‹ Au village [microforme]Chapitre 29 sur 31 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La matinée était avancée quand Magloire Siroïs-arriva à Montréal.

C'était la prem nait ss la grande ville. Aussi, quel! : Û E i É

il ne put s'empêcher 1 sse des édifices, l’immensi qui s’étendait à perte de vue. .

Il se rendit compte qu’il ne trouverait jamais, seul, ce qu'il était venu chercher. Un policier passait ; le voyageur lui dit qu’il voulait aller dans une famille du nom de Gendron, dont il ne connaissait pas l'adresse, Le policier lui fit quelques questions; Magloire répondit très peu, ne voulant pas révéler le but de son voyage, de sorte que son interlocuteur perdit bientôt patiencé- et lui conseïlla de chercher dans l’almanach des adresses le lieu où demeurait la famille Gendron.

Le malheureux père, entra donc dans un magasin et se mit à feuil - ter l'épais volume. 11 trouva des Gendron, mais il en trouva trop: il ne

savait chez qui il devait aller.

Il savait cependant comme presque tout le monde à Saint-GermaiA que “la Gendron” avait un frère à Montréal, et il Supposait qu’elle était venue chez lui avec l'enfant. Dans le train, il avait fait son plan de campagne : il comptait trouver ce frère, le questionner adroitement et entrer en rapport avec la fugitive, se faire rendre l'enfant par la persuasion ou par la force si c'était nécessaire.

Il constatait maintenant toutes les difficultés d'exécution de ce plan. Chez qui aller? 1] y avait vingt Gendron dans l'almanach des adresses

Il fit une liste et se rendit au hasard à une des adresses indiquées ndron. Celui-ci demeurait dans un quartier

après avoir demandé

ongue et pénible. Il ne trouva rien. “La Gendron” avait-elle menti en disant qu'elle avait un frère à Montréal?

“Catin’ Leblanc avait-il voulu mystifier Magloire en lui faisant faire un voyage inutile? Toutes ces hypothèses et d’autres encore traversèrent la tête du père aux abois.

N'en pouvant plus de fatigue, de chagrin et d’ebarras, il se confia au cocher. Celui-ci était un brave homme, qui avait des enfants. Il fut ému de la douleur du voyageur et lui conseilla de s'adresser à la police. C'était justement ce que Magloire ne voulait pas faire, craignant, s'il se faisant connaitre, d’être arrêté et renfermé de nouveau. Le . cocher, qui ne comprenait pas ces répugnances, demeura perplexe. Finalement, il conseilla à Magloire d'aller chez les soeurs grises, auxquelles la ravisseuse aurait peut-être confié l'enfant.

Là encore Magoire fut déçu. Les bonnes soeurs n'avaient hospitalisé récemment aucun enfant dont le signalement correspondit à la description que faisait Magloire du sien. +

orce fut donc au voyageur angoissé de s’avouer impuissant et de reprendre le chemin de Saint-Germain.

Il se‘mit en route le coeur serré et roulant dans sa tête des de vengeance contre l’infâme Baptiste Fournier. Il fallait, pensait-il, que justice fût faite, et il se promettait qu’elle le serait.

Il ignorait qu'un bras plus puissant que le sien,-qu’une colère plus formidable que la sienne, qu'une justice supérieure à la justice humaine s'était abattue sur les coupables.

Cela s'était passé la nuit même du départ de Magloire Sirois pour la ville. :

Philias Thériault, après avoir bu, une partie de la nuit, avec “Catin” Leblanc, avait atteint le degré de l'ivresse où les pensées tristes et les remords succèdent aux idées gaies, turbulentes ou violentes.

Il avait réfléchi, autant que Son cerveau embrumé le lui permettait, aux conséquences du crime dont il avait été le complice: Georges assommé, l'enfant de Magloire volé, tout cela le tourmentait.

H s'était alors dirigé vers la demeure de Baptiste Fournier, avec une idée fixe d’ivrogne, pour lui recommander la discrétion, car sans cette discrétion tous les deux risquaient d’aller en prison. S'il eût été sobre, il n’eüt certainement pas fait cette demarche inutile: Baptiste Fournier avait autant de raisons que lui de tenir à la discrétion. Mais il se rendait vaguement compte qu’il avait trop bavardé avec “Catin” Leblanc et il lui semblait qu’en allant immédiatement recommander la distrétion à Baptiste Fournier, cela compenserait—Lubie d’ivrogne, qui devait avoir des conséquences terribles.

En entendant frapper à sa porte à cette heure insolite, Baptiste Fournier fut pris de panique. Il alla cependant voir qui était là et il reconnut Thériault.

