‹ Au TonkinChapitre 16 sur 23 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

ennemis les mandarins ! Qu'on lise plutôt les articles 4, 6 et 7 :

« Art. 4. — S. Exe. le Président de la République française s'engage à faire à S. M. le roi d'Annam don gratuit :

« 1» De cinq bâtiments à vapeur (*) d'une force réunie de cinq cents chevaux, en parfait état, ainsi que leurs chaudières et machines, armés et équipés conformément aux prescriptions du règlement d'armement.

« 2** De cent canons de sept à seize centimètres de diamètre, approvisionnés à deux cents coups par pièce.

« 3» De mille fusils à tabatière et de cinq cent mille cartouches.

« Ces bâtiments et armes seront rendus en Cochinchine et livrés dans le délai maximum d'un an à partir de la date de l'échange des ratifications.

« S. Exe. le Président de la République française promet, en outre, de mettre à la disposition du Roi : !• des instructeurs militaires et marins en nombre suffisant pour reconstituer son armée et sa flotte ; 2" des ingénieurs et des chefs d'ateliers capables de diriger les tMvaux qu'il plaira à Sa Majesté de faire entreprendre ; des hommes experts en matière de fi-

(1) Parmi ces navires se trouva le Scorpion^ cette glorieuse relique de rexpédilion Garnier, le Scorpion avec lequel nous avions pris Nam-Dinh! Pour voir ce que les Annamites firent de ces bâtiments, il faut lire le Royaume dAnnam, de M. Dutreuil de Rhins, qui commanda le Scorpion pour le compte de Hué jusqu'à ce que les mandarins eussent volé les agrès pour les vendre et détraqué la machine !

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nances pour organiser le service des impôts et des douanes dans le royaume ; des professeurs pour fonder un collège à Hué. Il promet, en outre, de fournir au roi les bâtiments de guerjre, les armes et les munitions que Sa Majesté jugera nécessaires à son service.

« La rémunération équitable des services ainsi rendus sera fixée d'un commun accord entre les hautes parties contractantes.

« Art. 6. — Il est fait remise au roi, par la France, de tout ce qui lui reste dû de Tancienne indemnité de guerre (^).

« Art. 7. — Sa Majesté s'engage formellement k rembourser, par l'entremise du gouvernement français, le restant de l'indemnité due à l'Espagne, s'élevant à un million de dollars (à 0,72 de taël le dollar), et k affecter à ce remboursement la moitié du revenu net des douanes des ports ouverts au commerce européen et américain, quel qu'en soit d'ailleurs le produit. Le montant en sera versé chaque année au Trésor public de Saigon, chargé d'en faire la remise au gouvernement espagnol, d'en tirer reçu et de transmettre ce reçu au gouvernement annamite^ »

Nous avions l'air d'être vaincus et de payer une indemnité de guerre à l'Annam : « Ainsi, nous lui donnions les apparences du triomphe. Devant les peuples orientaux, Tu-Duc allait se parer de nos dépouilles (2). »

(1 ) Six millions I

(2) H. Gautier, Op. cit.

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B était bon de rappeler ces détails et ces faits pour exfJiquer les futures résistances de la cour de Hué et ses prétentions orgueilleuses.

L'Assemblée Jiationale adopta, le 4 août 1874, le traité du 15 mars. Les ratifications furent échangées à Hué, le 13 avril 1875 ('), en même temps que celles du traité du commerce que Tamiral Krantz^ successeur intérimaire, avait signé le 31 août 1874.

Ce dernier traité vint <$ fixer les droits de douane (5 pour 100 de la vaJeur des marchandises, mais 10 pour 100 pour le sel et pour la sortie des grains) ; établir demi-droits pour les marchandises dont la destination ou la provenance serait Saigon ; décider * que les droits ne seraient payés qu une fois, à rentrée ou à la sortie, et non plus à tout passage d'une province à Tautre ; puis, — clause importante — adjoindre au personnel annamite des douanes un personnel européen sous les ordres d'un chef de service français ; autoriser la France à faire stationner dans les trois ports ouverts un bâtiment de guerre ; enfin convenir que tout bâtiment de notre marine croisant pour la protection du commerce devrait être reçu en ami dans tous les ports de l'Annam, excepté dans le plus voisin de Hué, celui de Thuan-an, où l'autorisation d'entrer devrait être demandée au préalable.

« Dans la ville de Hanoï, pour le logement du consul et de sa garde, devaient nous être concédés gratuitement des terrains de deux hectares et demi. Autour de cette Concession française pourraient se

(1)Par le commandant Brossard deCorbigny.

