‹ Au village [microforme]Chapitre 30 sur 31 · NN · texte numérisé non relu

NN

À sa grande surprise, Magloire aperçut, en entrant chez lui, Louise Fournier ; elle était avec Marie et mademoiselle i

pressentit quelque Chose de nouveau, quelque nouvelle cause d’aftendrissement, : : |

Il ne se trompait pas. ’ ‘ Après l'avoir embrassé, Marie le conduisit vers la chambre des enfants. Là, un spectacle inattendu s'offrit à la vue de Magloire. Un autre enfant que le sien était conché dans le “ber”’ qu'occupait auparavant le petit Magloire. Et à côté de la petite Jeanne, dans son mi lit blanc, une autre fillette .feposait paisiblement, qui ressemblait à

touchant.

Magloire, intrigué et vaguement mécontent, dit à sa femme: “Je n’y comprends rien, Marie ; qu'est-ce que tout cela signifie ? —Ne sois pas fâché, je t'en prie, dit-elle; je vais tout te dire. ‘Quand nous avons reçu ton télégramme, où tu ne parlais pas du petit Magloire, j'ai compris ce que cela voulait'dire.

on mari eut un sanglot, qu’il tenta vainement de réprimer. Elle continua, en lui pressant les mains avec amour :

—Quelqu’un vient d'amener ici ces deux petits enfants

Elle hésita, les larmes l’aveuglaient. ;

ss J'ai pensé à notre petit Magloire et pour que quelqu'un le recueille et soit bon pour lui, j'ai recueilli ceux-ci. ui sont-ils, demanda Magloire, la voix étranglée. . —Que Jésus nous bénisse, ré-pondit Marie ; ce sont les enfants de Baptiste.

A cette révélation, Magloire eut un mouvement de révolte : “non! ce n'était pas possible! il ne pouvait pas abriter les enfants de celui qui lui avait volé son fils !” '

Marie avait beaucoup souffert et beaucoup prié dernièrement. Son coeur chrétien lui inspira une parole qui désarma Magloire : “la Sainte Vierge aussi”, dit-elle, “a perdu son fils et elle a pardonné”.

Magloire, apaisé, consentit alors à l'écouter. Elle lui raconta tout : la mort de Fournier et de Thibault qui avaient été trouvés près du lieu

—Fournier faisait de mauvaises affaires ét on avait pris une saisie s'opposer à la vente, mais

Ja mort l’en avait empêché. L’huissier avait tout pris et tout vendu. Joséphine s'était trouvée sur le pavé avec ses enfants et Louise.

Elle était venue, honteuse, implorer la pitié et demander le pardon de Marie. Celle-ci, malgré la terrible épreuve qu’elle traversait elle-

meme, avait été émue de pitié pour cette détresse. Elle avait offert

puis elle était partie seule, pour aller dans une Campagne voisine, demander Fhospitalité à

“des parents de son mari—C'était à son tour de connaitre toutes les amertumes qu'elle avait fait goûter aux autres. .

Le corps de Baptiste Fournier reposait dans une bière en bois brut, chez l'entrepreneur de pompes funèbres” de l'endroit, la face ‘bleue ét violacée.

‘retrouvés, de continuer ensemble la vie commune, même si elle devai: ‘être assombrie par l'absence du fils que tous deux chérissaient si tendrement.

La veuve de Baptiste Fournier avait fait demander ses enfants, que Louise Fournier était allée Jui conduire dans l'endroit où elle s’é- ‘tait retirée, puis Louise était revenue, sur la demande de Marie et de Magloire, vivre avec eux.

L'épicier s'était remis à son commerce, en même temps qu’il avait repris place à son foyer.

C'était un homme bien changé. Le malheur et l’adversité l'avaient assagi, avaient adouci les aspérités trop rudes de son caractère, avaient ‘tempéré sa violence et sa fou excessive,

Marie le trouvait plus affectueux, plus attentif auprès d'elle. Et dans le public, on s’étonnait de sa transformation et on parlait favo- Tablement de lui. ‘

. Ïl gagnait peu à peu la faveur Populaire et s’attachait de nouveau ses anciens amis.

Le sentiment populaire est parfois excessif ; mais il revient souvent aussi de ses emportements, quand un évènement fortuit démontre il avait été injuste. Après les manifestations d’antipathie allant jusqu’à la haïne viennent les retours en sens contraire, les réactions.

commençait à se rendre compte qu'on avait été injuste envers Magloire Sirois et qu’on était allé trop loin. La mort tragique de Baptiste Fournier, dont les menées haineuses et le complot pervers étaient maintenant connus semblait à plusieurs une punition du ciel. L'attitude digne, la conduite paisible de Magloire Sirois achevaient

Le docteur Dubois jouait à l'égard de l’épicier un rôle salutaire.

I continuait ses visites à Marie, dont l’état de santé était délicat, et il en profitait pour donner de bons conseils à Magloire, rendu plus docile par les épreuves qu'il avait traversées. Ces conseils étaient à la fois ceux d’un médecin et ceux d’un ami. Ils avaient trait autant à Fétat moral de Magloire qu'à son état physique. Le docteur Dubois causait avec lui, lui prêchait le calme, la modération, toutes qualités - qi faisaient autrefois totalement défaut à l’épicier. 11 Jui expliquait am peu le jeu des nerfs, la manière de les dompter, de les dominer, de

à HS =.

les utiliser, I] aidait Puissamment l’épicier à recouvrer ses forces, i les par tous les chocs subis.

u sortir de Magloire, le médecin arrétait souvent causer avec le cordonnier Gagnon. Il règne à la ie, où tout le monde

. Le cordonnier s'informait avec collicitude de l’état de santé de Ma: &loire, pour lequel il avait toujours eu beaucoup d'amitié et d'estime. z va-t-il? reprend-il son “à-plomb ?”

—Oui, répondait Je médecin, il semble calme et maitre de luimême. Qu'il reste ainsi ee quelques semaines et je réponds de lui ; ses nerfs se seront suffisamment raffermis pour éviter tout danger.

x : —1l à traversé de rudes “passes !”’ i, le pauvre &arçon: il est bien puni.

— Il était trop violent, trop agressif. Et puis cette maudite poli. tique le tourmentait trop! Je craignais por lui; j'essayais de le modé-. rer. Mais autant eut valu essayer d'arrêter un taureau.

—1l n'était pas :

—<L'était un terrible homme. |

—Oh! il est encore solide.

—La politique fait bien du mat: L

—Et la boisson aussi, S'il n'avait pas bu cela ne lui serait peutêtre jamais arrivé.

—Les-deux ensemble... Je me demande qu'est-ce que ça t bien donner de s’exciter

«+ remarquez que les plus excités sont ceux généralement qui ne savent rien de ja politique, qui ignorent Pourquoi ils sont rouges ou bleus.

—{Ce pauvre Magloire, il fonçait, 1] fonçait! où il allait. Ïl trou à en savoir davan

—Et pourtant c’est un garçon intelligent.

ertainement.

presque sans savoir vait cela excitant et amusant; il ne cherchait pas

—Je comprends qu’on soit Pour un homme ou pour un autre, pour des principes d’un ordre quelconque ou pour d’autres principes politiques différends : mais cet aveuglement de ceux qui sont d’une cou-

i oi, cela me confond.

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