H INTRODUCTION
Père jésuite Alexandre de Rhodes y évangélisa les indigènes dès 1626. Ce missionnaire a même laissé une description de TAnnamite que les voyageurs d'hier pourraient signer, comme la contresigneront peutêtre les voyageurs futurs, tant les hommes et les choses ont peu changé. Il est bon de le remarquer, car nous allons avoir à relever à chaque instant quelque preuve de Timmuable attachement de la race annamite, et surtout de son gouvernement, pour ses vieilles habitudes et pour ses traditions.
Les colons suivent d^ordinaire les missions. La propagande catholique signala donc le Tonkin aux Hollandais. C'était en 1637, un an avant que leur futur ennemi Louis XIV, ce colonisateur jusqu'ici méconnu, vint au monde. Il se fonda, près de Nam- Dinh, un comptoir hollandais, grâce auquel la cour du Roi-Soleil connut, peut-être la soie annamite. A vrai dire, cette soie devait être supérieure h la soie actuelle, car les Japonais, dont, en ces temps anciens, le pavillon flottait hors des eaux du Nippon, venaient en acheter, parait-il. En 1700, par malheur, les mandarins forcèrent les négociants et les consuls d'Occident à abandonner le pays où Colbert» trente et un ans auparavant, avait songé à établir une colonie française, et où, depuis 1684, nous possédions des l'actoreries.
Icij qufî le lecteur veuille bien se reporter à ce que nous avons, à propos du passé de la Cochinchine (*), raconté des luttes d>Tiastiques et des querelles entre
(i) L'Extrém6*0rient, chezQaaotin.
INTRODUCTION m
vassaux et suzerains annamites. Gia-long, avonsnous dit, triompha de ses adversaires, grâce à nos officiers (1787-1820); et du Tonkin fit une province annamite. La haine de son fils fut notre récompense.
Jusqu'à notre installation aux bouches du Mékong, nous ne paraissons plus au Tonkin, si ce n'est de temps h autre pour arracher quelques missionnaires aux bourreaux. En quittant Tourane, l'amiral Rigault de Genouilly avait bien songé à débarquer son corps expéditionnaire dans le golfe du Tonkin, mais finalement avait choisi la basse Cochinchine. Il a fallu pour que notre pavillon reparût dans les eaux tonkinoises, puis flottât aux bords du Song-koï, qu'avec notre timidité coloniale, nous eussions la main forcée.
La découverte du fleuve Rouge, en tant que voie navigable conduisant delà mer au Yun-nam, mit tout en branle, car elle suscita l'incident Dupûis, le- ^ué[ suscita les premières hostilités.
Yoici comment, — l'histoire vaut qu'on la raconte en détail :
Le commandant Doudart de Lagrée — l'admirable chef de cette étonnante expédition du M é-kong à qui la France doit, entre autres services, la révélation de l'avenir de l'Indo-Chine adressait du Yun-nam,le 6 janvier 1868, au vice-amiral de la Grandière, gouverneur de la Gochinchine, une lettre dont nous extrayons le passage suivant : «... Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'écrire de Sze-mao, ce n'est pas sans un vif regret que nous avons abandonné le M é-kong. A la vérité, la question de navigabilité n'était plus en cause