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CHAPITRE IV

Un appel de téléphone retentit dans le cabinet du docteur Dubois, qui se faisait raconter par Georges l'attentat dont le jeune homme avait été viotime,

“J'ai été frappé par en arrière”, disait Georges ; “j'ai entendu quelqu'un s'approcher. [J'ai reçu le coup comme j'allais me retourner. 1! faisait noir et je n'ai rien vu.

—Vous avez perdu Connaissance tout de suite.

—QOui.

—Vous avez dû recevoir un terrible Coup. Vous êtes chanceux

‘d'en être quitte à si bon te.

— Alors, ce n’est rien de ave ?

—Non, parce que votre casque” de fourrure a amorti le coup.

À ent vous sentezvous maintenant ?

—Bien. 11 me semble que je pourrais marcher.

— Attendez encore un instant, pour vous reposer complètement. Ensuite j'irai vous reconduire, - —Oh! je serais capable de m'en aller tout de suite, protesta Georges. J'ai hâte de retourner à la maison: Marie doit être inquiète, ... ais comment m'avez-vous découvert, docteur? il m'a semblé que

—J'en étais sûr. J'ai reconnu la voix de Louise, malgré mon ét i t. Je crois tui avoir parlé, dehors.

—LC'est ce quelle a dit. Mais vous n’aviez pas toute votre connaissance encore. C’est Louise qui vous a sauvé.

rges fut attendri de cette révélation. 11 reprit : —Savaient-elles qui m'avait frappé? Je voudrais bien connaître

le lâche!

—Ne vous excitez pas, dit doucement le médecin. (Cela ne vaut

rien pour vous ‘dans le moment. Partons maintenant. rges protesta de nouveau î Î

de se déranger, mais le docteur Dubois, qui était un brave coeur, tenait à son idée. Il ne voulait pas le dire à Georges, imais il appréhendait quelque malheur. Cette affaire lui semblait louche et il voulait en avoir le coeur net.

C'est à ce -noment que la sonnerie du téléphone retentit.

Le #

médecin saisit le r r et la conversation s'engagea, entre . lui et un interlocuteur invisible, © 7 —Hetlo!

—C'est le docteur Dubois qui. parle ?

—Oui,

—Pouvez-vous venir i est-ce qui

tendit, prit pdut ]

lait chez Magloire.

tagé entre le bonheur ue rh -

sortit avec Georges.

pas fondées.

donnant une cordiale

les yeux, l'air égaré.

lez-lui”.

{ agloire avait obéi.

Moi ton mari, Magloire”.

Je vous expliquerai tou n'est-ce Pas, si vous Je Pouvez; ma femme est sans Connaissance.

—J'y vais immédiatement, répondit le médecin,

1 jugea à Propos de prévenir tout de suite

Le jeune homme demeura confo

1 se demandait si on n'avait pas fait Mais M ire vint leur Ouvrir .t il consta d

“Qu'est-ce qui est arrivé ?”

longs à Magloire et à son frère, Marie do

Le médecin se détourna une n sécoué par la scène tragique qui se déroulait.

Penché vers sa femme, il Jui parlait.

*. “Me reconn::s-tu ? C'est moi, Magloire”, La jeune femme hésitait, I] Jui prit la ma

qui la fit tressaillir jusque dans ses entrailes :

S qui de suite ici? Ma

‘est Magloire Sirois, ecin qui avait

cru reconnaitre la voix de SE, demeura abasourdi, aut

“Je n'y comprends plus Il avait dit cela sans s'éloigner

ces

de inain.

“Approchez-vous”’, Commanda le médecin à

ndu, tout comme lui causait l'arrivée de son

» tt entre l’inquiét la frayeur que lui causaient tous les évènements extr

et il s’arma.

quelque fumisterie s ta que ses craintes n

demanda-t-il à

ramat; dit le médecin ; “votr

tinute n'en pouv.

femme est malade.

Magloire dès le rien”, dit-il tout

de l'appareil et Magloire, qui l'enes.

t, docteur, dit-il,

Mais venez vite,

Georges du retour de alade et qu'on l'appe-..

le docteur, parfrère, entre le ude et presque aordinaires de

“Il doit y avoir quelque chose là-dessous, dit-il au médecin, —{L'est aussi mon Opinion, dit le docteur Dubois. Par mesure de Prudence, il prit son fanal

Puis il

inistre.

