‹ Au TonkinChapitre 15 sur 23 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

Je texte en note) (^), qui détruisaient l'œuvre de Garnier et nous forçaient, à évacuer te Tonkin en abandonnant nos partisans aux vengeances des mandarins et nos intérêts commerciaux à leur fourberie! Ihi moins, y eut^il quelques révoltes* M. Ësmet se

- (1) Convention du h Janvier "î^H.

Le grand mandario, etc., d'une part;

Et M. PhUastre, etc., d'autre part;

« Après s'être communiqué leurs pouvoirs et les avoir trouvés en règle, .sont- convenus de ce qm suit :

« Article premier. ~ Tout malentendu cessant..., les troupes françaises qui occunent accidentellement la dtadelle de la province de Nmh-Binh et la citadelle de Nam-DiBh éoecueront ces places cjui seront remises aux autorités annamites; savoir : celle de Ninb-Binh, dans la journée du 8, et celle de Nam-Dinh, dans la journée du 10 janvier (Mx>chain, dans l'état où elles se trouvent actuellement et avec tout le matériel et le nnmérairet etc.

« Art. II. — De son côté, le gouvernement annamite s'engage : !<> à n'introduire dans chacune de ces citadelles que leB troupes indispensables à la police ; 2« à ne faire aucune concentration de troupes dans retendue de ces provinces ; à laisser tes communications et routes fluviales ou terrestres iibre« de tout obstacle pour les troupes et navires que le

fouvemement français entretient provisoirement au Tonkin ; » à proclamer dès le jour de la remise de ces places uire amnistie pleine et entière pour tous les sujets de S. M. l'Empereur d Annam qui auraient pu, à quel titre que ce soit, Btre employés par l'autorité militaire française ; à les protéger contre toute réaction vexatoire, etc. »

Un mois après, M. Philastre, muni cette fois des pouvoirs de ramiral-gouvemeur que lui avait apportés la Sarthef avec 250 hommes de renforts (t) dont il ne se servit pas, signait la

Convention an 6 février 1874.

c Les soldats français évacueront la citadelle de Hanoï.... et se retireront au Cua-Cam, 4ans le fort de Haî-phong... Le» FrHiM i. 9- établissent à Haî-pbongafin de protéger le royaume animoiUe contre ceux qui voudraient péttétrer dans l'intérieur du pays contrairetneot aux lois da roywome et pour forcer l^^s navires d'un certaim Dopuis à demeurer au port Ju^^qu'à la conchisioa du traité^ au cas qu'il y ait une stipu^

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cabra, dit-on, devant le reproche d'avoir préparé une convention « irrespectueuse » pour la cour annamite, et nos officiers, avant d'amener le pavillon français dans les places qu'ils avaient prises, imitèrent l'enseigne Hautefeuille en détruisant les armes et munitions par eux conquises.

laiton autorisant les Européens à venir faire le commerce au Tonkin, »

{Ces choses honteuses sont écrites dans un français bien annumite!)

€ Le jour où les soldats français évacueroDt la citadelle, elle sera livrée avec tous les effets et munitions qui s'y trouveront actuellement... » (L'évacuation devait se faire au plus tard dix jours après qu'un local à Haï-phong aurait été disposé par les mandarins pour recevoir la garnison française).

a Le 17 janvier, le noble souverain du royaume d'Annam a publié un édit accordant grâce à tous ceux qui ont pris le parti de Ja France. C'est pourquoi les mandarins ne devront

Sas les ))oursuivre, mais Tes protéger contre ceux qui vouraient leur nuire... » (Pauvres gens, protégés sur le papier seulement 1 II ne manquait à cette promesse qu'une cauuon, or, la France n'avait plus de gage).

c Personne ne violera la sépulture des Français et des volontaires annamites encore enterrés dans l'intérieur de la citadelle de Hanoï.

« Le gouvernement annamite concédera un terrain sur le bord du fleuve pour construire une habitation au Résident français et aux soldats de son escorte ; ce terrain sera près du lieu où, après la conclusion du traité, on permettra aux commerçants français de s'établir...

« Le nommé Dupuis, ainsi que les Français et les Chinois qui l'accompagnent, quitteront la ville de Hanoï avant les troupes françaises et se rendront à Heûf-Phong conduits par un officier français^ ils attendront là que le fleuve soit ouvert au commerce... Si Dupuis veut quitter le Tonkin et se rendre en Yunnan ^9 remontant le fleuve par Hung-Hoa, il priera le résident de demander pour lui l'autorisation aux mandarins de Hanoï. . . Une fois en Yunnan, Dupuis ne reviendra plus au Tonkin avant l'ouverture du fleuve au commerce. Si, au lieu d'aller en Tunnan, il se fixait en quelque endroit appartenant au royaume annamite sans en avoir l'autorisation, les Français s'engagent à aller l'en chasser, et si c'est nécessaire, ils requerront le gouvernement annamite qui enverra des soldats de son côté. »

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Malheureusement, les protestations indignées de ces braves gens ne pouvaient diminuer le déplorable effet de l'aplatissement de M. Philastre devant les mandarins, ses amis. Elles ne pouvaient non plus pallier leurs cruelles conséquences ni pour les pauvres gens qui nous avaient accueillis en sauveurs et avaient cru en notre parole, ni pour nous-mêmes, qui seuls exécuterons les engagements pris, puis, bernés et forcés de réintervenir, devrons nous heurter dorénavant à la méfiance méritée par ce premier abandon, tandis que Hué, édifié sur nos volte-faces, résistera davantage par espoir de capitulations nouvelles.

