CHAPITRE
Septembre arrivait, avec ses nées belles mais sans chaleur.
Là-bas, sur les rives du fleuve Saint-Laurent, ce moi d'automne et Commence déjà à é
lue l’on enten.
1ord. Les plai
vagues, aux gémissement indéfinissables que les souffles de l’automne arrachent au:
la nature, au Craquement des poutres vieillies des toits, 2 tions des branches tordues et secouées
seigne de magasin mal assujetie,—to incessante, mystérieuse et déprima et des réveils d’effroi à la femme «
Les nerfs de la malheureuse, aux assauts du malheur et de l
ture fatale, d’un effondrement s trop prolongée, trop raide.
Ses pensées allaient vers SOn mari avec plus d'intensité Elle eut voulu le protéger, le sauver : mais comme elle ét
ès duquel elle avar reuse et confiante.
Île ne pouvait réussir à se le rep
lade affaibli et jours pour elle l’homme fort qui s'étai du mariage, celui et dont la présence l'eût préservée de l’effroi, des méchancetés et des convoitises humaines.
Certes, elle n’aurait pas ressenti sourde que lui inspiraient ]
Sainte confiance! noble amour ! qui honorent autant cell mañifestent que ceux qui en sont les dignes objets.
EN
Malgré ses défauts, sa violence ct ses €nportements, Magloire Siavait été un bon père et un bon mari, Il avait toujours veillé avec itude sur les siens et jamais son coeur n'avait appartenu à d’auu'à eux, ne s'était laissé détourner du devoir noble et pur. Il it pas déchu, malgré son malheur : il était toujours digne de l’ade sa femme, de l'affection de ses enfants. Et il ne se pouvait que le cri de cet amour, que les voeux de cette affection ne fussent jue jour entendus, Là-Haut, où se pèsent les fautes et les mérites umains, où se rendent les décrets de la Justice. De longs mois s'étaient maintenant écoulés depuis le départ de loire. Jamais Marie n’avait eu de ses nouvelles. Louis Martin, bé par d’autres soucis et peu faché d’être momentanément débar- É d’un partisan plutôt encombrant, n'avait fait aucune démarche obtenir la libération de Magloire Sirois. I} s'était contenté de jormer de sa santé et n’avait même pas pris la peine de faire part arie des nouvelles qu’il avait reçues.
C'était donc naturel que, surrexcitée par son chagrin, stimulée par esseulement, Marie, après avoir subi une crise d'abattement, tentàt ortir de son isolement, de rompre le silence fait sur la détention de loire, de se mettre en rapport avec lui, d'obtenir des renseignets, —quelque chose de concret qüi la sortirait de l'exaspérante ignoe du sort de son mari.
Elle sorgea bien à faire le voyage, à aller le voir à l'asile. Mais üt-elle pu faire, seule et sans amis. là-bas ? et puis comment laisles enfants ?
Elle décida donc d'écrire, se disant qu'elle devrait recevoir une bnse.
Elle mit dans cette lettre toute son âme. Elle y versa toute son
froides et ses J°4
ce mois est un nd les: vite jaunissant Jonchée, que la bri re vertes, —<contraf mort.
| entendait déferk €s plaintes lugubÿ sements imprécis ent aux choses toits, aux lamer:
etns de quelque :
ie clameur imme mnait ‘des sursa
is.
ment pour résisf haient maintenars fléchissaient. EF 1et de résister 18 danger d’une ruà ait une résista
tensité que jama tion longtemps contenue. Elle y donnait à Magloire des nouvelles elle était fenn petits: ‘les enfants parlent de toi”. disait-elle ; “le petit. Magloire lui; elle avait ence à dire “papa” et Jeanne demande quand tu vas revenir.”
le avait été he “Dis-moi comment tu es, quand nous te reverrons. C’est si triste sans toi.”
Marie cacheta amoureusement l'enveloppe, mit un baiser sur le bre, puis elle alla elle-même jeter la lettre à la poste, par un soir ur, se cachant comme si elle commettait une mauvaise action, et rtant tout à coup pleine de confiance.
Pouvait-elle douter du résultat? Ne savait-eile pas que Magloire ait tirée de la torpeur où on le disait plongé, en voyant son écriture ? yeux se mouilleraient en lisant le nom de Jeanne et celui du petit gloire. Il répondrait, elle en était certaine.