Celui-ci faisait un vacarme d'enfer : il s'était mis à crier à tue-tête et il voulait à toute force pénétrer dans la maison. Après avoir inutilementtenté de le calmer, Fournier, de guerre lasse, lui dit: “écoute, je vais m’habiller et je vais sortir avec toi. Nous parlerons dans la rue Cesse de faire du bruit, tu vas réveiller tout le monde ici.”

Ceci satisfit l’ivrogne, qui consentit à attendre l'épicier.

Dans ja maison, Joséphine, effrayée et. hors d'elle-même, disait : “n’y vas pas! il va te tue= !”

—l'Ourquoi veux-tu que je craigne, répondit Baptiste Fournier ? —1l est saoul ! s

est-ce que Ça fait, je le connais bien, il ne me veut pas de mal.

ne Sait jamais, objecta-t-elle. -

—Si je ne vas pas le calmer, dit l'épicier, il va réveiller tous les

isi tout ce qu’il dira. le en sait déjà trop long, affirma Joséphine. —C'est bien ce que je pense,

t vers le village, Thériault et lui. Son ç agnon en et gesticulait; il tâchait de le calmer, mais ce n'était par chose acile.

Thériault avait maintenant la boisson hargneuse. {1 faisait des

ches à Fournier, l’accusait de lui avoir fait commettre un crime abominable et, avec une incoi.séquence parfaite, lui rep temps de ne pas lui avoir encore donné la somme p t 1

rochait «en même nps de icipation.

romise pour sa par-

quai un peu isoké, o compagnon, sa: e voix de celui-ci Pussent reveiller personne dans le voisin

La marée était me. haute.

Le clapotis de l’eau le long du quai se mélait au choc des glaçons les uns contre les autres.

uts près du bord du quai, les deux hommes discutaient, Soudain Thériault dit: “j'ai envie de vous. jeter à l’eau : c’est tout ce que vous mériteriez !” : Si Baptiste Fournier n’eût pas bougé, Thériault Mais l’épicier, effrayé, fit mine de se mettre sur la défensive. Alors, l’ivrogne, rendu furieux par le semblant de résistance -que Fournier manifestait déjà l'intention d’opposer, enhardi aussi par la frayeur évidente de l’épicier. le saisit violemment.

Une lutte s'engagea, tragique et désespér tour duquel l’eau glacée battait avec violence Fournier se débattait avec rage entre les bras de Thériault, dont la force était bien Supérieure, Il le frappait à Coups de pieds, à coups poings, lui labourait la figure avec ses ongles. Rien n'y faisait, l'i- Vrogne resserrait toujours son étreinte brutale. Un faux pas de Fournier le fapprocha du bord. éloigner, mais inutilement : Thériault voulait absolumen nace à exécution et le jeter à l’eau. L'hômme cha pri POur pousser Fournier par-dessus bo bras, lui échappa et le

e, Sur le quai exigu, au-

Mais en tombant, Thériault étendant ses longs bras, avait saisi un

Pan fpttant du paletot de Fournier. “Maudit !” cria l'épicier. ous deux avaient culbuté dans l'onde, s’y agitaient frénétiquement, enfonçant avec les glaçons auxquels ils se cramponnaient, se nui-

Ils périrent à quelques pieds seulement de 1a rive, sans pouvoir se sauver, recevant la punition de leurs forfaits à proximité même de l'endroit où avait été tramé le premier complot contre Magloire Sirois.

oire avait prévenu Georges, par un télégramme, de la date

Georges avait vu dès le premier coup d'oeil que son frère n'avait Pas fait un voyage heureux. Quand ils furent loin des importuns, il échangèrent des confidences. Magloire raconta son triste voyage et Georges lui dit comment était Marie.

“Eke va bien mieux”, dit-il, “mais elle a été inquiète de toi. Ellè était contente quand nous avons reçu ton télégramme,

cette maudite canaille de Baptiste Fournier, demanda Magloire, où est-il? que fait-il? Je vais être obligé de l'étrangler pour avoir mon petit garçon. ;

Georges hésita à répondre. Il craignait, en apprenant à son frère la nouvelle de la mort de son ennemi, de provoquer quelque éclat fà-

, car Baptiste Fournier mort, il ne restait plus personne pour dire à ire où était son fils.

H parfa cependant, estimant que c'était mieux que Magloire exhalât sa colère immédiatement plutôt que de faire une scène à la maison, devant sa femme, trop faible pour Supporter un-choc, une émo-. tion de plus.

Mais Magloire avait appris à se contenir et ne fit pas de scène. Il souffrit en silence, se demandant s’il aurait bientôt épuisé toutes: les amertumes et toutes les adversités qui étaient tombées sur lui depuis un an.

Comme lui et Georges arrivaient à la maison, une femme s’éloignaïit, dont ils ne distinguèrent que confusément les traits. Elle mar- Chait pesamment et, avec peine, comme quelqu'un que Îe grand âge ow que quelque affliction a dûrement courbé.

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