CHAPITRE V
L'abbé Léon Leroux était debout dans la grande salle du presbynervé par safe de Saint-Germain, par les fenêtres de laquelle on apercevait, à ir goûter Iefrte de vue, le champ blanc immense, ruisselant de la clarté d’un beau s la politiqueMileil d'hiver, sous lequel coulait le fleuve couvert de glace et de neige. rieur où au: Cet horizon vaste semblait convenir au regard .profond du prêtre.
Il marchait de long en large, en proie à une agitation visible, et
m frère, canBrlait à un autre prêtre, assis près d’une fenêtre. Tous deux futait quelq eaient des pipes de bois, remplies de tabac canadien. Leur aspect elait des fils du sol ; mais
tard qu’elle leurs visages affinés et la flamme d’intel- € qui brillait dans leurs regards disaient de longues nuits passées
| l'étude et dans la méditation des devoirs a
>orges avait= ustères des pasteurs s âmes.
ent dans la!
Pas un son dans le presbytères, à part les voix des deu le silence et Ja paix.
“Je vous dis, Sasseville”, affirmait le curé Leroux, e« sant à son vicaire, l'abbé Emile Sasseville, que cela me fait d
—Je ne sais pas ce qu'ils avaient, ce qui les poussait, l'abbé Sasseville, mais j'ai rarement vu autant d’excitation.
—C'est la politique et la boisson qui ont fait tout le 1 rouges et les bleus voulaient ACCaparer l’entreprise pour leur p qu'on ne püt pas dire que c'était le parti opposé qui avait mod village. C'est toujours pareil en toute Occasion; ils voient rouge ou bleu, :
—Je me demande qu'est-ce que la politique avait à faire a question-là ? ;
— Rien, absolumen: rien. C'est absurde. En soi, cette n mettre de la politique Partout et d'en faire à tout propos est ridicule ; mais cela à aussi des Conséquences graves.
" —Oui, on achète les votes et on répand la boisson à flots
Pour la morale.
‘abbé Leroux se tut un instant et regarda au loin, vers 1’ Comme s'il cherchait dans la blancheur immaculée de la neige « un remède contre Jes fautes qui noircissent ja conscience des h4 puis il dit gravement : “il y a plus que cela dans ces deux fé
province ; ils ruinent bien des individus et ils affaiblissent toute ] Que de beaux talents j'ai vus anéantis par la boisson. ‘Tenez avez ici dans le village deux ou trois hommes qui ont été riches ont été les premiers parmi leurs concitoyens ; ils ne sont plus : c'est à peine s'ils Peuvent se procurer de l'argent Pour boire, avez le notaire Dubuc, qui était autrefois à l'aise : il ne possèd rien. ]l y a aussi Jean Savard, l'avocat, celui qui reste dans Ja maison au bout du village. Pendant un temps, c’est lui qui la plus belle clientèle de tous. Il s’est mis à boire et tout a fondu, tèle et argent. Il ne lui réste plus que sa maison, et c'est sa f qui le fait vivre, en Prenant des lavages et en douant des chamir gérant du moulin et aux commis de la banque.
ais sobre et sa —C'est sur une plus petite échelle ce qui s'est vu quand des où s’ouvraient la s politiques eminents ont ruiné leur carrière en buvant.
.. Un grand «r —S"il n'y avait que quelques politiciens qui ruinaient leur carrière ni-monastique
politique, le mal ne serait pas grand ; mais c'est le pauvre peuple aussi jui se ruine: nos Canadiens sont déjà assez portés à boire sans qu'il aille transformer les élections en orgies.
“Et puis, continua le curé, nous nous divisons pour des niaiseries rouge ou de blex et nous nous affaiblissons. Si l'énergie dépensée Pure perte pour gagenr des élections était employée à améliorer la * fait de la peinMBituation d’un chacun ; Si au lieu de boire, on travaillait, les Canadiensle font. Savez rançais seraient bien plus riches, bien plus considérés et bien plus mière électriquifnfluents. Puisqu’ils trouvent moyen de prospérer autant qu'ils le font, es et autant dBvec les défauts qu'ils ont, à quoi ne pourraient-ils pas prétendre s'ils dérale, youlaient se corriger !
USsait, répond: —1l est certain que es Anglais et les Irlandais sont bien plus unis
tion, ue nous et s'aiment davantage les uns les autres.
ut le mal, Les —Nous devrions faire notre possible, comme eux, nous aussi, afin
leur parti, afñ@e pouvoir rivaliser avec succès contre eux ct afin de garder notre in-
ait modernisé Muence. Le pays s’en trouvera mieux et nous aussi.
voient toujours —1" n'y a pas jusqu'aux Juifs qui ne travaillent avec ensemble à Ê ouer un rôle important. Ils ne sont à Montréal que depuis peu d’an-
pées, et pourtant, d'après ce que disent les journaux, ils prennent une
rrande influence.