Après avoir fait cette démarche, elle se sentit soulagée, plus conte et plus forte, plus pleine d'espoir en embrassant longuement les ants, qu’elle chérissait pour deux depuis que Magloire n’était plus là. Georges fut étonné du Changement qui s’opéra en elle. I1 en fut i heureux, car il se sentait responsable dans une certaine mesure du de la mère et des enfants, pendant l'absence de Magloire, et sa
ne un pauvre 1m il demeurait tc protéger, au jo rainte dans la v lement au miliä
été là, la terre:
urnier. Elle e des et traitres et droit dont à r mettre les
nt celles qui l
en —
moins lourde si Marie repren ance d'autrefois.
es jours se passèrent.
* Sans Jui nous son ombre et morne,
re bien le plus préc
, dans un néant s N'est-il pas not
terre? Marie espéra donc. Après avoir connu les affres elle passa Par le consolant état d'âme que fait naïtre la per
peu de sa gaieté: elle se surp soins du ménage.
Elle ne s'était pas confiée à Georges, Craignant qu’il PaS Sa confiance, car elle voulait espérer ; elle avait besoin
—Oh! oui, —Tu aimerais cela s’il était ici,
s’il venait t’embrasser on lit, le soir, avant
que tu t‘endormes.
jusqu'à ce que Marie s
Paupières humides et se prit à e :vier ja crédulité de la petit blait s'imaginer que la porte allait s'ouvrir là, —immédiateme ë t comme autrefois, avec 1
€ et qui faisait “jaser” Je petit Magloir.
» et rien ne venait. Marie se perd.
Positions, calculait combien de temps cela prenait pour qu 1e la réponse püt arriver.
‘était nourri, qu'on
ressées. Autant elle éta:
elle était malheureuse maintenant.
€ redevenait morose et triste, reprenait sa Physionomi
re.ise. Georges, qui suivait ces transformations et qui n’en pas la cause, était désolé.
l eut donné beaucoup Pour pouvoir consoler l’affligée, sympathie était impuissante,
onsoi elles se Supportent seulement— tant que la misérable machine
A se
2 : i “P"t0si. des. fon que sa première visite eût été sans résultat. C'était un ami de son i et elle ne pouvait croire qu'il ne pût pas faire quelque chose pour oire.
Marie trouva Martin en conversation avec André Noël, qui était tenant avec la famille Martin dans des termes d'intimité si grande l'on en parlait dans le village. Les gens qui se prétendaient bien ignés affirmaient que le jeune “homme était fiancé à Mina tin.
JUS sombrerions d orne, N'est-il pa 1S précieux sur cd affres de la doute e la perspective d se surprit à chan 1! eut un Sourire gracieux pour la femme de l'épicier, qu'il conait pour l'avoir vue quand il accompagnait Mina chez elle. Il se osait à partir; Martin lui dit bonjour puis se tourna vers Marie, besoin de cela pol sans quelque embarras. à PRES p. L'avocat sentait qu’il ne S était guère donné de peine pour aider a petite Jeanne MRlOire et il dit à la visiteuse : “J'ai eu des nouvelles de votre mari, s nouvelles. fame. On dit qu'il va bien.
: “aimerais-tu cd —Oh ! que je suis heureuse, interrompit-elle. Moi que venait juste-
vous parler de lui. Que fait-il? comment est-il ? Martin n’était guère renseigné. Il se contenta donc de répondre rasser comme M la santé de Magloire était bonne. ; = es. —Je lui ai écrit, fit Marie, et il n’a pas répondu. Je ne sais pas Miue cela veut dire. ‘
—Vous avez fait cela ! s'exclama.Martin, effrayé et mécontent sans p savoir pourquoi.
—Je ne pensais pas mal faire, répondit innocemment Marie.
—Ce n’est pas ce que je veux dire, s'empressa de répondre Marti: & vous blâme.pas. Seulement, je suis un peu surpris. Et, ajoutaen hiésitant, avez-vous eu une réponse ?
—Non, dit-elle.
Il respira plus à l'aise. :
—Voyez-vous, continua-t-il, d’un ton protecteur, il y a hien des ages, des règlements dans l'administration d’un établissement de € sorte. Magloire n’a peut-être pas encore reçu votre lettre. —Vous pensez qu’on ne la lui a pas donnée ?
