CHAPITRE VI
pelouses, sous la surveill allait être relégué.
Une frayeur Je prit ; il Saient. Puis i] Passa des s aux défis. Et on l'avait accès de colère.
Un Pensionnaire qui s'était av
se fit suppliant, implora ceux qui le condu:upplications aux menaces, aux Protestation, descendu de Voiture au milieu d'un terrible
ancé plus près que les autres, pour
bientôt Je ‘t ici, et on lui Jaisser
moi-même ance par-
€ respori- 10i-même ma conne atten-
isse rasmafhe::-
rgique, | ondui-
uvenir ureux.
kquels nique.
ur les qu'il ndu:tions, crible
pour
— 109 — | assister à l'arrivée du nouveau venu, sible: “un pauvre fou.”
“Il est furieux”, s'écrièrent trois ou quatre gardes à la mine plutôt rébarbative, en s'élançant vers lui. Ils eurent tôt fait de le maïtriser, car il avait des menottes, et il était en outre affai sespérées qu'il avait déjà livrées depuis son départ de Saint-G
Une femme à l'air digne et bon, ê vança vers lui.
“Est-il dangereux ? demanda-t-elle anené Magloire.
—Ï]1 veut absolument s'en aller, répondit l'un d'eux : tout le temps a se sauver. depuis que nous l'avons arrêté,
—Pauvre garçon, dit-elle avec pitié.
Magloire dem ra interdit. Il ne savait trop comment reconnaitre lle sympathie évidente, qu'il eût voulu ne pas mériter, I] ne savait réellement quelle Contenance faire. Pourtant, l'accueil bienyeillant de la religieuss ï enhardit. Avant que les gardes pussent l'en empêcher, il S'approcha d'elle et dit: “‘faites-moi lâcher ? J'ai une femme et des . enfants; Je voudrais retourner chez moi.
Les gardes s'interposèrent. .
La religieuse était ne femme âgée : elle répondit maternellement :
—Plus tard, mon 8aTÇOn, quand vous serez guéri.
—Mais je ñe suis pas fou, répondit-il.
Ils disent tous cela, murmura-t-elle.
—Faites-moi examiner par un médecin ne suis pas fou.
—Le docteur de la maison Va venir vous visiter.
—Et on me relâchera, s'il trouve que je suis bien ?
—Certainement.
Les deux hommes qui avaient amené Mag ment d’effroi en entendant cette réponse de la
Magloire, lui, eut une lueur méchante dan la crainte peinte sur leurs physionomies, et
—Vous avez peur!hein! Vous m'ave vais VOUS arranger, si on me lâche.
La religieuse avait vu l'éclair dans le regard de Magloire: elle
avait entendu ses paroles violentes. Elle était fixée : Magloire était dangereux. Elle fit signe aux
dit d'un air de commisération ri-
aux deux hommes qui avaient
il a cherché
: il va s'apercevoir que je
loire eurent un mouvereligieuse,
s les yeux, en voyant il dit avec emportement :
Z Pris en traiîtres, mais je
Magloire s'emporta, ce que voyant Ja garde épaules: “tu finiras bien par m loigna.
Magloire n'avait qu une idée : attendre Je docteur, se faire rer
la liberté, Puis partir, — quitter ce séjour odieux et rentrer chez lu Il attendit toute la journée : mais Personne ne vint.
Spectacle de cette humanité Monstrueuse, difforme et hide:
était re ussant à l'extrême, en dépit de la douce résence des soeu po dépi P ‘
sait la salle où était Magloire, une autre religieuse l'appela: “ce
agloire tressaillit : tout son être fut remué; un attendrisseme mouilla sa paupière et relächa un instant ses nerfs, tendus à se briser.
“Marie”, c'était le nom de sa femme,...... “Jeanne”, Je nom « sa fille... es reverrait-il toutes deux, ces chères aimées?. quand?,,.... ien de temps durerait son tourment?,,....
uand vint la nuit, on enferma Magloire dans une cellule, n'osan le laisser libre dans un dortoir commun.
Une exclamation d'épouvante vint à ses lèvres. Mais il se dompta et reconnut qu’il avait touché le fer de son lit. Il se jeta dessu,
brisé, anéanti. .
un vertige insondable.
dormit d’un Sommeil de plomb.
Quand il se réveilla, le lendemain Matin, un mOnsieur correctement vêtu, portant des Moustaches et la barbe en pointe, se tenait debout à côté de son lit. Trois gardes étaient près de ce Personnage et
aire rendre chez lui.
rant et ai.
iliénés. ]] olennelle., S insanités
t hideuse es soeur, et active.
ss traver- : “Soeur
riSSemen:
briser.