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grouper les magasins et habitations que les Européens établiraient après en avoir acheté de gré à gré remplacement aux propriétaires. G*étaitja constitution possible d'un quartier européen (*). »

Nous voici en 1875, au bout de la période dont nous nous étions fixé d'écrire en ce premier chapitre une histoire aussi complète au point de vue diplomatique que le permettait notre cadre. Elle explique, «en effet, cette histoire, trop peu vulgarisée en France, -celle qui va suivre.

Ne le terminons pas toutefois sans rendre un dernier hommage à la mémoire de Francis Garnier. Ce vaillant etsavant officier, ce vraiment grand Français, a sacrifié sa vie à une idée, et à une idée belle.

L'ingratitude des uns et l'envie des autres {*) le poursuivirent mort. L'amiral Dupré, qui, dans son enthousiasme pour les projets de son jeune subordonné, s'était généreusement offert « à un désaveu, à un rappel, à la perte de son grade », fléchit sous les blâmes ministériels et ne le disculpa plus que très timidement. En France, après la capitulation des <ïhefs de Garnier devant les préventions ministérielles, VO/Jîciel 8€tcrifia le héros tombé : par trois fois, pour plaire à l'Angleterre et aux rancunes des bureaux de la Marine, on le désavoua, en racontant la campagne avec une absolue ignorance, pour ne pas dire mau-

(1) H. Gautier, ibidem,

(2) Il faut oser le dire, il y eut plus d'une Jalousie inavouable parmi les collègues de Garnier. Le second da Décret, M. Balézeaux, accompagna M. Philastra et le seconda en faisant évacuer les citadelles qu'avaient prises ses camarades.

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vaise foi, en faisant par exemple un Chinois de FAnnamite Nguyen-tri-Phuong ! (N^ du 13 février 1874). On refusa à ses soldats et marins de compter pour campagne leur expédition I On refusa à la famille de Garnier la triste et stérile consolation demandée par le vice-amiral Dupré : la nomination posthume de la victime au grade de capitaine de frégate (^) à la date du 21 novembre, jour de la prise d'Hanoï I On contesta longtemps à la veuve et à TenfanC de l'héroïque lieutenant de vaisseau la pension à laquelle ils avaient droit sous le prétexte inouï que « Garnier n'était pas mort devant l'ennemi !»

Il y eut plus triste : l'amiral Duperré (le successeur de l'amiral Dupré en Cochinchine, après l'intérim de l'amiral Krantz) fit refuser par l'arsenal le plomb nécessaire à la confection du cercueil dans lequel on allait envoyer en France, à sa famille, les restes de Garnier, puis, quand on eût fait venir du plomb anglais de Singapoure, interdit d'assister aux obsèques h Saigon, (obsèques qui, sur son ordre, eurent lieu sans pompe,) à tous les officiers non amis personnels dumort I...

Il faut citer ici la conclusion de M. Raoul Frary qui, un des premiers, a tenté de populariser le nom de ce glorieux émule des Cortez et des Pizarre doublé d'un Dupleix : « Les Anglais auraient pris le deuil de Francis Garnier, lui auraient fait des funé-

(i) U était lieutenant de yaisseau depuis 1865 et n'avait pas reçu d'avancement parce qu'il avait protesté contre la capitulation de Paris et obtenu, à cause de cela, 27,000 voix aux élections de 1871.

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railles magnifiques, auraient accueilli avec enthousiasme un tel gage du relèvement national. » Mais nous sommes Français, et moins ingrats qu'ignorants.

Qu'est devenu M. Dupuis ?

Ses pétitions à la Chambre pour se faire rendre justice restèrent sans réponse jusqu'en 1879. A cette époque, elles furent l'objet d'une discussion devant une commission dont le rapporteur, M. Bouchet, fit voter par la Chambre le vœu que le ministère de la marine accordât à M. Dupuis la réparation qui lui était due.

Et FafiFaire en resta là.

M. Jean Dupuis était condamné à n'avoir pas de chance. On lui reprocha la composition de la commission où étaient entrés beaucoup de députés de son département, ses compa;triotes, et le choix du ra{)porteur, qui, depuis, eut des démêlés avec la justice de son pays! D'autre part, M. Dupuis demandait trop. En tout cas, il est tombé dans l'oubli, et vit pauvre. Le ministère eût-il eu raison vis-àvis de cet homme, une telle récompense à tant de courageux efforts n'en serait pas moins déplorable. Summumjus summa injuria.

Ah I il ne fait pas bon en France devenir pionnier d'un progrès!...

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