CHAPITRE III
enait de tremper dans l’enc
André Noël traçait avec sc
des lignes symétriques sur une immense feuille de parchemin. Il tir
5 ignes, pui ‘équerre il en dessinait d’autn à des angles variés qu’il déterminait avec le s.
ux hautes fenêtres versaient à flots sur la table de l’ingénie
civil la lumière nécessaire à son délicat travail, Il besognait tranquif
le il ne voit !
tinue comme !
le janvier.
négociations natières. Il
rs d’affaires 1 nsistait son *
ez le maire 4 s recevaient 4
saient à peu ait très peu !
mieux que À
donc fort !
t lobjer ils À et se disait !
faits et des
phère élec- À ux qui les :
es citoyens * utile mais %
la ville et À gens, elles #
s Cités.
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ment, posément, avec un coup d'oeil sûr, car un écart d'une fraction de ligne s un plan peut occasionner des erreurs très graves dans les travaux qui seront faits d’après ce plan.
La feuille qu’il avait devant li était presque couverte de lignes, de traits et de hachures. 1] redressa une ligne qui n’était pas parfaitement droite, 2n traça quelques autres, puis il poussa un soupir de soulagement, enleva délicatement le plan qu’il venait de terminer et le déposa sur une autre table, pour le laisser sécher et aussi pour le
À l'abri de tout accident, car une tache d'encre est tôt faite et ce serait vraiment dommage de gâter une neuvre à laquelle on vient de consacrer une- journée ou deux de travail.
“Encore un de fini”, dit-il avec satisfaction, “j'ai bien mérité de fumer une pipe.
“’Achèves-tu ?” demanda-t-il à Adélard Legris, qui peinait sur un autre plan étendu sur un table voisine.
—Oui, répondit Legris. Je n'en ai plus que pour quelques minutes. Moi aussi je vais “allumer”; je continuerai ensuite,
réussir à faire pousser l’entreprise par lui. —Beaulieu, c’est l'avocat qui est conseiller municipal ?
i, et il est aussi député du comté à la législature provinciale. est un rouge?
—Oui. C'est l'adversaire de Martin. Ils ont les deux plus gros
1 bureaux d’avocat de Saint-Germain. Si Martin n’a pu réucsir à faire
ns l'encre # avec soin à
Il tirait &
d’autres, %
ingénieur À ranquifi
adopter le projet; Beaulieu devrait pouvoir Je faire, puisque c’est lui qui nous a fait manquer notre coup.
—Et Groulx ?
—Oh! nous l’aurons par Beaulieu.
—Et si Martin allait se mettre contre nous et nous faire manquer notre coup à son tour ?
—Il n’est pas capable.
t as-tu obtenu ton entrevue ?
—L'est Grégoire, ile député de Mégantic, un ami de Beaulieu, qui
m'a promis de m2 présenter à Beaulieu, après lui avoir park de la
aies 4
chose. Si Beaulie: ne veut pas s'occuper de notre projet, il à Grégoire, et s’il me reçoit, ce sera signe qu'il est disposé à s’es avec nous.
—Quand l’entrevue ?
— Après-midi, à l'hôtel Victoria. Beaulieu est venu en vil affaire, comme cela lui arrive souvent, et Grégoire m'a dit qi verrait”. Je les rencontrera: tous les deux à l'hôtel et je saura à quoi m'en tenir.
—J'ai hâte de savoir le résultat,
—Je te téléphonerai chez toi, quand ce sera fini.
—C'est Martin qui ne sera pas content,
—Tant pis.
—Ca me fait de Ja Peine à cause de ses filles.
—Pourquoi ? :
—Ëlles sont gentilles. J'aimais à aller des voir,
—Tu y iras Pareil, imbécile.
—Tu crois?,.....
—Beau dommage. Martin sera bien fier de nous recevoir. Quand même il ne NOUS recevrait plus, en tout cas, allons-nous quer le contrat pour les beaux yeux de ses filles ? Une affaire de Mille piastres! Ca en vaut la peine!
—Noël ne répondit pas et Legris se remit à l'ouvrage.
Au bout de quelque temps, les deux amis recommencérent à ser, mais d’autres sujets. L'heure du lunch arriva et ils se prépari à quitter leur bureau.