>s, dans riminels S, Marmpoule voulut > froil
ompta
lessus,
toutes ‘haufet les
dans
—(Ça fait une gardes.
tant qu’un avec lui-même.
Cet autre, ce “double” de lui-même adressait la parole à l'individu lit; et Magloire s'entendait qui disait :
—C'est vous qui êtes le docteur ?
—Oui, répondit le visiteur. Vous êtes malade ; il va falloir vous soigner. Vous redeviendrez bien.
—Savez-vous comment on m'a amené ici, gloire ?
-— Allons, ne vous excitez Pas, mon ami, étre uicn sage et tout ira pour le mieux.
--Savez-vous comment on m'a conduit ici? répétait tout à son idée fixe.
—Âllons, ça va mal tourner, murmura le praticien, qui voyait
dit soudainement Madit le docteur, vous allez
Magloire,
Magloire fit tout à Coup un bond en avant, sans savoir exactement ce qu’il voulait. Les gardes le saisirent; il lutta, mordit, égratigna comme un tigre. Les gardes se Cramponnaient à lui, le rouaient de coups.
“Assez! assez!” dit avec autorité la religieuse, “vous allez le tuer !”
Ils desserrèrent leur étreinte et Magloire tomba sur le sol, secoué d'un tremblement convulsif.
La soeur, pourtant habituée à ces scènes de Sauvagerie, pâlissait.
“Il va recommencer aussitôt qu’il aura repris des forces”, dit le
pour le protéger contre luimême,
On passa à Magloire, un vêtement de toile rigide, dans lequel on le sangla avec des courroies. Il demeura en cet état, étendu sur le lit, dompté.
Les gardes, la soeur et le médecin sortirent, Pour aller visiter d'autres détenus : la porte se referma.
L’abattement, la Prostration suivirent la surexcitation à laquelle avait été en proie le maïheureux.
Affaibli par la faim et Par la perte du sang, Suintant des écorchures qu'il s'était faites dans la lutte, il se mit à réfléchir plus lucidement, plus froidement.
Il se rendit mieux compte de la situation.
Rien ne lui servait de s’abandonner à la colère, à l'irritation ; cela faisait croire aux gens qu'il était “furieux”. Le moyen qu’on avait employé pour s'emparer de lui était révoltant, mais c'était fini ; la résis- ‘ance était inutile. Il résolut donc de ne plus faire d’éclats fâcheux et dangereux pour lui, d’être docile et d'attendre les évènements. I] ne
pouvaï croire que quelque circonstance Propice ne vint pas l'aider recou,rer sa liberté.
Quand donc les gardes revinrent, Magloire se soumit.
Ils le brutalisèrent quelque peu, car ils avaient peur de lui et s tenaient prêts à lui faire face si c'était nécessaire. ] endura tout : ne se plaigni! pas.
On lui apporta de la nourriture et il mangea, se força à avale quelques bouchées, bien qu'il eût la gorge sèche et irritée, et que chaque Morceau lui fit mal au point de lui faire venir les larmes aux yeux.
“C'est une vrai mouton, dit l'un."
—li n'y en a pas beaucoup qui résistent longtemps à la faim, rc. pondit sentencieusement un autre garde. +
Le résultat de cette Soumission ne se fit pas attendre : après avoir laissé Magloire renfermé pendant quelques jours, pour se prémunir contre le retour possible de ses accès de fureur, on le fit sortir et on lui fit suivre le régime des patients non violents.
l passa ses journées avec les autres détenus, occupé comme eux, à de menues besognes à la portée de leurs intelligences amoindries.
Nous passer, ns sous silences les mois qu'il vécut ainsi, pour éviter un récit pénible et triste comme je naufrage de l'esprit humain.
Au milieu de ces cerveaux attophiés, Magloire ne subit cependait
pensée de sa: femme et de ses enfants le soutint ; ses nerfs se raffermirent; son cerveau reprit la vigueur d'autrefois, son jugement se rectifia.
Natureltement, le mieux qui se produisit dans son état fut remarqué. Îl était docile, poli, s'acquitait d'une manière intelligente et ntile des besognes qu’on lui confiait.
Les soeurs prenaient maintenant plaisir à causer avec lui. II était un des meilleurs pensionnaires.
Il avait souvent de longs entretiens avec soeur Marie-Jeanne, cell dont le nom l'avait tellement impressionné pendant les premiers jours
de sa détention, alors que ses nerfs vibraient comme des cordes qui vont se briser.
Elle lui disait souvent : “Eh! bien, monsieur Sirois, vous serez heureux quand vous pourrez revoir votre petite Jeanne! —Oh! oui, ma soeur, répondait Magloire, et quand je pourrai rc-
— Avez-vous d'autres enfants, lui demanda-t-elle ? —Un, répondit Magloire, un garçon.
