CHAPITRE VII
, Sapins noirs, les échos endormis
tait tu dans leurs ramures Je chant des oiseaux de l'été enfui,
‘était une mélodie enivrante : Par ce beau matin d'hiver, cloches chantaient un hymne nuptia],
n Couple avait inétré, suivi d'un SToupe d'amis, dans l'égli S jours de fête. Sitôt qu'ils entrèrent, l'org meéla sa voix Puüissante au concert des cloches. :
Quelle allégresse ! Oh! que l'Egli
prêtre officiait, dans ses habi broderies d'or.
Mina Martin et André
Noël, dont on Célébrait l'union, Priaient avec une ferveur heureuse et émue. De leurs jeunes Coetirs montait vers le ciel un Cantique d'amour.
Une foule nombreuse avait peuplé les ban
voyait d’asoeur, Stella anc en arrière, madame Martin et Louis
nnées d'intervalle, la scène
: la satisfaction
» le plaisir de recevoir des félictations qui chàur-propre,
eut-être pensa-t-i]
Peut b'en jouir de son bonhe peu égoïste,
a cérémonie s'achevait.
Après avoir Prononcé les paroles “acramentelles qui unirent la u jeune homme à l’air doux et fort, le curé
sages et éclairées, Puis il remonta à l'auel, où la messe Prit bientôt fin.
Sacristie, où il fallut aller signer le re- Malgré la sainteté du lieu, uise ne Put se retenir d’aller
eSpièglement, à voix basse : “madame
gistre.
près de Noël.”
'ute voice:
JU: réveil.
IS que s'é.
hiver, Jes
18 l’église , l'orgue
lennelle:
terné au rges aux
verts de
Priaient montait
choeur.
ait d’a- | Stella is Scène e-dieu, moins action i chà-
Tous s gnèrent gravement, à tour de rôle; les mariés, les parents. les témoins et quelques amis, puis le curé, qui offrit ses félicitations à Mina et à Noël.
On monta en voiture et le gai cortège se dirigea vers ja demeure de Louis Martin, où devait avoir lieu le déjeuner de noces.
La, les soeurs de Mina s’en donnèrent à coeur joie, rirent et plaisantèrent avec exubérance.
Quelques invités avaient pris Place autour de la table. Le déjeuner fut d'une gaieté folle. Louise fit à sa soeur. toutes sortes de questions indiscrètes et jeunes qui souleverent les rires.
Louis Martin était Jui aussi heureux et gai. Sans doute il avait bien quelques vagues remords de Penser que le bonheur de sa fille était peut-être un peu fait du malheur d'un innocent, mais il se justifiait en
Mina était loin de SOUpÇonner ce qui s’agitait dans le cerveau de son père. E' : le croyait naïvement libre de soucis et heureux comme
superbe gâteau à plusieurs étages, —le gâteau de noces.
Le déjeuner fini et les invités partis, Mina dit à ses parents : “Nous avons une amie à aller voir, André et moi, voulez-vous nous excuser, quelques minutes ?”
Madame Martin donna son assentiment, comme si elle s'était doutée du but de cette visite.
Louise demanda, curiet. se : “quelle est cette amie ? pourquoi ne l'avez-vous pas invitée ici ?”
ina ne répondit pas et Noël sourit. Louise, un peu contrariée ne fit plus de question.
La nouvelle mariée Coupa une tranche du gâteau de noces, qu'elle enveloppa soigneusement, puis elle s’éloigna gaiement, au bras de son mart.
“Qu'ils font donc un joli couple”, dit Stella, en les regardant s'é-
igner sur le chemin tout blanc, où le soleil jetait une splendeur.
—Oui, répondit madame Martin, je suis bien heureuse. Mais cela me fait de la peine que Mina vous quitte.
—Nous restons, nous, d’. Louise, caline : je ne me marierai pas, mot,
—Tu°te marieras, ma fille, et tu seras heureuse. C’est la vie: ir faut que les jeunes s’éloignent et que les vieux demeurent seuls.
—Mais Mina reviendra nous voir.
—Certainement.
—Et vous irez jui faire une visite vous aussi, Maman, dit Stella. Monsieur Noël a dit qu'il serait heureux que vous alliez voir leur ins. tallation,
—<C'est un bon garçon, fit madame Martin, attendrie, je suis con. tente que notre Mina ait trouvé un aussi excellent mari.