“Alors, tu ne reviendras pas après-midi, dit Noël ?
":! bien, non.
éléphone-moi aussitôt que l’entrevue sera finie, n'est-ce pa;
—C'est entendu.
Dans une chambre de l’hôtel Victoria, George Beaulieu et
L'effervescence était grande, à cette époque, dans les cercles pol tiqt autant qu’elle l’est à l'heure actuelle, et les députés qui venaicut à capitale pour leurs affaires personnelles né Manquaient pas de s’oc pér aussi des affaires politiques.
Dans le moment, Grégoire et Beaulieu Parlaient de l’entrevue ( sollicitait Legris.
— Alors, il voudrait que je l’aide, disait Beaulieu à Grégoire, parlant de Legris. |
—Oui, il a l'air de croire qu’il ne Peut réussir sans toi et il vo drait s'assurer de ton concours. ;
—Ïl avait encé à essayer de faire Passer Ça avec Marti le maire Martin, - :
—Louis Martin?
i; tu comprends si j'ai bloqué ça.
deux amis se mirent à rire, en hommes que se comprennent mi-mo
“J'ai laissé Martin se faire élire maire, dit Beaulieu: il fallait est x ien lui donner quelque chose pour l'amadouer, pour qu’il ne soit. pas qu'il “le Æontinuellement comme enragé. Je suis le député du comté, ça serait saurai alors in peu trop si j'étais maire de Saint-Germain, en même temps. Ca Ë it embarrassant ; j'aime autant que ce soit un autre, Martin est
jet, il le dira !
é à s'entendre
l'en ville, par À
— nt, tu comprends, continua Beaulieu, je ne suis pas pour
“hisser Martin faire son jar, introduire la lumière électrique, l’eau, les
sie eouts, puis venir ensuite se vanter de tout cela. Ce serait trop beau.
COUR. +... J J'ai is là iè Île popularité. J'ai mis s-nous ; ene l'ai pas mis là pour qu’il acquiére une telle popularité J'ai m
aire de cent 3 Grégoire sourit: “Je ne sais pas si ce jeune Legris a compris ton.
u cu, mais il a à coup sûr Compris qu’il ne pouvait pas se passer de toi.
ia. ; —Je vais voir comment :il est, reprit Beaulieu, et s’il a du bon
FRS #ens, nous nous entendrons.
Pret É —De sorte que ce sera toi qui auras fait de Saint-Germain une Æville moderne.
— Absolument.
poser | —Et que Martin ne Pourra pas s’en attribuer l'honneur. ps 4 Beaulieu ne répondit pas à cette dernière boutade, mais il eut un sourire satisfait,
A ce moment, on frappa à la porte. “Ça doit être ton homme,” les fêtes Mit Grégoire; “j2 vais aller Je recevoir.” D:
ieu et son |
faires pro. M . —Non, dit Beaulieu ; fais-le entrer, puis tu me laisseras seul avec t obligés Ft: S —: s : : re 4 rouge. | Grégoire alla à la porte et un domestique de l'hôtel lui dit qu’un pol is. monsieur désirait le voir.
aicut à la É . “Faites-le monter à la chambre de monsieur Beaulieu,” dit Gréde s'occu- Boire. | Le. Legris, car c'était lui qui avait demandé à voir Beaulieu, apparut revue que fiquelques minutes après dans l’entrebaillement de la porte. 4 “Bonjour mon cher monsieur Legris,” lui dit Grégoire. “Permetégoire, en Mtez-moi de vous présenter monsieur Georges Beaulieu, député de Saint-
ain. Je lui ai parlé de votre projet, et il est disposé à vous. et il vou- écouter.”
“A la bonne heure”, pensa Lem:., “ça va bien” Beaulieu s'était levé et il tendait la main au jeune homme. “Nous.
> Martin, 2
nous sommes déjà rencontrés, monsieur Legris et moi”, dit-il suis heureux de pouvoir faire plus ample Connaissance,”
is s’inclina et remercia, et les trois hommes causèrent que instants de choses indifférentes. Grégoire se leva alors et an:
qu'une affaire pressante l'appelait. 1] partit. Beaulieu et Legris rent seuls
L'ingénieur cherchait comment entrer en matière et se dema de quelle manière il allait Commencer. Le député lui évita cette <t entama lui-même ja conversation.