—Comment s'appelle-t-i1 ?
—Magloire, comme moi.
—Ïl n'est pas vieux.
l'aider à
lui et se | tout ct
à avaler > chaque yeux.
aim, rc-
ès avoir rémunir Ir et on
ne eux, es.
r éviter
endait = La ffermiectifia, fut rente et
#,- Il , cella Jours es qui et de le ses à son | pré-
serez
Ai rC-
—Non, il a un an maintenant, environ. Ma petite Jeanne passe
quatre ans.
est-ce que vous faisiez, monsieur Sirois, à Saint-Germain ?
—Je tenais magasin, une épicerie,
—C'est une grosse place Saint-Germain ?
—Assez. Je faisais de bonnes affaires.
—(Ça doit vous sembler bien tranquille ici; c’est si calme, c’est si renfermé,—après une vie active comme celle que vous meniez ?
—Oui, ça fait de la différence.
—1l n’y a pas beaucoup de distractions ici. Nous autres, nous ne nous en apercevons pas: c'est notre vie, c’est notre choix.
—Je trouverais cela moins ennuyeux si j'avais un peu plus d'oc- <upations.
Magloire exprima à plusieurs reprises le souhait contenu dans sa dernière phrase, au cours des conversations qu’il eut quelquefois avec la soeur Marie-Jeanne. Celle-ci finit par remarquer la persistance de ce et elle en parla à la religieuse qui s’occupait de l'administration de l'asile.
Comme Magloire Sirois semblait être calme ct docile, on crut pouvoir lui confier quelques écritures et on le logea dans un pavillon particulier où on réunissait les pensionnaires en voie de guérison qui pouvaient rendre quelques services et travailler un peu. -
Ce changement de, vie fut un grand soulagement pour Magloire. Il se trouva séparé des aliénés dont la démence était pour lui un spectacle déprimant, dont les grimaces et les rires hébétés, les cris bestiaux et stupides lui semblaient un cauchemar. En outre, le travail qu'on lui confia fournit un aliment à son esprit, une distraction à l’oisiveté accablante.
Cependant, une idée fixe travaillait toujours son cerveau, l'idée de liberté. Elle le hantait nuit et jour. :
C'était pour trouver plus facilement le moyen de se faire libérer ou de s'enfuir que Magloire Sirois était devenu traitable, docile, prévenant, empressé pour tous ceux avec qui il se trouvait en rapport.
Ses bonnes dispositions apparentes lui avaient valu un révime plus do::x, une demi-Hiberté. 4] songea que le moment viendrait bientôt où il serait tout à fait libre. Il craignit cependant de gâter les Choses en parlant immédiatement de sa libération au directeur médical de l'asile et il ne voulut pas non plus s’en ouvrir aux gardes.
Avec la gaucherie de ceux qui ne sont pas habituer à russr, il résolut de corrompre quelques charretiers qui venaient régulièrement à l'asile apporter des provisions. On lui avait enlevé toute la monnaie qu’il avait sur lui, quand il était entré à l'asile ; il fit donc des chèques qu’il donna à deux ou trois charretiers en échange de quelques menus services qu’il leur demanda. :
Les charretiers, d’abord défiants, gardèrent cependant le silence et déposèrent à leurs banques les chèqües, qui furent honorés: la banque où Magloire Sirois avait des fonds n'avait recu aucun ordre légal pouvant la dispenser de payer ces chèques.
Les charretiers trouvérent donc profit à cultiver l'amitié de Sitrois
qui se risqua bientôt à leur demander des services plus importants. ]
r confia des lettres pour sa femme, en leur donnant à Chaque fois de. chèques ps plusieurs dollars.
À chaque fois, ces faux amis encaissaient les chèques mais gardaient bien de mettre les lettres à la poste, de crainte que ces lettre: ne provoquassent quelque évènement Pouvant tarir la source de leurs r.. venus.
L'un d'eux finit Cependant par avoir des remords et il jeta une lettre à la poste, C'était cette lettre qu'avait reçue Marie.
qu'avaient prévu les charretiers arriva; la lettre après avr causé à Saint-Germain l'émoi que l'on sait, jeta aussi dans la plus grande excitation le personnel de l'asile et Magloire dut cesser de se servir de ses intermédiaires et n'eut plus de rapports avec le monde
Au reçu de la missive de Beaulieu, le surintendant médical de l'asile entra dans une violente colère: “un misérable fou qui jui causait des ennuis! il allait lui enlever vite Je goüt de la Correspondance !
ur Marie-Jeanne passait justement devant Ja porte de son bureau, comme il remettait sur son Pupitre, avec un geste débpité, la lettre du député Beaulieu.