! oui, renchérit Stella, il s'est conduit comme un gentleman. Vous rappelez-vous, Maman, dans les premiers temps, comme il a été aimable. I] aurait bien pu faire comme monsieur Legris et. ne pas s'occuper de nous, davantage,
—Tu n'as pas toujours été aussi dure que cela pour monsieur Ie. —Oh! il n'a pas voulu s'occuper de nous, répondit Stella. Je ne vois pas pourquoi je penserais à Jui davantage.
— 11 a du coeur, dit monsieur Martin; ce monsieur Legris, lui, n'a Pas trop de temps pour penser aux affaires.
qui la transportait et qui rendait sa démarche plus légère, qui irradiait ses yeux d’une lueur douce et pénétrante.
À côté de sa “femme”, André Noël marchait, pleinement son bonheur et envisageant aussi les responsabilités ac tées loyalement,—<ar cette jeune femme qui cheminait si allègrement et qui le regardait amoureusement était à lui maintenant et il lui devait une protection et un amour dont l'étendue cofrespondit à la confiance empreinte dans le regard aimant qui se fixait sur le sien.
arie les attendait, car Mina lui avait promis cette visite. Elle embrassa la nouvelle mariée avec effusion, puis, se reculant, elle la re-
ue cela vous va bien d'être mariée”, dit-elle avec un accent de Conviction qui fit rire Mina, transformée par le bonheur et belle en cffet à ravir,
— N'est-ce : -s qu’elle est belle “ma femme”, dit Noël, en affectant la suffisance et le contentement d’un propriétaire.
—Le vilain! protesta Mina ; il veut me rendre orgueuilleuse.
— 11 a raison, affirma Marie; je ne vous ai jamais vue l'air aussi bien portant.
La conversation continua ainsi, animée et gaie. Marie se fit raconter la cérémonie du mariage, le déjeuner de noces. Elle voulait tout savoir, tout connaître, car elle avait pour Mina une amitié profonde et le bonheur de son amie la rendait elle-même heureuse.
“C'est monsieur le curé qui vous a :nariés, demanda-t-elle.
— Oui, répondit Mina : et il nous à fait un joli petit discours.
—1l parle très bien, appuya Noël. =
— N'est-ce pas, fit Mina. On dit beaucoup de bien de lui. 1 €st aimé ici,
—Et il y avait beaucoup de monde à l'eslise, continua Marie.
—-L'église était pleine, en avant, dit Noël.
—J'ai vu plusieurs personnes, dit Marie; j'ai regardé par la fenêtre; mais les vitres étaient gelées. Je ne pouvais pas bien voir.
Mina offrit à Marie le morceau de gâteau qu'elle lui avait apport& : la femme de l’épicier remercia, reconnaissante.
—Je vais le serrer avec le morceau de mon gâteau de noces que j'ai gardé, dit-elle. 11 y a maintenant plus de cinq ans de cela, ajoutat-elle avec un soupir, en songeant au jour où elle aussi était entrée à l'église, heureuse, au bras de celui qu’elle aimait.
Elle pensait en même temps au changement qui s'était accompli depuis ce temps-là : son foyer dévasté, sa vie attristée, le malheur suc- «édant à sa félicité. Des larmes perlèrent à ses paupières, roulèrent sur ses joues.
—AfHons, je vous ait fait de la peine, dit Mina.
—Non, non, protesta Marie; je suis contente de vous avoir vue. J'aurais bien plus souffert si vous n'êtiez pas venue. Cela me fait du bien au contraire. Je tenais à vous remercier, le matin de vos noces. de ce que vous avez fait pour moi depuis le départ de Magloire. Moi, je ne puis que vous en remercier, mais Dieu vous en récompensera.
Ce fut au tour de Mina de se sentir attendrie.
—Je me rappellerai toujours, continua Marie avec effusion, le soir que vous êtes venue. J'étais seule et je ne savais pas ce que j'allais devenir; vous m'avez consalée, réconfortée. Depuis ce temps-là, vous avez continué à être bonne pour moi. Oh! Dieu vous bénira! ajoutat-elle avec élan.
Mina, fort émue, protesta qu'elle n'avait fait que ce qui était na- - turel dans les circonstances. Elle embrassa de nouveau son amie malheureuse, puis elle s'éloigna avec son mari, emportant les précieux souhaits de bonheur de l’infortunée.
De retour chez Louis Martin, Mina et André dirent d'où ils venaient.
“J'en étais certaine, dit Stella; je savais que vous iriez voir cette pauvre femme ; elle a dû ètre heureuse de votre visite.