—Je ne dis pas cela, mais c'est possible.
Et Martin pensait aussi à une autre éventualité, celle où Magloire ois n'aurait pas été dans un état mental qui eût permis de lui com-
iquer la lettre. | N ne fit cependant pas part à Marie de sa pensée. Il dit simples—tt51 e = LA figée, mais # = Si vous attendiez encore un peu, vous recevrez peut-être une Se .—Je n’y compte plus beaucoup, à vrai dire, laissa tomber Marie. AIS est-ce ce ne serait pas possible de faire des procédures pour le re sortir ?
—Ce serait peut-être possible.
—Je voudrais faire quelque chose. S'il n'v a pas moyen de le re sortir, je vais aller le voir à l'asile. 4
—N: faites pas cela, dit, dit vivement Martin.
—Pourquoi ?
t qu'il ne partag
Marie se sentit :
la petite, qui ser liatement, —et qi
avec le bon ri fagloire dans
se perdait en su Our que la lett
réponse.
amères, qui su ; qu'on avait c Paravant, autar
ionomie douloi ui n’en devin
1 lui était dev solue à agir, gloire et pou er. :s Louis Marti
—Et les enfants ?
—Je les EMMenerais avec moi.
—Mais vous laissera-t-0n entrer ?
—Je dirai que je suis sa femme.
—H faudra que vous ayez une lettre d'introduction.
— Vous pourriez rh'en donner une.
—Certainement, certainement. Seulement, vous admet même avec cela,
—On me refuserait la permission de voir mon mari? ss Marie découragée.
visite lui faisait du m arie éclata en sanglots, La pensée que sa vue pût faire à son mari, était vraiment trop cruëlle!
Martin fut ému et s'efforça de la calmer.
—Îl ne faut PaS vous désoler comme cela, lui dit-il] finalemer Peut s'informer €Xictement de l’éta: dans lequel se trouve M: Puis agir en Conséquence ensuite. .
! si vous pouviez faire quelque chose pour lui! implora Si vous saviez comme je souffre!
Elle suffoquait d'émotion et Martin mit fin tant solennellement qu’il allait s'occuper i
ffrir sa petite femn J'espère qu’il ne nous enuiera pas trop quand il reviendra.” ur cette réflexion demi-compatissante et demi-égoïste, il & au travail et recommença à compulser des dossiers.
Martin, Marie, les yeux e:
» Se dirigéa vers sa demeure, A son insu, elle étai:
PaSSa rapidement devant l’éch
€z rapidement pour que le cor nier ne vit PaS Son visage bouleversé.
“Allons”, se dit le cordonnier, “la voilà encore qui se tourmen cause de Magloire. Je suppose qu'elle est aïlée trouver Martin P lui demander Conseil, Si elle Compte sur colui-là Pour faire so Magloire, elle attendra longtemps.”
Out en soliloquant ainsi, le cordonnier vit l’homme qui marc! à la suite de Marie.
“Tiens”, Murmura-t-il, “cela va mal.
‘das Moineau se mêle de Surveiller la fe pas être dans un bon but.”
“Qu'il y a donc de échanceté dans Je monde” tinuant à pousser le ligneul.
Si cette canaille d’Horr mme de Magloire, ça ne d
+ COnClut-il en co
admettra-t-0
ari? se
it du mal...
t faire du
nalement, uve Magloire
nplora Marie
1e en promet e l'affaire.
. Louis Mar alloir que je te femme...
te, il se mit
yeux encore Île était sui.
» Qui l’avait porte de ce derrière |:
re la jeune
it l’échoppe le cordon:
urmente à artin pour aire sortir i marchait
d'Hormisa ne doit
il en con- :
EE
Hormisdas Morneau cependant hâtait le pas. Il atteignit Marie, au moment où elle allait rentrer chez elle, et lui adressa la parole, avec ne feinte bonhomie :
“Bonjour, madame Sirois. Comment ça va? Les enfants sont bien ?”
Marie répondit affirmativement. Elle ne connaissait pas beaucoup Morneau, mais elle croyait que c'était un des partisans politiques de Magloire. Elle se pensait donc obligée d’être polie pour lui et de tépondre à ses questions.
