XII INTRODUCTION
.gociant, — on est jeune, prompt à la colère : un coup de couteau est vite donné ! — mais simplement parce que, M. Dupuis ayant fait soutenir par M. Jules Gros qu'en 1861, il songeait déjà, comme tant d'autres, à trouver une voie plus courte que le Yang-tsé, il était bon de montrer quelles étaient l'éducation et l'instruction de l'homme à qui le ministèVe de la marine aurait volé son idée pour organiser l'expédition Dôudart de Lagrée I Celle-ci, on le sait, avait pour but. d'explorer le Mé-kong, de son embouchure à ses sources.
Ses marchandises vendues avec bénéfice, M. Jean Dupuis se rendit à Pékin, où l'on venait de signer la paix et, de mercanti devenu négociant, redescendit à Shanghaï, d'où il se disposait à regagner son comptoir ep Egypte, quand il fit la connaissance de M. Eugène Simon, consul français, chargé d'une mission scientifique. Ce fonctionnaire le détermina à l'accompagner dans un voyage à l'intérieur de la Chine. M. Eugène Simon, lui aussi, avait rêvé de trouver mieux que le Yang-tsé-kiang, mais, pour l'instant projetait seulement de le remonter, puis, du Thibet, de gagner Pékin par la Mongolie, en refaisant à l'envers le fameux voyage du Père Hue.
Nos deux compatriotes partirent ensemble avec l'escadrille anglaise qui signifiait aux autorités riveraines le traité de Pékin et installait dés consuls dans les trois principaux ports de fleuve. M. Dupuis avait avec lui une forte pacotille. A Han-kéou, il s'arrête... sept ans, fait fortune, apprend un peu de chinois et oublie le voyage projeté ; les rebelles, dit-il, obs-
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truaient la route. Cette route, ses marchandises la suivaient cependant.
En 1868 et 1869, M. Dupuis pousse jusqu'à la capitale du Yun-nam, cherchant de nouveaux débouchés : il avait reçu la visite de Francis Garniér et du docteur Joubert, — il avait appris par eux la possibilité de gagner de Mang-hao le golfe du Tonkini
Pourtant, malgré sa connaissance (?) de la langue chinoise et la protection des diverses autorités, voire des rebelles avec lesquels il trafique, c'est seulement en 1870 qu'il se décide à tenter l'aventure. Il s'embarque en 1871, le 25 février, gagne la frontière annamite et suit enfin le chemin qui marche, que lui a indiqué Garnier et où nos couleurs ont flotté dès janvier 1868, trois ans plus tôt : le fleuve Rouge !
Maintenant, nous entrons dans l'histoire du Tonkin, notre héros n'allant point tarder à nécessiter l'intervention française, au cours de laquelle nos différents ministères multiplieront les fautes.
Jusqu'ici, répétons-le, nous avons voulu simplement prouver que l'ouverture, ou plutôt la réouverture du Song-koï n'est point l'œuvre de Jean Dupuis ('). Les Chinois connaissaient ce fleuve en 1320, les Jésuites le remontèrent en partie de 1708 à 1718,
(1) Ajoutons que nous ne devons pas davantage à M. Dupuis la conquête du pays, car, n'y eût-il pas nécessité l'intervention française, nous n'y aurions pas moins étabH un protectorat, pacifique celui-là. En 1873, une mission était chargée d'explorer le î^ong-koï, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Delaporte, un des lieutenants de Doudart de Lagrée. Le ministère de la marine fournissait le matériel et