—Ouand son mari reviendra-t-il, s'exclama soudain Louise, avec son impétuosité ordinaire ?
—Elle ne le sait pas, dit Noël.
—Ce sera bientôt, j'espère, dit madame Martin: le pauvre garçon était plutôt excité qu'autre chose, il n'était pas fou.—N’est-ce pas Louis? demanda-t-elle, en s'adressant à son mari.
* Monsieur Marti: n’aimait guère cette conversation, qui lui semblait particulièrement pénible en ce moment, et il répondit évasivement : “ot on ne sait jamais. En tout cas, s’il n’est pas complètement fou, on ne le gardera pas indéfiniment là.
—La pauvre femme, dit Stella, elle n’a
uise, qui avait commenté cette conver tion d'y mettre fin elle-même :
Pas eu de chance.
Sation, eu la bonne inspira- “viens faire de la musique”, dit-elle à Mina, ‘viens Chanter un peu.” ! —Ÿ penses-tu, dit Mina : j'ai mes valises à faire, J'ai bien le temps de chanter! et Puis j'aime mi
C vous autres.
—Tu as le temps, répondit Louise : vous ne Partez que demain. {:; Puis tu penses bien que nous t'aiderons à faire tes valises. ina regarda sa mère et demanda des yeux un aCquiescement. —Va, dit doucement Madame Martin : j'aimerais à: t'entendre. Mina fut surpris ‘altérati i
: C'étai ernière fois peutembrassa mada Je t'aime bien.
V&, Maman,” lui dit-elle à l'oreille, Puis elle se dirigea vers le Piano, Si'ivi d'André.
emeurés seuls tous deux, monsieur Martin et sa femme échangèrent un long regard, qui était une confidence, Ils avaient évidem. ment la même pensée.
“C'est la première qui nous quitte —Oui, cela M'attriste Comme toi, —11 fallait bien que cela vienne, Martin ; nous ne Pouvons les garder tou —Malheureusement.
l'est une si bonne enfant, dit-elle, s'atte —Elle a toujours été bonne et docile, —Elle sera heureuse. .
—Elle le mérite bien.
—Elle épouse un brave garcon.
oël! il est la crême des bons garçons. Poli, empressé auprès de nous.—C'est à leurs égards pour les Personnes âgées qu’on reconnaît les gentilshommes.
—1u n'est pas si âgé que cela, interrompit madame Martin, un Peu railleuse.
—Je passe Ja cinquantaine, dit monsieur Martin, "est pourtant vrai, fit sa femme... Dieu que Ça va vite! es: pour cela que je suis heureux d’avoir marié Mina et de l'avoir si bien mariée.
—1l y a Stella Que j'aimerais bien à placer, —Oh! elle trouvera, n’aie Pas peur, assura m —Elle est bien sérieuse !
—-Oh! pas trop. Elle est jolie et gentille.
Mina avait fini Sa Chanson. :
le revint vers son père et sa mère.
té?” demanda-t-elle en souriant.
, dit madame Martin.
répondit son mari.
dit sentencieusement madame jours.
ndrissant un peu.
dit madame Martin.
Onsieur Martin.
“Est-ce que j'ai bien chan-
nt.
: À mère, peutnada bien, lano,
hanlem -
tu étais toute retite et que venait le soir. Nous te trouvions endormie un peu partout.
—C'est vrai, elle était très dormieuse, répondit madame Martin.
Mina s’assit sur un sofa, la » iäin dans ia :: in de son mari; elle écouta avec un peu de nostalgie © : réminiscen; puériles et touchantes de son enfance.
—Et quand nous avons voulu Lenvoyér »:1 couvent pour apprendre à lire, tu ne voulais pas.
—C'est vrai, dit Mina, je me rappelle.
—Tu voulais rester avec nous et pour te faire plaisir je t'ai enseigné l’A B C, avant de t'envoyer au couver,
—Elle était toute petite, dit le père, et elle savait déjà lire.
—Oh! oui, fit Mina amusée ; et quand je suis arrivée au couvent, les sœurs me trouvaient savante parce que je commençais déjà à lire. Elles m'ont demandé si j'étais venue au monde comme cela.
Noël rit tendrement à cette évocation de la saillie des bonnes sœurs. Je me demande, Mina, dit-il, ce que vous aviez l'air, dans ce temps-là.
—Veux-tu que je montre tes portraits? demanda Louise.
—Comment, vous aviez des Portraits et vous ne me l'avez pas dit! se récria plaisamment Noël.
—Je ne tenais pas à les montrer, avoua Mina.
