‹ Au village [microforme]Chapitre 26 sur 31 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Quand un homme s'engage dans Ja voie du mal, il se rend quelquefois jusqu'au crime Pour atteindre son but. iste Fournier, après ses premiers insuccès,:

rage, refus i ï ©

que coûte, s'emparer des biens de Magloire Sirois, qui étaient là, à portée de Sa main, défendus seulement par une faible femme et par un jeune É i

Our parvenir à son but, l’épicier sentait qu’il tuerait s’il le fallait. Il était décidé à ne

Pas se laisser arrêter. plus PS par la résis- ” tance qu’on lui opposait.

pareil entêtement, fit Joséphine. = —Pourtant, il va bien falloir qu'elle consénte je n'ai pas envie que Magloire revienne et prenne ion de tou

—L'argent, l'épicerie, la maison, Je “stock”? tout cela pour vivre, rien qu'avec deux enfants.

—Et ce grand fainéant de Georges qui vit à même tout cela, à ses crochets.

Baptiste Fournier en était venu à désirer tellement le bien de Magloire Sirois qu’il lui semblait que Georges le volait en vivant avec l, Marie et les deux enfants à même des recettes de l’épicerie de Sirois. —Oh! celui-là, repartit Joséphine avec colère; je n'ai pas grand”

pitié pour lui.

—Quand je le vois continua Baptiste Fournier, agir comme si tout lui appartenait et Comme si je n’avait Pas d'affaire là moi!

—C'est pas mi insultant.

» lle n’a pas besoin de

—Qu'est-ce qu'ils ont besoin

de tout cela! Elle n'avait jamais eu

—1l faut que ça esse, dit Baptiste Fournier, exaspéré.

est-ce que tu vas faire ?

— N'importe quoi ; mais je vais la ramener au bon sens !

—Fais attention !

—Je m'en fiche.

— Tu ne seras Le plus avancé si tu te mets quelque embarras sur les bras. Va tranquillement. Pourtant, elle n’est pas si extraordinaire... il doit y avoir moyen de venir à bout d'elle.

—Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse avec une folle pareille! EHe ne s'occupe que de son mari et de ses enfants |!

—Elle ne le reverra pas de sitôt son mari !

—Je l'espère bien.

—Elle doit tenir à l'argent aussi un peu.

—Tu ne la connais pas. Elle s’en irait nu-pied dans le chemin et clle mangerait du pain sec, pourvu que la petite Jeanne et son petit Magloire aient ce qu'il leur faut. :

—La pimbèche! s’exclama sèchement Joséphine.

—C'est par là qu'il faudrait la prendre: il n’y a que cela... son amour pour ses enfants. ;

—Mais comment.

— Supposons que je lui en fasse enlever un....

—Y penses-tu! se récria Joséphine.

—Ensuite, continua Baptiste Fournier, je ferais ce que je voudrais d'elle, :

—— Vrai, convint Joséphine: mais c’est trop dangereux.

maïfheur. ;

—Mais les gens s’en apercevront, qu'est-ce qu’ils diront.

—Une fois qu'il sera enlevé, nous la ferons bien taire, elle n'osera rien dire. Et si elle ne parle pas, les gens ne sauront rien.

—Et Georges ?

— Il ne parlera pas plus qu’elle; il lui obéit comme un enfant.

—J'ai peur, c’est trop dangereux.

—Préfères-tu que nous nous passions de tout? Pense ce que ça sera pour nos enfants d’avoir cet argent.

—Ils le méritent bien autant que les enfants de Magloire, affinma Joséphine, redevenwe déterminée et haineuse— Mais comment s'y Prendre, ajouta-t-elle ? :

—J'y ai pensé.

—Tu n’est pas capable de faire cela tout seul.

—Non; tu m'aiderais. - :

—Mais qu'est-ce que nous ferions de l'enfant ? Nous ne pouvons

—(Ça ne sera pa s facile prison, —Aimes-tu mieux que les nôtres n'aient rien ?

—Non.