“Fumez-vous” ? demanda-t-il au jeune homme, en lui tendar cigare de Havane de la meitleure marque.
OUS avons eu à Saint-Germain wne “bordée” de neige épou table”, dit-il à Legris. Vous êtes heureux d'y avoir échappé. J'a retarder mon départ pour la ville d’une journée, étaient enneigés.
—L'hiver est dur dans Je bas du fleuve, dit Legris.
— Oui, mais l'été est très beau. Nous avons une température perbe, pendant juillet et août. Jamais de grandes chaleurs. C’est endroit de villégiature idéa?. Et la plage est magnifique pour les bai: garçon revint, à ce moment, avec les consommations. Be
lieu lui donna un pourboire, alla à la porte, pour tourner la clef d la serrure, afin que personne ne püût surprendre sa conversation a is. Cela fait, il s'étendit confortablement dans un grand faut
et leva son verre: “à votre santé”, dit-il à Legris,
“Oui”, continua-t-il, comme se parlant à lui-même, “nous aw un joli village. S'il était seulement pourvu de quelques améliorati modernes, il devrait prendre de la vogue et attirer davantage les t ristes.”
C'était l'entrée en matière que cherchait Legris. Il répondit a
empressement: “c’est justement à ce sujet que j'ai voulu vous ve monsieur Beaulieu.”
au conseil, nous aurions peut —Comment cela, demanda Beaulieu ?
—Ce que vous venez de dire, continua Legris, sans tenir comp de l'interruption de Beaulieu, me confirme d
ans mon opinion.
—Comment cela, répéta Beaulieu ?
—Certainement, vous venez de dire que Saint-Germain aurait b soin d'améliorations modernes. Alors, j'en conclus que si mous n’avor pu obtenir notre suffrage ce n’est Pas tant parce que vous désapprouvie
', dit-il; “j
e otre jet 2 Parce que le mode d'exécution que nous proposions ous isait.
est un peu cela, répondit Beaulieu. Moi, voyez-vous, je veux améliorations pour le peuple et par le peuple. L'idée de confier des opoles à des compagnies qui nous iteront ensuite ne me sourit
e demandait ! — Vous seriez en faveur d’un aqueduc municipal, demanda Legris ? cette peine 2 —Justement, c'est ce que je voudrais. — Nous serions bien prêts entreprendre la chose sur cette base-là. tendant un —Je n'en duute pas. Mais, vo €z-vous, mon ami Louis Martin, maire, n’a pas les mêmes idées. Î pourrait commencer la chose de nette qui se ette façon puis continuer autrement. J'aime à être sûr de mon afrique. Un Æfaire. J'avoue qu'au premier abord un projet relatif à une telle af- 18. faire, présenté par lui, ne m'inspire pas confiance. rh 81 Beaulieu insista à dessein sur les mots “présenté par lui”, et Le- 6. J'ai dû gris compris que Beaulieu voulait Proposer lui-même le projet ou n’en > les trains oulait pas du tout. Se contenterait-il de proposer le projet ou désirait-il, de plus, en etirer quelque bénéfice, c’est ce que Legris se demandait et il n’osait érature su- sonder Beaulieu là-dessus.
C'est un “Croyez bien, monsieur”, dit Legris, “que si je n’ai pas tenté audes bains.” P\paravant de connaître votre opinion, c'était parce que je ne croyais pas ns. Beau- { Que vous eussiez le temps de vous intéresser à la chose. Mais naturelclef dans 4 /Jemnent, il ya des compensations, quand un se donne du trouble pour ation avec des affaires semblables.”
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mdit avec !
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Beaulieu était très riche et il ne s'occupait des affaires municipales
onstance et il repoussa l'offre indirecte de Legris. “En effet”, dit-il
’ingé » “il y à des compensations pour celui qui s'occupe de l'in- Le succès des travaux qu'il entreprend dans l'intérêt du “dommage amplement du travail et des peines qu'il s'impose. i pour laquelle je serais assez disposé à m'occuper de Ï ne manque plus qu'une chose pour que nous nous’
—Et laquelle, demanda anxieusement Legris ?