étaient

Magloire, en lui

ique dans son logis.

e femme a reçu un ’ a

probablement afr.

Magloire, “et par-

ant plus d'émotion,

“Marie, Marie”, disait-il,

in et dit, avec un accent “tu me reconnais : c'est

— ht —

11 attendit la réponse,

Elle hésita l'espace d'u seconde, puis ses yeux perdirent leur £xpression hagarde et se fixèrent sur lui avec un amour indicible, “Oui”, articula-t-elle faiblement, en faisant un effort pour enlacer ses bras autour du cou de son mari, “je te reconnais”,

Elle s'évanouit de nouveau,

Magloire était au désespoir ; mais le médecin le rassura : “tout va bien, maintenant qu’elle est revenue à elle une première fois et qu’elle

‘Êlle va vite reprendre le dessus. Tenez, elle revient

se réveillera et qu'elle Pensera à tout ce qui s'est passé cette nuit, il faudra la consoler, lui faire reprendre le contrôle de ses nerfs. Mais

Après ces bonnes paroles du médecin, Magloire se fit raconter par seorges ce qui était arrivé à la maison le soir. Quand Georges eut fini son récit, les trois hommes se r rdèrent, hésitant à se communiquer la hideuse vérité qui venait de luire à leurs yeux.

Le docteur Dubois exprima leur opinion Commune en disant :

—Oui, dit agloire, si j'avais Pu arriver un peu plus vite, i un venait ici prétendre qu'elle était notre amie et que tout le temps elle aidait son mari. Il était passé minuit depuis longtemps. le docteur Dubois, harassé de fatigue, se disposa à partir, oubliant au milieu de ces émotions de demander à Magloire comment il était revenu. En partant, il exhorta Magloire et Georges à prendre du repos, leur conseillant de dormir chacun leur tour et de se relayer pour veiller sur Marie, ent voulez-vous que je dorme, dit Magloire, quand ma femme est dans cet était et quand on vient de me voler un enfant.

À six heures, on frappa à la porte de la maison de Magloire Sirois. Magloire, qui n'avait guère dormi et qui était debout, alla ouvrir, prêt à toute surprise.

l'aperçut, dans la lumière un peu terne du matin, la bonne figure de “Catin” Leblanc, qui sourit en le reconnaissant,

“Bonjours, monsieur Sirois”, fit l’ancien domestique de Louis Martin.

—Bonjour, Cätin, répondit familièrement Magloire; qu'est-ce qui t’amène ici aussi de bonne heure.

—Bien, voilà, dit Catin un peu embarrassé, jai passé la nuit avec Philias Thériault, un des hommes du moulin. Nous avons bu et :f

a fait des confidences. Il m'a dit que vous étiez revenu. - . —T'a-t-il parlé de mon enfant, interrompit Magloire ?

—Justement, j'ai cru comprendre que lui et Fournier étaient allés le porter à “la Gendron” et qu'elle était partie avec, cette nuit, pour Montréal.

Magloire blémit de colère.

—Sais-tu où elle edt allée ? chez qui ?

: —Chez son frère.

Malgré tous ses défauts et malgré son ivr rie, Catin était plutôt un bon coeur. Magloire le remercia avec e fusion.

Marie s'était réveillée plus forte et la présence de son époux lui avait fait du bien. Le docteur Dubois survint peu après. Magloire le prit à part et lui conta ce qu'il avait appris. “Je voudrais partir tout de suite pour rattrapper cette gueuse pendant qu'il en est encore temps”, dit-il; “mais je ne sais comment faire: c'est difficile de. laisser ma femme.

— Peut-être que Fournier, Comprenant la gravité de ce qu'il a fait, pourrait vous faire ravoir votre enfant.

—Je ne crois pas. 11 faudrait que je le fasse arrêter ; et si je le fais arrêter, il ne dira pas où est l’enfant, pour se venger. Il me tient.

—Le misérable !

... —Mais si je pars tout de suite, pendant qu'ils se pensent en sûreté ; Si j'atteins “la Gendron” avant qu'elle ne se doute qu’elle est découverte, j'aurai le dessus facilement.

—Vous avez raison. -

—Seulement, je ne peux laisser Marie toute seule et chaque heure de retard gâte mes chances.

