‹ Au TonkinChapitre 13 sur 23 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

le pays tout en le conquérant et en réorganisant son administration.

Cette conquête, quatorze ans après, nous semble de la légende. Un enseigne de vaisseau, M. Hautefeuille, prit avec six hommes la ville de Ninh-Binh 1 Un autre, Balny d'Avricourt, et un sous-lieutenant, M. de Trentinian, emportaient successivement Hungyen, Phu-ly et Haï-dzuong. Puis, Garnier s'empawi de Nam-Dinh. Le docteur Harmand servait comme un soldat avec ces braves. Le il décembre, tout le Delta du Tonkin était à nous, et le jeune chef y créa des milices en même temps qu'il y nommait des mandarins soumis à son autorité.

Par malheur, la cour de Hué, sentant ses troupes impuissantes contre notre poignée d'hommes que Tappui moral et, çàet là, effectif du pays faisait si forte, avait appelé à son aide les Pavillons noirs (*), et ceuxci descendaient sur Hanoï, quand Tu-Duc, pour ne point perdre le Tonkin, se décida, ainsi que l'avait prévu Garnier, à reconnaître notre protectorat et l'ouverture du fleuve Rougç.

Lé 20 décembre, de nouveaux ambassadeurs arrivaient à Hanoï portant la bonne nouvelle à notre

(l) Les Hékis ou Pavillons noirs sont des rebelles chinois fixés au Tonkin depuis 1864, après la répression de l'insurrection dans le Quang-si. Scindés longtemps en deux camps, (tous deux, Pavillons noirs et Pavillons jaunes, vivaut des droits qu'ils imposaient aux jonques et embarcations naviguant sur le fleuve Rouge), ils étaient 3,000 an début, mais se sont grossis de tous les pirates sans emploi et de soldats chinois libérés. Jadis l'Annam lutta vainement contre eux et dut faire appel à la Chine, qui mit alors des garnisons dans le Tonkin oriental.

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soldat-diplomate, qui tout de suite commença à rédiger le traité de paix. Tandis qu*il en discutait les préliminaires, un de ses avant-postes sous Hanoi fut attaqué. Francis Garnier s'y porta, avec sa bravoure habituelle, mais les Pavillons noirs, bien armés et courageux, ne sont point des Annamites. Vingt fois supérieurs en nombre, ils ne reculèrent point : Francis Garnier, l'enseigne Balny d'Avricourt et plusieurs de leurs hommes furent tués. Les survivants de cette poignée de héros durent battre en retraite. Quatre jours après, le 25 décembre, arrivaient les renforts qu'attendait Garnier : 102 hommes d'infanterie de marine ! Gomme tous les renforts que nous allons voir pendant quatre ans envoyer au Tonkin, ils arrivaient trop tard 1

L'histoire est faite de petites causes. Un navire marchant plu vite, un ordre signé à Saigon sans qu'il eût traîné dans les bureaux : Garnier était sauvé, la paix signée et le Tonkin se trouvait; sous notre protectorat, sans que ce magnifique résultat nous eût coûté un seul homme î

La mort de Garnier, cependant, ne portait pas à notre cause un coup irréparable , si Ton avait simplement soutenu comme diplomate l'offlcier le plus ancien qui le remplaça les premiers jours et continua bravement à négocier : M. Bain de la Coquerie, et si Ton avait envoyé dès alors quelques troupes et un chef militaire, un soldat de profession sachant son métier, contre les Pavillons noirs. Les négociants chinois, en effet, tout comme les Annamites, continuaient à être pour nous, et l'on vit les Célestes de

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M. Dupuis monter la garde avec les nôtres dans des postes que menaçait le chef des Hékis, le fameux Liu-vinh-phuoc, le futur allié de la Chine.

« Notre but unique, disait M. Bain aux envoyés de Rué, en dissimulant ses inquiétudes quant au sort des siens cl au voisinage des Pavillons noirs, est de conclure un traité de commerce. Telle a été toujours Fîntention de M. Garnier. Si les affaires se sont embrouillées, si nous nous sommes emparés des citadelles, il faut en chercher la cause dans le mauvais vouloir des mandarins. Mais quelles négociations pouvons-nous entamer, si, en même temps, nous devons repousser les attaques de Tarmée impériale annamite de Sontay et de ses alliés les Pavillons noirs? Certes, la colère de l'amiral sera grande, lorsqu'il apprendra la mort de son envoyé au Toiikiu; et si, en outre, on lui dit que les hostilités n*onL pas cessé, il en pourra résulter pour le royaume d'Annam les plus fâcheuses complications, n

Les mandarins comprirent et envoyèrent un des leurs au prince annamite Hoang-Ké-Vien pour traiter d*an armistice et obtenir qu'on nous rendît les dépouilleiîi mortelles des victimes du 21 décembre que rennemi avait décapitées. Ce prince, qui avait appelé les Pavillons noirs, répondit en exigeant notre départ de Hanoï, et Liu-vinh-phuoc tenta de surprendre notre petite garnison à la faveur d'un incendie allumé par ses espions, mais les soldats arrivés quatre jours après la mort de Garnier portèrentje petit corps expéditionnaire à 400 hommes,

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les marin» des canonnières compris. Après avoir craint une catastrophe, on put tenir.

Conformément aux ordres de Francis Garnier, qui lui avait confié la direction des affaires politiques, avant de l'envoyer h Saigon chercher ces quelques renforts, M. Esmez remplaça M. Bain comme négociateur et reprit les pourparlers avec les mandarins. . Cet intelligent entêtement à traiter doit être remarqué ; il prouve combien à ce moment encore nous avions la partie belle, grâce à la neutralité des autorités chinoise de la frontière, à la sympathie du peuple annamite comme à celle des commerçants cantonnais ; il prouve que nos ofïîciers jugeaient facile avec autant d'atouts d'en finir avec les Pavillons noirs, si seulement on les débarrassait des intrigues de la cour de Hué.

Du reste, le succès récompensa les efforts de M. Esmez et du lieutenant Moty, l'inspecteur des: Affaires Indigènes de Cochinchine qui le secondait, car les mandarins acceptèrent une convention confirmant l'ouverture du fleuve Rouge au commerce français, espagnol et chinois et stipulant enfin la restitution des dépouilles des cinq Français tués le 21 décembre, le retrait des troupes annamites derrière une limite convenue, le maintien des fonctionnaires indigènes nommés par nous, ainsi que la continuation de l'occupation dés citadelles par nos troupes, jusqu'à ce que fût ratifié le traité définitif.

Cette convention pouvait nous suffire, puisque nous pouvions toujours obtenir mieux par la suite en

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