—Eh! bien, alors, il faut courir le risque, quelque chose, Joséphine se rendit aux raisons de son mari et donna son assentiment au forfait que projetait le misérable. —À qui donneras-tu l'enfant, demanda-t-elle enfin ?

—À “la Gendron”, elle l'emportera à Montréal pour moi, Cette réponse eut rai i i

: c'est grave cela, Ca peut conduire ea

les enfants de Magloire aient tout et que

Si nous voulons avoir

j mirent à en préparer l'exécution.

“La Gendron”, comme on l'appelait à Saint-Germain, était une femme d'âge incertain, à laquelle on eut aussi bien donné quarante-cin« ans que trente-cinq. Elle remeurait seule dans une cabane située sur les confins du Village, au bord de la grève, où les grandes marées d’automne montaient en Ja séparant presque. dnt rest du monde. Pauvre et sans parents, cette femme vivait Comine elle pouvait, allant travailler tantôt dans une maison, tantôt dans une autre.

Eîle était taciturne et sauvage File avait évidemment “un passé”, mais on ne l'interrogeait pas et elle ne f:.isait pas de confidence. Elle s'était installée depuis quelques années dans sa masure, on ne savait exactement depuis quand.

Elle faisait ses misérables emplettes chez Ba elle allait quelquefois aussi “en journée.”

” plusieurs reprises, en ces derniers temps, elle avait manifesté l'i'::"10n de s’en aer à Montréal, où elle avait un ffère. Elle avait

mme. Cette

son mari de confier à la

dron l'enfant qu'il se Proposait d'enlever à la femme de Magloire Sirois.

Mais “la Genéron” Cconsentirait-elle à se charger de la mission Canereuse et coupable qu’il voulait lui confier? C’est ce dont Fournier voulut: s'assurer le plus tôt possible,

ptiste Fournier, où

s champs.

het Un pas léger se fit entendre et “la Gendron vint ouvrir.

La désolation et la misère régnaient dns la pauvre demeure. Pas de rideaux dans ‘es fenêtres : «les journaux Seulement dans cellés donnant sur la route, afin que les passants ne vissent pas à l’intérieur. ‘Dans cellés d’en atrière, il n'y ävait rien du tout et on voyait, à perte de vue, l'amoncellement ‘des glaces sur le fleuve. Dés ‘Poutres noircies: cou-

en-

raient au plafond, les murs étaient Couverts d'une tapisserie fanée, à travers laquelle on apercevait le bois vieilli d’un mur sans crépi. Quelques chaises formaient, avec une table et un poële qui occu-

- paient la place d'honneur, au mileu de l'unique pièce de la maison, tout

le-mobilier apparent, Un grabat se dissimulait, dans un angle bscur, sous d’innommables haillons.

La solitaire qu vivait dans ce taudis offrit une chaise à Baptiste Fournier et s'enquit de l'objet de la visite de l'épicier.

Elle supposait qu'il venait retenir ses services pour faire quelque travail, Aussi fut-elle fort surprise, quand il Jui dit : “asseyez-vous : j'ai affaire à vous parler”, |

Elle prit un siège, qu'elle apporta près de celui de son visiteur et elle s'assit, attendant avec time évidente curiosité ce que Baptiste Fourmier avait à lui dire.

Il y a entre les êtres mauvais une sympathie qui les rapproche :t leur permet de se comprendre à demi-mot, une espèce de divination qui les porte à avoir confiance les uns aux autres. C'est ce sentiment qui animait Baptiste Fournier ct qui le sortait à s'ouvrir à “la Gendron” du détestable forfait pour lequel il avait besoin de l’aide de cette femme.

Elle ne lui avait j.mais dit d'où elle venait ni quels étaient ses antécédents, mais quelques allusions méchante et haïîneuses, des paroles d’amertumes recueillies au hasard, des plaisanteries mauvaises, tout cela avait amené Baptiste Fournier à croire que cette femme pourrait, à l'occasion, devenir la complice d’une mauvaise action.