“Et avez-vous des nouvelles de monsieur Sirois ?” demanda impudemment Morneau.
Cette question brutale et pénible affigea Marie, qui repondit comme on répond quand une question inattendue prend au dépourvu et fait dire des choses que l’on voudrait garder pour soi. Elle dit: “non, malheureusement, je n'ai pas de nouvelles. J'essaie d’en avoir et je suis allé demander conseil à monsieur Martin.”
Morneau savait maintenant tout ce qu’il désirait savoir. 11 s’éloigna en prodiguant à Marie des consolations banales et offensantes : “pauvre femme, je vous plains ; vous avez de la peine, je comprends ça.”
Marie entra chez elle, mécontente d’elle-même et de Morneau.
L'homme s’en alla, marchant plus vite et l'air satisfait, comme s’il se dirigeait vers un but déterminé après avoir rempli une mission avec succès. 1 continua jusqu’à la première rue transversale, prit à travers champs, et se rendit à la rue de l’église, en haut de la côte. Il redescendit ensuite la côte, avec une allure moins pressée, en affectant de ne pis se hâter, et il se dirigea vers l'étude d'avocat de Georges Beaulieu.
“Eh! bien, Morneau ? interrogea Beaulieu, en le voyant entrer, qu'est-ce qui vous amène ?”
Comme tous les gens liés par la politique et les intérêts communs qui en découlent mais séparés en même temps par les conditions sociales, le député Beaulieu et le journalier Morneau étaient en termes d’intimité sur un point seulement, celui de la politique. Jamais Beaulieu ne se füt compromis au point de solliciter Morneau d’espionner ses adversaires pour lui, mais le visiteur de Beaulieu savait cependant que ses services seraient récompensés même s'ils étaient volontaires.
C'est donc avec confiance qu’il dit au député: “j'ai du nouveau à propos de Magloire Sirois.
— Et qu'est-ce que vous avez, demanda négligemment Beaulieu, satisfait du zèle de son partisan et pressentant un renseignement sur ce qui se passait dans la famille de Magloire.
—Sa femme veut le faire sortir, répondit Morneau.
—C'est bien naturel, dit Beaulieu. A-t-elle fait des démarches ? ajouta-t-il, en insistant sur sa question.
C'était le moment pschychologique. De la réponse de Morneau à cette importante question allait dépendre le prix que le député paierait pour les renseignements.
—Oui, elle en a fait, répondit Morneau.
—Lesquelles ?
FRA ie jen ares TER M AR ut ent
DR Tee
—Je l'ai vue et elle me j'a dit.
— -a femme de Sirois elle-même ?
Ce n'est pas mal, fit Beaulieu, amusé.
Morneau était tout fier, tout heureux d’avoir été aussi hab Le député réfléchit une minute,
est tout ce que vous savez, dit-il
tes.
cinq dollars que Beaulieu avait donné ;
ant en remerciements obséa de l'argent en arrache aux âmes basses à tout haut Ge rmée sur Je traitre Morneau
cet animal de Siroi i i
encore faire du k
avant-midi après-midi, à l'heure du Courrier, Beaulieu Partit pour alles bureau de poste, où l’on distribuait Jes le i
qautre heures.
distances ne sont pas long
Prétexte tout trouvé Pour faire un bout Promenade et rencontrer jes sens du village, avec qui on devise « évènements du jour.
utain, ne négligeait P de flatter leur vanité
illageois € Jourà, Beaulieu se rendit au bureau de poste plus vite qu d'habitude et Y arriva avant que le charretier chargé du transport de “males de Sa j :
ajesté”” n’eût apporté les sacs Contenant ces “malles”” l causa d’abord ‘un, pui
ms DE
loire. hi conduisait à la porte du bureau de poste et rendant affablement les +? uts qu'on lui adressait.
Louis Martin passa et les deux hommes échangèrent des saluts. aulieu entra alors dans le bureau de poste et pria le maitre de poste lui donner immédiatement son courr'er, prétextant qu'il était pressé. la fait, il sortit et attendit. Quand !‘":-tin sortit à son tour, avec son
burrier, Beaulieu s'arrangea de mani .e à marcher à côté de lui. lartin Jui adressa la parole et tous deux partirent ensemble. : Quard ils furent un peu à l'écart de ja foule, Beaulieu dit à Martin: iSS1 habile. e vo‘drais vous parler d'affaires. Auriez-vous un moment à me onner ?