—Eh! oui, c'est une raison pour laquelle nous ne devrions rien
perdre de la nôtre. Nous ne conserverons nos droits, au milieu des
utres races, qu’à condition d’être unis et forts. Ce n’est pas en se
battant comme on l'a fait ici qu’on améliorera quelque chose. Quand
pn pense que Magloire Sirois, et Léon Boudrias se sont talochés sur la
place de l’église, devant la foule, le soir de l'élection, au lieu de faire
eurs élections comme des hommes sensés.
—Ï paraît qu’ils avaient pris de la boisson.
nent ! premié les deux prêtre
oux, en s'adre
faire avec cetih
cette manie dé 20$ est surtouf
à flots. C'e e relâchemen
vers l'horizon neige de Dicë
: des homme“ —Ils n'avaient qu’à ne pas en prendre. Je vais leur dire ma façon eux fléaux défie penser, en chaire, tout-à-l’heure.... C’est un bel exemple à donner ns notre bell Rurs enfants et aux autres paroissiens. toute la race —Îls n’aimeront pas cela.
enez, vou —Je le sais bien : mais moi non plus ça ne m'amuse pas. Seuleriches et quiment, c'est mon devoir et je vais le faire, : plus rien ef —Le fait est qu'ils auraient fort bien pu se dispenser de cela, boire. Voudsurtout une fois l'élection finie.
possède plu
Pendant que le curé et son vicaire causaient ainsi, Magloire Sirois ans la grande
parlait lui aussi d'élections, avec sa femme, mais d’une manière bien lui qui avaiifférente. Il était aigri par la défaite qu'il avait subie et il était fondu, clienmécontent de lui-même et des autres. Il exhalait son mécontentement st sa femmdllen paroles amères, qui envenimaïient davantage son ressentiment.et qui Chambres adicausaient à sa femme un profond chagrin.
Quand elle avait épousé Magloire Sirois, six ans auparavant, Marie RIOUX était une jeune fille de dix-huit ans, pleine de santé, de gaieté,
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d'espoir en l'avenir! Son union avec celui qu’elle aimait étail sation de ses rêves de bonheur les plus ambitieux. Depuis amour pour son mari n'avait point diminué, mais elle avait subi désillusions i vai
re ans, était venu la jeune femme, mais tait rien et qui lui coûtait du temps et de POur son parti, attristait sa femme. En :
ses affaires, qui ne périclitaient pas parc
Sirois ne pouvait Comprendre comment il itique comme celui qu’il venait d’essuyer et minations, accusant ses amis de l'avoir trahi.
avait pu avoir u il se répandait er
nous avaient faites. Quand on pense qu'il y a charron à qui je vendais à crédit depui
faim à q age à plusieurs reprise. [a fem
que son mari avai idats. Aussi, ft
—C'est laid; je n’aurais jamais cru qu’il ferait ça.
—C'est la politique : les 8ens votent pour le côté qui leur pr le plus.
Marie ne dit rien; Sirois continua : “si encore il y avait mx de compter sur ses Parents au moins: mais non, Baptiste Four mon beau-frère, a voté Contre moi. Il a travaillé tant qu’il a pu et dit que quand mon élection viendrait, il essaierait de me faire batt
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lui dit Mari
—Il ne ferait pas cela!
—Il l'a dit.
—Mais Joséphine l’empécherait.
—Joséphine! c'est bien elle qui s'occuperait de cela !
—C'est ta soeur.
—Elle est pire qu'une autre. Depuis que j’ai refusé de prendre mari en société, elle veut me ruiner. Elle dit que Baptiste finira
avoir autant de clientèle que moi, et que je finirai sur la paille.
—C'est épouvantable de parler comme cela. Elle est bien mauvaise. —Elle n’a pas de coeur. C’est une hypocrite. Si elle me voyait rt demain, elle serait bien contente.
—Ne parle pas comme cela, Magloire, dit Marie, en palissant . est-ce que ça te fait ce que les autres disent de toi, est-ce que je ne
e pas moi ? Est-ce que nous ne sommes pas héureux ensemble ? Marie pensa, mais sans ôser le dire: “pourquoi aller chercher le
eur au dehors? pourquoi me négliger et négliger tes affaires, te dre ridicule et obliger des ingrats, quand tu as ici une femme et des ants qui ne vivent que pour toi ?”
