XXX INTRODUCTION
agissant sur Hué, puisque le cabinet de Versailles ne voulait pas d'une occupation militaire du Tonkin et puisque enfin Toccasion de venger Gamier né devait pas Larder à se présenter, la même convention nous imposant de secourir les provinces ravagées par les rf^ belles ou les pirates et d'assurer pour toujours la paisible navigation sur le fleuve.
Par malheur, au moment où les ambassadeurs annamitesj et, sur leur demande, deux évéques de nos missions tonkinoises, allaient signer ce traité, M. Esmez reçut de M. Philastre Tordre de surseoir.
M, Philastre, ancien officier de marine, depuis longtemps inspecteur des Affaires Indigènes de Cochinchine, arrivait au Tonkin, accompagnant NgLiyen-Yan-Truong et portant des instructions à Garnies La mort du brillant officier fit du nouveau venu un plènif>otentiaire que la cour de Hué eût pu tout aussi bien choisir comme agent.
Pour M. Philastre, en effet, Francis Garnier était un aventurier {p.c) plus encore que M. Jean Dupuis, car ce fonctionnaire, à force de se livrer à des travauxi que Ton dit d'ailleurs remarquables, sur l'Aniiaoi et !a civilisation annamite, s'était asiatisé au point d'avoir adopté .le genre de vie et jusqu'à la nourriture des indigènes. Or l'on n'adopte pas les mœurs de T extrême Orient sans prendre un pqu de ees idées» M. Philastre, plus royaliste que le roi, plaignait les mandarins et épousait leur querelle contre nous. Ces choses-là sont de l'histoire (^).
(î) Avant de se l'endre à Hué avec Nguyen-Van-Truong, qu'il dc^ajtj hélas 1 suivre encore au Tonkin, M. Philastre
INTHODUCTION
Mais pourquoi ravait-on envoyé au lieu d'expédier M. Luro que demandait Garnier? Pourquoi? Parce qu*il était apparemment dit que tous nos embarras en Indo-Gbine proviendraient du mauvais choix de
écrivait à Francis Garnier la lettre suivante que son destinataire n'a jamais reçue :
« Saigon, le 6 décembre 1873.
a ]y!on cher Garnier,
« Quand j'ai reçu votre lettre, elle m'a jeté dans la plus profonde stupéfaction. Je croyais encore que c'étaient la de vaines menaces.
« Avez-vous songé à la honte qui va rejaillir sur vous et sur nous, quand on saura qu'envoyé pour chasser un baratier quelconque et pour tâcher de vous entendre avec les fonctionnaires annamites, vous vous êtes allié à cet aventurier pour mitrailler sans avis des gens qui ne vous attaquaient pas et qui ne se sont pas défendus ?
« Le mal sera irréparable et pour vous et pour le but qiif l'on se propose en France.
« Vous vou3*êtes donc laissé séduire, tromper et mener par ce Dupuy ?
« Vos instructions ne vous prescrivaient pas cela ; je tous avais prévenu que les Annamites ne voudraient jamais accrpter de traiter avec vous, vous en étiez convenu avec moi .
t L'amiral ne voit cas encore toute la gravité, tout l'oditus. de votre agression, il suit une voie Lien étrange. Cette affaire va soulever un toile général contre lui et contre vous,
« Que fera le gouvernement annamite ? je n'en sais vh.'n encore. Les ambassadeurs sont désolés et indignés ; ils veulent la paix parce qu'ils sentent très bien gue c'est un ctHip de Jarnac amené par l'amiral et que celui-ci est décidé à l)i fçuerre s'il le faut. Mais je ne sais si leur gouvernement, *loiit l'orgueil est considérable, se résignera à supporter cet affroat et à en passer par les fourches caudines du gouverneur.
a Je m'attendfs à être mal reçu, en tout cas, j'aurai bien h souffrir, car ils ont beau jeu.