—Certainement, répondit Martin, enchanté, car il était très acces-
ible à la vanité et très flatté que Beaulieu voulût bien être en bons
Sur: : ermes avec lui.—Irons-nous à mon bureau, demanda-t-il ? etes donné. —Arrétons au inien, répondit Beaulieu: c'est plus près. mettez cela —Très bien, 4t Martin.
Les deux avocats entrèrent. lLeaulieu avait eu la précaution de donné à son@envoyer son huissier, de sorte qu'il se trouvait seul avec Martin. Pas s obséquieux Me danger qu'ils fussent dérangés par quelque visiteur, car passé quatre basses. ieures, les habitants des campagnes ne sortent plus de leurs logis pour aut Georges 'ocxuper d'affaires. Quand ils ont quelque affaire à transiger, ils y conorneau : “si acrent toute une demi-journée, car on a du temps aux champs : ils “atre du bruit. Bellent” et ils arrivent soit de bonne heure l'avant-midi, soit de bonne elques mois heure l'après-midi.
Un poèële en fonte, don le tuyau en tôle se perdait dans la deribscurité de la pièce mal éclairée, ronflait dans l'antichambre où on énétrait en ouvrant la porte donnant sur la rue.
Le cabinet de travaii de Beaulieu était dans la pièce voisine. Avant l'y pénétrer, Beaulieu forma soigneusement la porte d'entrée et baissa
ur aller au le train de
arquant de les rideaux de toile des fenêtres, pour être protégé contre toute indis- US aiment Mcrétion. Ceci fait, ii invita Martin à pénétrer dans son cabinet de traas longue: val, où il s’assit dans un fauteuil en bois faisant face à une table : distribu- chargée de paperasses. Martin s'assit dans un fauteuil semblable, au a bout de bout de la table. Une lampe à l'huile sans abat-jour se trouvait entre
levise des les deux hommes sut la table, et elle les éclairait d’une lumière crue et
fatiguante.
geait pas Tous deux s'étudiaient, sans en avoir l'air, s'observaient comme Vanité en des lutteurs qui vont en venir aux prises. Martin se creusait la tête en atten- Dà se demander ce que Beaulieu pouvait bien lui vouloir et espérait inmalle” et Mtérieurement n'être pas pris au dépourvu et avoir la présence d'esprit Uvraient nécessaire pour tirer le meilleur parti possible de l'affaire que le député IS cour- M allait lui proposer. Ce dernier regardait Martin avec une attention à impro- tranquille et subtilement dédaigneuse, en homme qui est sûr d'avoir
: le dessus sur son adversaire et qui songe seulement aux moyens d’arrivite que ver à ses fins le plus rapidement et le plus facilement possible. port des Le silence ne dura que queiques secondes et Beaulieu entama nalles”. l'entretien :
perron “— J'ai voulu vous parler, aujourd'hui”, dit-il, parce qu'il n'est
s. DO
venu quelque chose d'important à l'idée. Quand on croit av bonne idée, autant vaut en faire part tout de suite à ceux u time. Car vous savez, n'est-ce pas, mon cher monsieur Marti j'ai toujours eu beaucoup d'estime pour vous,
— Vous êtes bien aïmable, interrompit Martin, que ce début tressaillir d'aise. :
Pas du tout, Pas du tout, répartit Beaulieu: je dis cela par je le pense, Nous n'avons jamais eu que des rapports cordiaux, ‘ue nous soyons des adversaires politiques, Et je m'étonne quelq que mon adversaire, mon plus dangereux riva]
—Oh! protesta faiblement Martin.
EE Que mon plus redoutable concurrent politique, cor imperturbablement Beaulieu, en faisant semblant ’ tendu l'interruption, soit justement l'homm quel je pourrais m'entendre le mieux, j'admire le talent, dont je prise le plus haut la Courtoisie profes nelle et l’amabilité d'homme du monde. C'est vraiment un h. surprenant, une bizarrerie du sort.