Une larme perlait à sa paupière ; Sirois la vit et il en fut touché : pleure pas, ne pleure pas,” dit-il brusquement, pour cacher sa propre Dtion, et il ajouta sur le ton de la plaisanterie: “il n’y a rien de sé!” Plus ému qu’il ne voulait le paraitre, il embrassa sa femme et enfants, et partit avec George pour la grand'messe.
Le dernier coup de la messe était sonné, mais la place de l’église t encore pleine de monde. Les femmes et les enfants étaient entrés, is les hommes restaient dehors, attendant un dernier signal du beu et causant ensemble des Événements de la semaine, car on ne se
souvent que le dimanche à la campagne et cette journée occasionne resserrement des relations sociales entre les citoyens d’un même age et surtout eutre les “habitants”, dont quelques-uns passent toute emaine sur leurs “terres”, occupés à des “charroyages.”
Une gaieté et une animation plus grandes que d'habitude régnaient s la foule, car on était encore à l'époque les “fêtes.”
Tous étaient au courant des incidents qui avaient marqué la jourde l'élection ; le passage des deux Sirois occasionna bien des chubtements. C'était la première fois que Magloire affrontait les regards ne foule depuis l'élection et il se sentait quelque peu mal à l'aise. salua ses amis, au Passage, mais certains saluts qu'on lui rendait ient contraints ou empreints de moquerie, et il entra à l’église de fort uvaise humeur, dans des dispositions qui ne convenaient guère pour présenter dans le lieu saint. Il se rendit compte que ces mauvais htiments étaient déplacés en cet endroit plus que partout ailleurs et il força d'oublier ses soucis par trop humains, mais sans bien y réus-
Il était comme une foule d’autres qui ne font leur religion que inalement, qui en exécutent les gestes mais qui ne se pénétrent s de son esprit, et il demeurait le cerveau plein des affaires de ce
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monde, agenouillé au milieu de la foule au-dessus de laqu une rumeur pieuse, L'office divin commença. Les chantres entonnèrent ]’ omine”, puis vint le “Kyrie”, Georges suivait la messe ave ment, mais il avait des distractions involontaires et ses yeux s gré lui vers un banc en avant du sien, dans-Ja deuxièm droite. Cétait le banc de Baptiste Fournier, le beau-frère de Sirois et de Georges; il Y avait pris place avec sa femme
soeur, Louise, C'était de ce côté qu’erraient à tout instant le
rencontra le regard de Louise et il en ressentit une commotio dinaire, Le jeune homme et la jeune fille rougirent et ils les yeux sur leurs livres.
Si un ange fut témoin de ce “flirt” innocent, il dut sot indulgence.
La voix de l'orgue et celles des chantres se turent. . C'ét: ment du sermon.
Le curé Leroux monta en chaire et fit les annonces hal mariages et décès, publications des bans et des dispenses, routine de la vie de Ja Paroisse, Puis il dit:
Le curé raconta ensuite, à mots couverts et sans nomn sonne, la bagarre qui avait eu lieu sur la place de d'église, le l'élection. I] Protesta qu’il ne voulait blesser aucun de ceu: avaient été mêlés : “maïs Comme Île scandale a été public”, dit-il,
montra comment le clergé a joué un rôle Prépondérant dans les nationales des Canadiens-Français pour la revendication de le bertés et il déclara que ces états de service du clergé lui donnaien
tion, il adjura ses auditeurs de ne plus mettre la politique au pi
le laquelle. cour4 Une homélie sur l’évangile du jour suivit ces paroles émpreintes patriotisme, qui firent une profonde impression sur ceux qui les
rent l“Aspergs tendirent. É
sse avec recueil Le chant du “Credo”, solennel et imposant, s'éleva ‘ensuite, suivi
Jeux se portaielir tous les fidèles et scandant sur un rythme majestueux la profession
euxième rangé foi à laquelle tous s’unissaient.
frère de Magiloi La leçon mérité que leur avait donnée le curé avait fait une imemme et avec Messi iffé divers individus qui avaient pris Stant les yeux à la baga
. Un moment Comme cela arrive Souvent, ce fut le moins coupable qui se sentit nmotion extradl pius confus, et Georges,
é que malgré lui et pour fendre son frère, Les deux hommes du bulin échappaient ; C'étaient deux mauvais garne-
Païens, au gra un d'eux, avec
penses, toute À
lir. Je vous |
ent se produi
scènes disg
ns, ont malhe
> protester, a Quañt à Boudrias
it pas.” Sa conscience, calleu s nommer peË
lise, le jour 4
de ceux qui!
» dit-il, “il co
l’odieux d’
n'avoir offen
de guérir.” |
suite, “et c’e
parole.