Pour moi, j'ai voulu cesser toute participation à d<'s affaires de négociations si étrangement conduites. Je ni' r,'ii
Sas pu : je n'ai pas pu refuser à l'amiral la mission qu'il ihp onne. Mais je suis désolé de tout ca et je n'en attends rien de bon, ni dans le présent, ni dans 1 avemr,
Jk
xxxii INTRODUCTION
nos agents, de Tincertitude de nos politiques, du continuel changement ou de Tignorance de nos fonctionnaires.
Aussi bien le mandat de M. Philastre n'était-il pas absolument régulier et venait-il au Tonkin de son chef, en réquisitionnant le D'Estrées.
Il avait été envoyé à Hué seulement, pour accompa^çner l'ambassadeur de la cour, le fameux Nguyen. Cehii-ci bataillait toujours à Saigon sur la reconnaissance officielle de notre installation dans trois provinces de la Cochinchine, à propos de la re vision du traité de 1862, et réclamait l'expulsion de Dupuis, (juand il apprit la prise de Hanoï, d'où son brusque retoïir à Hué. Là il déclara ne pouvoir traiter la question du Tonkin qu'au Tonkin. M. Philastre l'embarqua sur le D'Estrées et le suivit.
En arrivant, Nguyen, fin renard asiatique, qui tablait sur les faiblesses annamites de son ami français (*), informa les négociateurs, ses compatriotes,
< Puissiez- vous, de votre côté, vous en tirer sans trop de mail « Votre bien dévoué,
« Philastre. »
{Le^ Français au Tonkin^ par H. Gautier).
il ost à noter, pour juger la valeur des accusations Phîiastrtî, que si Garnier avait modifié ses premiers jugements sur M. Dupuis et le tenait pour un brave homme, il le laissait à sa place et se refusait à soutenir ses violences. Aussi le voUiùie de M. Jules Gros, consacré au panégyrique de M. Dupuis» renferme-t-il plus d'un fragment du journal où ce négociniit critique amèrement le jeune officier.
(1) Lorsqu'ils arrivèrent, ils étaient depuis quatre mois,, depuis le 31 août, en rapports quotidiens et M. Philastre avait achevé de se mandariner. Tant et si bien que, comm&
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alors sur le point de signer la convention Esmez, qu'il leur était substitué. M. Philastre, en même temps, revendiquait auprès du capitaine du Decrès^ M. Testard, « commandant des forces navales françaises dans le golfe du Tonkin », le droit de remplacer Garnier au point de vue diplomatique, puisqu'il avait reçu pour celui-ci les instructions du gouverneur de la Cochinchine, et possédait enfin l'habitude de la langue et des mœurs annamites. M. Testard ne protesta poijit. Quant à M. Esmez. il ne pouvait résister, d'autant que la mort de Garnier désorientait un peu tout le monde, en remettant, sans plus personne pour les couvrir, les compagnons du jeune héros sous la coupe d'un miniltère ennemi absolu de notre intervention au Tonkin. Le gouverneur de la Cochinchine enfin, consterné par ses instructions, semblait lui-même abandonner le petit corps expéditionnaire et la politique si sage et prévoyante de ce pauvre Garnier dont bientôt il n'oserait même plus défendre la mémoire.
M. Philastre se trouva donc maître de la situation. Ce Français alors apposa sa signature de fonctionnaire et d'ancien officier au bas de convention humiliantes, (5 janvier et 6 février 1874, nous en donnons
Nguyen-Van-Tnong, ou trompé par celui-ci, il prit, à bord du d'EstréeSy une flottille de Jonques chinoises pour une réunion dç pirates et demanda qu'on les canonnât. On eut le tort de le croire et de détruire en partie ces bateaux. Trente- six de leurs patrons furent, dit-on, pendus aux vergues du d*Estrées. On sut plus tard que ces prétendus pirates étaient d'honnêtes commerçants chinois venus, sur la foi des proclamations de Garnier, essayer de l'exportation du riz par le fleuve Rouge I