—En effet, affirma Martin, complètement gagné. eu que des relations cordiales avec vous, je puis m'en flatter vous m'attribuez trop de mérite, Si je me suis toujours bien ent avec vous et si j'ai toujours lutté à armes courtoises, c'est parce j'appréciais moi-même beaucoup vos procédés de “gentleman”.
Martin eut pu dire aussi, avec une égale vérité, que s’il avait jours ménagé Beaulieu, c'était Parce que celui-ci lui en imposait 4 dominait. Mais Martin ne s'avouait pas cela et s’imaginait de b
Je n'ai tou
autres, même qu e sien.
7. est Vraiment malheureux. continua Beaulieu, développant pensée, que nous novs heurtions toujours en des luttes vraiment raisonnables, puisque nous Pourrions nous entendre si bien. Je
—Je ne demanderais Pas mieux, hasarda Martin, qui tendit cep dant plus attentivement l'oreille, car s'il était un peu vaniteux et un I faible de caractère, :l était néanmoins intelligent et il se demand avec une vive curiosité où Beaulieu voulait en venir,
—Nous nous combattons, dit Beaulieu :
efforts. Au lieu de cela, si nous unissions nos forces, nous Pourrio accomplir de grandes choses,
—Je ne vois pas bien ce que vous voulez dire, fit Martin, qui.
demandait si Beaulieu voulait le faire renoncer à son allégéance po tique.
— Pourtant, c'est facile, dit Beaulieu, avec u
n sourire suprêmemer engageant. Nous nous donnons des coups ;
nous nous disputons |
oit avoir une eux qu'on es.
" Martin, que
début faisait
ela parce que rdiaux, quoi.
© quelquefoi;
ue, continua voir pas en:
lage avec le.
tous et don | profession.
| un hasard
l'ai toujour:
atter Mais ten enten:lu
t parce que an”.
l avait tou:
posait et le t de bonne [ue son adexcusable, ême quand
loppant sa aiment «lé.
n. Je me
dit cepenet un peu demandait
s en pure retironsavec nos
pourrions
n, qui se nce poli-
êémement utons le
contrôle ; nous venons en opposition à tout moment. Si au lieu de cela, nous nous aidions mutuellement, si nous partagions.
La convoitise brilla dans les yeux de Martin.
—Si nous divisions entre nous les honneurs et le Pouvoir, dit avec emphase Beaulieu, en faisant sonner fortement ces deux mots. Ne (TOYEZ-VOUS pus que nous aurions davantage tous les deux, que nous serions plus heureux et que nous aurions plus de succès qu'en nous acharnant à nous détruire l’un l'autre.
—{Comment faire, interrogea avidement Martin, haletant, et la gorge sèche, transformé, séduit, électrisé par ces deux mots magiques d'“honneurs” et de “pouvoir”. Je ne peux Pourtant pas abandonner “ma politique”, protesta-t-il faiblement.
—Qui vous parle de ça? riposta Beaulieu, satisfait du coup qu'il avait porté, jouissant de sa victoire.
Martin eut un mouvement d'étonnement.
—Ce serait une alliance entre nous, dit confidentiellement Beaulieu. l’ersonne ne le saurait. Nous nous ferions des concessions mutulles ; nous cesserions notre guerre à mort. A la prochaine élection, vous ne me feriez pas une lutte trop violente. Il y a moyen de sauver les apparences. Moi, de mon coté, je vous laisserais élire maire, je vous
Le titre ronflant de maire!.. les petits bénéfices que permet de faire cette charge!..... la considération dont il jouirait dans ie village! son prestige rétabli... .... tout cela passa en vision éblouissante devant
—J'accepte l'alliance que vous me proposz, dit-il, redevenu luiméme et songeant maintenant, en politicien retors, à s'assurer que son nouvel allié ne lui imposerait pas des conditions trop exorbitantes . Dites-moi, continua-t-il, ce que je pourrais faire Pour vous être agréable. Beaulieu l’attendait 1à.
—Je n'ai rien de particulier à demander pour le moment, dit négligemment le député. L'essentiel est que nous nous entendions ; nous
—Oh! j'oubliais, fit Beaulieu... Pendant que nous y sommes. Ce serait une bonne chose si, sans que cela paraisse, nous modérions les ardeurs de certains de nos partisans trop remuants qui pourraient nous causer réciproquement des ennuis.
