa mission. Aussi ouvrit-il officiellement le Song-koï au commerce français, espagnol (*) et chinois, en même temps qu'il commençait une enquête contradictoire sur les agissements de notre compatriote.
Peu après, les ambassadeurs de Hué, ne cessant pas de l'humilier et leurs menées rendant la situation intolérable, notre représentant se vit contraint ou de repartir ou de procéder à un tîoup de force. Le 20 novembre 1873, avec quelques marins et soldats, — ceux-ci servaient de garde à notre négociateur qui s'était installé au camp des Lettrés, dans Hanoï, — il s'empara de la citadelle sans perdre un homme et s'y établit. Aussitôt, il prit le gouvernement de la province, et ce chef d'une armée de 180 hommes lança à tout un peuple la proclamation suivante :
« L'envoyé du noble royaume de France, le grand mandarin Garnier, fait savoir à tous les habitants que venu au Tonkin par ordre de l'amiral pour ouvrir
(1) M. Jean Dupuis considérait ces droits non payés comme un acompte reçu sur les sommes qu*il réclamait à rAnnam à titre d'indemnité t
(2) Les Espagnols nous avaient aidés à prendre la Cochinchine. Ils possèdent, du reste, au Tonkin des missions — qui ne nous voyaient pas d'un bon œil.
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une voie au commerce, il n'avait nullement Tintention de s'emparer du pays ; mais que les mandarins de Hanoï ayant tendu des embûches, il n'a pu tolérer leur conduite et a dû s'emparer de ces mandarins perfides. UjaAs que le peuple reste en paix à s'occuper de ses travaux : il n'a rien à craindre pour ses coutumes ni pour ses biens ; il sera traité comme frère ; que ses chefs, grands et petits, observent envers lui la justice, et la tranquillité régnera dans le pays. Dans le cas où il y aurait des gens pervers pour troubler Tordre, ils seraient châtiés sévèrement. Maintenant, que les gens capables de gouverner le peuple viennent nous offrir leurs services. Nous laisserons en place tous les mandarins qui feront leur soumission. Pour ceux qui se retirent, nous les remplacerons par des hommes prudents et sachant prendre les intérêts du peuple ; puis nous recommanderons au roi et aux mandarins de traiter le peuple comme un père traite ses enfants. Nous récompenserons dignement ceux qui nous auront rendu quelque service. Tous les mandarins que nous aurons nommés seront maintenus en place et ne seront inquiétés en aucune façon. »
Trop mous pour s'être révoltés jusque-là contre leurs mandarins, les Annamites émerveillés vinrent bientôt à nous, et les plus timides nous accueillirent avec une vive sympathie. Garnier, très habilement, respectait leurs sentiments pour l'empereur Tu-Duc, tout en exploitant leur haine contre les mandarins ; il utilisait enfin, dans ses rapports avec ces pauvres gens, ce qu'il avait appris en Cochinchine, et gagnait