Entrés en vainqueurs et en libérateurs, nous semblions partir en vaincus et commettions une véritable défection vis-à-vis des Tonkinois. En mettant enfin M. Dupuis à la porte du Tonkin, nous laissions Tonverture commerciale du fleuve Rouge abandonnée au bon vouloir de la cour ! A quoi donc avait servi le sang répandu ? A quoi- bon la science dépensée par Je martyr du 21 décembre ?

Nous ne gardions même pas un gage pour forcer Tu-Dîic et les mandarins à tenir parole en ne massacrant point sur nos talons les chrétiens et tous ceux qui s'étaient ralliés à nous. Nous réduisions nos con- (]Li<}1es et nos prétentions à la propriété d'un baraque' mont à Haïphong et au droit d'avoir un résident h ll^tnoï ! Encore M. Philastre n'eût-il pas. exigé ces deux misérables conditions s'il n'y avait pas été invité par le vice-amiral Dupré I II laissait afficher sans protester la proclamation suivante sur les murs de Hanoï:

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« // a été envoyé un nommé Garnier au Tonkin pour les affaires du commerce, mais ne comprenant rien aux affaires, il a mis le désordre dans le pays en s' emparant de quatre citadelles, capitales de province; c'est pourquoi renvoyé Nguyen et Philastre sont venus pour rétablir tordre compromis.,. »

Les conventions s'exécutèrent, la honte se but. Nos soldats abandonnèrent Hanoï le 12 février. Mais déjà les persécutions avaient commencé. Le sang coula partout, et des milliers de victimes, hommes, femmes, enfants, payèrent de leur vie leur naïve confiance en la France, ou simplement leur baptême par nos missionnaires (^). On ne lit pas, on n'écrit pas ces choses, quand on est Français, sans rougir et sans serrer les poings de colère ! . . .

Tandis que M. Rheinart, un officier d'infanterie de marine devenu, comme M. Philastre, administrateur des affaires indigènes en Cochinchine, mais resté bien Français, s'installait comme résident à Hanoï, et, abreuvé d'outrages (*), se demandait si sa minuscule garde ne serait pas massacrée avec lui, le viceamiral Dupré, à la veille de rentrer en France et de passer le gouvernement de la Cochinchine à son successeur intérimaire, l'amiral Krantz, signait avec Nguyen- Van-Truong le traité définitif du 15 mars 1874, qui remplaçait celui du 5 juin 1862 et modifiait un

(1) Les missionnaires espagnols, au contraire, étaient à la fois félicités par M. Philastre et la cour. Celle-ci les combla de récompenses pour nous avoir suggéré des embarras.

(2) Le successeur de Nguyen allait lui rendre visite avec canons chargés, môche allumée I

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peu les conventions Philastre. Ce traité eût été acceptable « si nous n'avions pas perdu ce qui donne la vie aux actes diplomatiques : le prestige » (*). Notre protectorat s'y dissimulait trop dans deux articles. Aux termes du premier, le Président de la République française reconnaissait la souveraineté du roi d^Annam et son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère, quelle qu*elle fût, et s'engageait à lui donner, sur sa demande, et gratuitement, r appui nécessaire pour maintenir dans ses Etats tordre et la tranquillité, pour le défendre contre toute attaque et pour détruire la piraterie qui désolait une partie des côtes du royaume.

L'autre article était plus vague encore : « Art. 3. — En reconnaissance de cette protection, S. M. le Roi de TAnnam s'engage à conformer sa politique extérieure à celle de la France et à ne rien changer aux relations diplomatiques actuelles. »

La cour de Hué se décidait enfin à nous donner la platonique satisfaction de reconnaître notre pleine et entière souveraineté sur les six provinces de Gochinchine, cédées par le traité du 5 juin 1862, ou annexées par l'amiral de la Grandière ea 1867, et promettait, sans que rien d'ailleurs garantît sa parole, de ne plus persécuter les chrétiens. De même, elle s'engageait à nous ouvrir les ports de Quin-hon, en Annam, de Haïphong et de Hanoï, au Tonkin, de nous laisser circuler de la mer au Yun-nam par le fleuve Rouge, à la condition toutefois de ne pas trafiquer sur ses

(l) Les Français auTonkirij par H. Gautier.

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rives. C'était dérisoire. Nous obtenions, en outre, le droit d'établir dans les ports ouverts non un résident, mais un consul que protégerait une garnison ne devant ^ pas dépasser 100 hommes, qui jugerait les contestations entre Français et étrangers et interviendrait dans celles des Français et des Annamites.

Voilà tout ce que nous accordait FAnnam. Il n'était même pas introduit une réserve au sojet de la demande d'indemnité de M. Dupuis dont, après les évé' nements de décembre 1873, nous devions pourtant défendre la cause, eût-il été coupable.

Or, Garnier l'avait dit et écrit, ce négociant n'avait été qu'imprudent et brutad, et s'il s'était montré audessous de son rôle, la faute en revenait au ministère qui, refusant toute protection à ce hardi pionnier, l'avait contraint à assumer, sans guide ni appui, ce rôle peu fait pour lui. D'autre part, en le soutenant sur le tard et en le laissant soutenir par Francis Garnier, l'amiral Dupré avait donné trop de poids aax réclamations de M. Dupuis pour qu'il ne fût pas souverainem^ent maladroit et injuste de ne pas saisir l'oci^Lsion de l'indemniser sans bourse délier. On aurait pu et dû, puisque nous faisions d'énormes eadeaux à TAnaam, exiger qu'en retour il rendît à notre compatriote tout ce que la cour et M. Philastre lui avaient fait perdre, le second en Texpulsant, en ^iésarmant ses navires et en séquestrant son expédition et son personnel. (Ce séquestre dura vingt mois.) On s'en garda bien. Et cependant, Dieu sait si nous nous montrions généreux vis-à-vi» de nos étemels

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