Il lui dit tout de’suite ce qu'il pensait devoir l'allécher et la disposer à écouter avec faveur une proposition criminelle,

“J'ai trouvé, lui dit-il, “un moyen de vous faire faire le voyage que vote désirez entreprendre.

—AÀ Montréal, dit-elle immédiatement, car son désir d'aller dans cette'ville semblait sa préoccupation dominante.

+ —Oui, fit Baptiste Fournier.

—Que je serais contente s'exclama-t-elle ; pourvu que vous ne vous trompiez pas.

—Vous désirez donc bien vivement partir ? interrogea-t-il.

—Oui, fit-elle, sans en dire davantage,

Avait-elle fui quelque danger, quelque ennemi ou quelque honte, en venant à Saint-Germain? On ne le savait pas. Mais le danger ou les ennemis n'étaient évidemment plus à craindre puisqu'elle voulait maintenant partir, semblant vouloir fuir Saint-Germain comme elle aurait

fui une terre d’exil. , :

Elle continua :

—Si seulement j'avais un peu d'argent. .... mais c'est tout juste si je gagne de quoi vivre.

—AÂlors, vous seriez bien heureuse si je vous donnais de l'argent et un billet de passage pour Montréal.

yeux flétris de la malheureuse brillèrent de convoitise.

Baptiste Fournier vit qu’elle était prête à écouter n’importe quelle

Proposition et il lui dit ce qu’il attendait d’elle.

—Mais qu'estce que je ferai de cet enfant-là ?

Baptiste Fournier Jui expliqua ce qu’il voulait : elle n'aurait qu'i garder l'enfant pendant un certain temps, pour qu'il obtint de la femme

agloire Sirois ce qu’il désirait. Ensuite, on rendrait l'enfant, 1] promettait de payer Srassement et de veiller à ce que “là Gendron’”’. ne Courût pas de dangers et ne fût pas inquiétée par la justice,

Le pacte d'iniquité fut conclu et la femme accepta la complicit:

incts étai prête au crime comme son mari Retirés dans leur ch

ambre, les deux époux préparérent un plan d'action Pour réussir à enlever l'enfant de la maïhe

le petit Magloire, dit Baptiste Fournier.

ses à demie, affirma Baptiste.

Tant qu’à risquer quelque chose, c’est mieux de réussir comme il faut.

—Tu Comprends, si je ne faisais que des menaces, elle pourrait dire oui et changer d'idée ensuite. Mais si je prends le petit, elle sera assez / contente de le ravoir qu’elle fera tout ce que nous voudrons

n bruit étouffé se fit entendre soudain, à côté, dans la chambre de Lotrise.

Les deux époux furent troublés. Ils demeurèrent un instant muets, rétenant leur haleine et se regardant comme deux criminels pris sur fe

fait.

“Penses-tu qr’elle a entendu”, dit Baptiste, effaré, en parlant de Louise,

Sa femme le rassura : “Comment veux-tu qu’elle entende ; nous ne parlons pas assez fort Pour cela. Elle ne se doute de rien.

—Ïl faudra faire attention à elle, en tout cas, dit Baptiste Fournier: elle pourrait tout nous faire manquer,

—J'y veillerai. Je vais la surveiller et la faire demeurer dans le

maison le plus possible. De cette façon, elle ne pourra aller avertir personne.

—Penses-tu qu'elle ferait cela ?

—On ne sait pas des fois.

—Efle nous trahirait pour l'amour des Sirois. —Je pense qu’elle trouve Georges de son goût. . —1l y en a bien d’autres que ce petit garçon-là. —En tout cas, je vais la surveiller, ponr ne pas courir de risque. —L'est mieux. = Sur cette dernière parole, les époux, qui s'étaient dévêtus et mis & A au lit tout en causant, s’endormirent. PIE Le silence s'établit bientôt dans toute la maison, troublé seulement de temps à autre par des sons qui provenaient de la chambre de Louise et qui ressemblaient étrangement à des sanglots.

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