—En effet, approuva Martin.
—S"'il y en a qui vous ennuient, dites-le moi, dit Beaulieu.
C'était une preuve immédiate du bon vouloir, de la sincérité de Beaulieu. Martin l'en remercia, heureux de constater immédiatement l'effet de l'alliance qu'il venait de contracter et songeant avec plaisr à l'avenir facile qui s’offrait à Jui.
—Si Magloire Sirois était encore ici, dit-il en souriant, ce serait
à moi à vous demander si vous voulez que je le modère. Mais sortira probablement Pas avant quelques Semaines. Il sera € dans ce temps-là.
omment, s'exclama Beaulieu, en feignant une grande ala va-t-il sortir bientôt ?
—Sa femme est venue :1e demander de m'occuper de lui, Martin, embarrasé. :
Il avait consenti facilement à faire double jeu, à exploiter électeurs, à trafiquer de ses convictions politiques. Mais quoiqu’i fût pas Scrupuleux, l’idée de priver un homme de sa liberté le tr blait et il appréhendait que Beaulieu ne lui demandä Sirois à l'asile.
Beaulieu ne le Jui demanda pas directement: : dit-il; “qu’allez-vous faire ?”
artin rougit, comrie s’il eût exé pris en faute. décidément très fort.
—Je ne sais trop, dit enfin Martin.
— Peut-être vaudrait-il mieux le laisser là un peu plus longtem risqua Beaulieu.
—C'est que sa femme se désole, répliqua Martin, elle fait pitié Pauvre femme.
—Ëlle est Certainement digne de Pitié, affirma Beaulieu. M:
Son mari a un caractère intraitable: on ne sait ce qu’il fera une fc revenu.
Il ne peut pas faire grand’chose, dit Martin, d'un ton conciliar —Oh! il pourrait nous causer des ennuis, dit Beaulieu. I] nous «
‘c'est embêtar
Ce Beaulieu é
—(C'est vrai, dit Maïtin.
—Mais n'en parlons plus, si vous ne voulez pas, dit Beaulieu. Martin fut atterré: tout allait-i] s'écrouler ? allait-il tout perdr par la faute de cet imbécile de Magloire Sirois.
Seulement je pen $ mieux de le laisser là plus longtemps.
—En effet, il est assez gênant, murmura Martin, qui tremblait à la pensée que Magloire Sirois Pourrait deviner son entente avec Beaulieu.
—Ï1 pourrait déranger tous nos Calculs, fit insidieusement Beaulieu. :
Ces paroles mettait en jeu toute le traité conc hommes. Martin hésitait.
Beaulieu vit qu'il avait la Partie gagnée. Il ajouta : “c’
Çon impossible : il gêne tout le monde ; il se querelle avec t
Pourrait ennuyer monsieur Noël. J'entends dire
va épouser une de vos filles, mademoiselle Mina. Sirois serait capable
de faire tout Manñquer, en faisant quelque coup de tête. Croyez-moi. ne Courez pas ce risque. 5
lu entre les deux
Mais il ne sera Calnx
ide alarme.
de lui, dit ploiter les uoiqu'il ne té le trour Magloire embêétant".
ulieu était
ongtemps.
it pitié la
Uu. Mais une fois
onciliant.
| nous en
aulieu.
t perdre
je pen-
nblait à te avec
t Beauss deux
in garmonde.
homnie apable Z-mo!,
RE
C'était le coup décisif : Martin, influencé à la fois par l'intérêt et sous le coup de la frayeur de voir manquer le mariage de sa fille, se rendit aux instances de Beaulieu : “vous avez raison”, dit-il, “cet homme est trop enc-mbrant, trop violent, trop dangereux. Qu'il sorte comme il pourra. Je ne m'occuperai pas de lui.”
“Vous avez raison”, conclut Beaulieu : “il pourrait nous faire du mal; c’est un mauvais caractère.”
Après s'être ainsi soulagé la conscience en noircissant à plaisir celui qu'ils privaient de sa liberté pour servir leurs intérêts personnels, les deux compères se séparèrent en échangeant forces salutations et très satisfaits l’un de l’autre.
soir, au souper, Martin ne tarit pas d'éloges sur Beaulieu. “C'est un charmant garçon”, disait-il, “un parfait gentleman.”