—Sur un, elle a la bouche toute grande ouverte, dit Louise : c'est ‘rôle comme tout.
—Oh! j'avais trois ans seulement, protesta Mina.
Louise apporta l'album contenant les portraits. Ils défilérent sous les yeux amusés de la famille,—pPôrtrait de bébé, à l’air surpris, la bouche béante, évidemment immobilisé ainsi tout à coup par un bruit, un geste du photographe ; portrait de fillette, sac au dos, allant à l'école; première “ommMüniante en voile blanc, l'air ému et recuilli : jeùne fille de quinze ans, grandelette déjà et charmante : enfin, un portrait pris deux ans auparavant, représentant Mina dans une jolie robe qu’elle portait cet été-là. Le cachet définitif de la mâturité se lisait sur ce dernier portrait, séduisant malgré l’inexpérience du photographe de campagne.
La physionomie n'avait pas varié et se retrouvait la même sur toutes les photographies. Noël en fit la remarque: “vous avez toujours été jolie, dit-il,
—C'est vrai, fit madame Martin.
—Ce n’est pas ma faute en tout cas, dit modestement Mina, un peu confuse.
Le départ des nouveaux mariés devant avoir lieu de bonne heure, le lendemain. On se coucha tôt dans la maison des Martin, ce soir-là. mais je ne jurerais pas que des causeries n'aient prolongé la veiilée fort avant, tant dans la chambre des nouveaux mariés, que dans l’appartement de monsieur Martin et de sa femme et dans la chambre de Stella et de Louise.
Un évènement aussi important <t aussi heureux ne dispose pas
au sommeil; et des phrases exprimant le bonheur, s'échangèrent jusque fort avant dans la nuit.
Le train que devaient prendre Mina et André passait de gran(| matin. Il n'y avait donc à la gare que la famille Martin, deux ou trois voyageurs et le petit nombre de Personnes que leurs fonctions Obligeaient à assister au passage du train: employés ue gare, cochers €t hommes de peine. -
Les adieux ne furent pas longs. On s'était rendu juste à temps Pour le train, qui entra en gare quelques minutes après l’arrivée de Mina et de sorr mari.
Elle embrassa ses soeurs et son ;+re, pendant que Noël échangeait des poignées Je mains avec sa nouvelle famille. Madame Martin était demeurée à la maison, retenue par l'heure matinale et aussi par la crainte de trop laisser paraitre, au dernier Wa ne le chagrin que lui causait le départ de sa fille. Mina lui avait fai de tendres adieux.
“Tu reviendras nous voir, lui avait dit sa mère, moitié pleurant, moitié riant,
— Oui, maman, avait répondu Mina : et Noël avait a ment : “je vous promets de vous la ramener, madame.
Le train repartait presque aussitôt. Les jeunes mariés montérent donc immédiatement les marches conduisant à la plate-forme d’ur:
Wagon de première—ils eussent voulu prendre Pasage dans le wagonsalon, mais à cette heure, il est encore encomhré
“Au revoir.—“Bonjour !” crirent simultanément Stella et Louise aux Voyageurs encore debouts sur la plate-f s'ébranlait, “Ecrivez-nous !”
La réponse des deux jeunes sens se perdit dans un bruit de ferrailles, dans un roulement des roues des v
Pendant quelques instants un mouchoir flotta à ce fut tout: ils étaient partis.
“Rentrons”, dit monsieur Martin ; “il fait froid.”
Cette exclamation Prosaïque ramena ses deux filles au sentiment de la réalité. Elles se regardèrent, un peu étonnées de voir que cela s'était fait si vite —Le démembrement de la famille était commencé : l’une des trois soeurs était partie. Elle reviendrait sans doute; mais ce ne serait plus comme autrefois ; il y en avait une de moins.
Stella et Louise se prirent par le bras et marchèrent très vite vers la maison, suivies par leur père.
ans le wagon, Mina avait regardé un instant défiler les paysa-
ges connus, les lieux de sa jeunesse. Elle abandonnait tout cela; mais le sacrifice, tout réet qu'il fût, était facile, puisque l'amour appelait la
la joie et l'amour
jouté grave-
Jeune femme,
D'autres Souffriraient encore là, raient; mais elle s’en allait.
“Adieu, Saint-Germain”, dit-elle av puis elle se jeta dans les bras d'André.
“Tu ne regrette rien”, dit-il.” — Non, répondit-elle : je t'aime,
d’autres lutteraient et mour -
ec une intonation de tendresse :