—Vous pourriez trouver “quelqu'un pour tenir compagnie à votre femme.

—Qui?

—PDemandèz donc une des demoiselles Martin.

— Je n'’oserai jamais; monsieur Martin était en froid avec moi.

—Ça ne fait rien. Ce sont de bonnes petites filles. Savez-vous que mademoiselle Mina a tenu souvent Compagnie à votre femme pendant que vous étiez absent.

—Je pourrais encore la demander,

—Non, elle est mariée, mais vous pourriez envoyer Georges demander mademoiselle Louise.

Magloire suivit ce conseil.

Louise Martin accepta de bonne grâce le service qu'on lui demandait. Sa mère lui permit d’aller chez Marie et monsieur Martin joignit son consentement à celui de sa femme. Il ne savait encore ce qui résulterait du retour de Magloire, mais il croyait que, ce n'était pas une mauvaise chose en tout cas de le rendre son obligé, en permettant qne Louise tint compagnie à la femme de Sirois.

Magloire partit le’ soir même, avec vingt-quatre heures de retard sur celle qu’il poursuivait, mais espérant quand même réussir à recouvrer son fils.

Inutile de dire que dès le lemiemain Louis Martin se rendit àu

bureau de Georges Beaulieu, pour discuter avec lui la situation que créait le retour de Magloire Sirois.

Beaulieu n'était pas encore au courant de la nouvelle. 11 en fut fort surpris, comme il fut aussi étonné d'apprendre l’enlèvement odieux de l'enfant de Sirois par Baptiste Fournier.

“Ce Fournier a-perdu la tête”, ne püt-il s'empêcher de dire.

—Oui, il a fait une belle bétise, appuya Louis Martin.

S'étant ainsi mis d'accord, les deux copains commencèrent à discuter. Louis Martin croyait que ce serait prudent de se mettre en cor-

ance avec les autorités de l'asile, afiñ de connaître les circonstances dans lesquelles Magloire Sirois était parti et afin d’aviser aux mesures qu’il conviendrait de prendre. Beaulieu, plus froid, était d’opinon qu'il ne fallait pas brusquer les choses et que micux valait attendre de voir plus clair dans cette affaire. =

“Voyez-vous, disait-il à Martin, avec un sourire dédaigneux à l'adresse de celui dont il parlait”! je ne vois pas grard inconvénient à ce que Sirois demeure au village. Qu'est-ce que nous avons à craindre de lui? :

—Je ne sais pas, dit Martin. :

—Rien du tout, affirma Beaulieu. 11 est absolument inoffensif. Les travaux auxquels il s'opposait sont finis et i! ne peut les faire défaire. D’un autre côté, les élections sont encore loin, il a le temps de rachever de se calmer d'ici là,—et s'il ne se calme pas, eh! bien, nous aviserons. Quant à vous, je ne vois pas quels ennuis il pcut vous causer. Le mariage de mademoiselle Mina s’es: accompli heureusement et à encore il est impuissant à faire du mal.

—Vous svez raison, fit Martin.

—Du reste, continua Beaulieu, en affectant beaucoup de magnanimité, nous ne lui avons jamais voulu de mal. S’il cesse d’être nuisible, ça m'est bien égal qu’il soit ici ou ailleurs.

—Je crois qu’il est pas mal calmé, dit Martin.

—En tout cas, fit Beaulieu, Baptiste Fournier s'est mis dans un mauvais pétrin, mais il nous a rendu un fier service. = —Je vous comprends.

— N'est-ce pas, continua Beauliéu. Lui et Magloire vont se chamailler. Sirois aura assez d'occupation avec cette affaire qu'il n'aura pas le loisir de chercher noise à personne.

—Sans compter, ajouta Martin, que si Magloire est encore aussi violent qu’il avait coutume de l'être, il peut facilement se laisser emporter dans sa colère contre Fournier et faire des choses qui ne le con-

duiront pas à l'asile mais en prison.

—Ça ne m'étonnerait pas qu’il y aillent tous deux, répond:i Peaulieu, avec un sourire mauvais. Croyez-moi, tenons-nous à l'{vart et tout ira bien.

Les journaux que Martin prit dans son casier, au bureau de poste, ce jour-là, contenaient le récit d’une évasion de l’asile, où Martin crut voir l'explication de l’arrivée soudain de Sirois à Saint-Germain.

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