— 11 va bien, votre protégé! dit-il violemment.
—Mon Dieu, qui ça ? répondit la bonne sogur, effarée.
—Le nommé Sirois.
—Qu'est-ce qu’il a fait ? =
—1l a écrit chez lui et il a fait peur à tout le monde dans le village.
ui aurait pensée cela de lui! un garçon si bon et si doux!
—Oui, mais il est nas mal sournois.
—Mon Dieu! c’: ommage !
—Tenez, lisez 14 . : re que je reçois.
Elle lut et remit la lettre au médecin ; elle était accablée de regrets d'avoir fait obtenir à Magloire la position qui avait permis au détenu de commettre cette incartade.
—Îl va falloir le faire venir ici, dit le médecin. On dit que c’est un fou extrêmement dangereux : je veux f'examiner de nouveau. Faites donc venir trois ou Quatre gardes aussi, c’est plus sûr.
—Ne lui faites pas de mal, implora soeur Marie-Jeanne : c'est un bon garçon. Je suis certaine qu'il ne recommencera pas.
Quelques instants après, un garde disait à Maglire : “le surintendant veut vous voir”.
Le détenu suivit Je garde, sans défiance, espérant vaguement recevoir quelque bonne nouvelle, —un changement de service, qui sait, l'annonce de sa libération
En route, un autre garde se joignit à eux. Deux autres les attendaient à la porte du cabinet du surintendant.
Cet excès de précautions, évidemment prises contre lui, rendit
Magloire un peu nerveux. Il pénétra cependant d’un pas assuré dans la pièce où l’attendait le médecin.
e Sirois, tants, ]| fois des
mais se s lettres CUrs re.
eta une
S aviir la plus de se monile
cal de li Caudance !
on bulettre
—C'est vous qui vous appelez Magloire Sirois, lui dit-il d’un ton bref?
—Oui, mons.:ur, répondit Magloire.
—Et c'est vous qui écrivez des belles lettres chez vous!
Magloire ne sut que répondre et le médecin formula plus explicitement son reproche, spécifia son accusation.
Sirois fut atterrée: tout était révélé... il était perdu, pensa-t-il.
—Pourquoi avez-vous fait cela, continua le médecin ?
—1l y avait si longtemps que je n’avais pas donné de mes nouvelles à ma femme, babutia Magloire, qui sentait la colère gronder en lui, mais qui se contenait, sachant bien que toute violence aggraverait son sort.
—Vous ne saviez pas que c'est défendu, dit encore le docteur, irrité.
—Je ne pensais pas que c'était mal.
—Si vous ne pensiez pas que c'était mal, rétorqua le docteur, triomphant, pourquoi avez-vous donné tant d'argent aux charretiers en cachette, pour faire porter vos lettres ? |
Magloire fut confondu: ainsi on avait interrogé les charretiers et on avait découvert sa ruse. =
Il ne répondit pas.
—Parlez donc, cria le docteur! Répondez! vous croyez-vous à l'hôtel ici, pour vous mettre à faire votre correspondance? Pensezvous qu'on permet aux fous d'écrire ?
—Je ne suis pas fou, protesta Magloire, qui n’y put tenir et lança cette protestation, avant même d'y avoir songé.
— Allons, c'est complet, riposta le docteur ; c'est peut-être moi qui suis fou? Si vous n'êtes pas fou, pourquoi donc êtes-vous ici ?
—Je ne suis pas fou, répéta Magloire, têtu.
—Si vous dites que vous n'êtes pas fou, répondit avec mépris le docteur, cela veut dire que vous l’êtes. Tous les insensés parlent con:me vous parlez en ce moment. ;
Magloire ne se contrôlait visiblement qu'avec peine. Le méedcin s'en aperçut et se recula prudemment.
“Emmenez-le”’, dit-il aux gardes, ‘et mettez-le avec les autres: ça va lui montrer s’il est fou ou non.”
Les gardes n’attendaient que cet ordre. Ils se saisirent de Maglo‘re. Deux d’entre eux lui tordirent un bras si violemment qu'il pc ssa un cri de douleur et faillit s’évanouir.
On le conduisit dans la salle commune, où ii demeura, les bras ballants, absolument déconcerté.
Autour de lui, les fous passaient ; les uns chantaient, les autres parlaient, avec des intonations fausses, des gestes saccadés et démesurés. L’un se croyait le roi du Canada et donnaient des ordres à deux autres, qui s'amusaient de ce jeu, puis lui désobéissaient. Le “Roi” por ssait alors des hurlements affreux.
Une admosphère de folie flottait dans la salle.
Magloire était replongé dans cet enfer.
#9 Fi ail frere rar baba ste 08