—C’est que vous veniez de nouveau à Saint-Germain exposer votre Plan à mes amis. Il faut que vous soyez là pour que je les décide. Avec mon influence et votre persuasion, je crois que nous en viendrons facilement à bout.
—Vous êtes bien aimable, dit Legris. Quand faudrait-il que j'y aïlle? Après les élections municipales ?
—Non, maintenant, dans une semaine au plus. C'est le temps maintenant. J' faut que leS élections se fassent sur cette question. Autrement, il sera trop tard.
C'était une manoeuvre électorale que méditait Beaulieu, et i! voulait y associer je jeune homme, afin que Legris ne püt ensuite reculer
na nnennenare PP RNIENANIes
et tenter de nouveau d'utiliser les services de Martin si celui-ci nait une majorité au conseil.
Legris ne saisit Pas toute la portée de la Proposition, mai: rendit compte qu'elle le compromettrait et le mettrait dans une tion ument fausse auprès du maire Martin. D'un autre cô: < s'alliait pas avec Beaulieu, il craignait fort de ne pas réussir,
ne
me. nb re éssnire)
—Îndispensable, répondit au réponds de rien, -
—Et si j'y vais, vous croyez que tout ira bien ?
: —J'en suis convaincu.
e dira le maire Martin,
Beaulieu eut peine à réprimer un sourire: “I] dira ce qu’il vo:
peu importe, Vous n'avez pas besoin d'aller Jui faire visite nir de le voir du tout. Mais i
demanda-t-i] ?
leu, avec force; sans cela, |
Ça sera suffisant.
— Alors vous arrangerez tout ?
—Parfaitement: vous n'aurez aucun désagrément à crain Tout ira sur des roulettes.
—Eh! bien, je me rendrai à Saint-Germain ‘e ?
jf que vous x drez.
Beaulieu devint alors très aimable,
et s’informant avec sollicitude de sa san
accablant Legris de polite.
té et de ses affaires. L'ir nieur partit enchanté de sa visite et
alla téléphoner à Noël, comm l'avait promis. .
Pendant que ces intrigues se tramaient entre Legris et Beauli la lutte entre les différents candidats aux honneurs m son plein à Saint-Germain. Jamai ê ection municip n'avait excité autant d'intérêt ni ionné i
aux prises, et il ne s'agissait de choisir des amis des deux
en pareil cas, les quelques citoyens pe
sibles qui avaient gardé leur sang-froid et qui ne se mélaient pas à
lutte, se réservant de voter, au jour de l'élection, pour qui ils jug
raient à propos, étaient également tenus en suspicion par les deux pa
tis. Au nombre de ceux qui s'étaient ainsi attiré le ressentiment d«
ux partis, en voulant iménager l’un et l'autre, se trouvaient le doctet Paul Dubois at le curé, monsieur l'abbé Lé
Leroux.
Le docteur Dubois subissait souvent ainsi le contre-coup des élec
celui-ci obte- tions, car il ne s'en mélait jamais et on l'accusait, des deux côtés, d'être =. un égoïste et même un aristocrate, parce qu'il ne voulait pas prendre n, mais il se ti. Comme il était excellent médecin et parfait honnête homme, on
orne situa- Œlui pardonnait, une fois l'élection finie, et on allait se faire soigner ire côté, s'il Spar lui.
réussir, Que
en vain qu'on tentait d'obtenir de lui des approbations ou des désap- Les deux côtés tentaient, mais sans succès, de se récla- Il se tenait à l'écart des querelles et des divisions, et même eux qui lui en voulaient de ne pas les appuyer l'estimaient et le respectaient, dans leur fors intérieur.
Sauf ces deux hommes, presque tout le monde dans le Village avait exprimé une opinion. Il n'était pas jusqu'au cordonnier Gagnon qui
cela, je ne
ésitation ?
qu'il voudra, Æn'eût manifesté une préférence et qui ne se füt déclaré en faveur des te ni même Æméliorations proposées. ,
Venez, je 1 L'occasion était belle de se servir de quelques-unes de ces ex resncontre pas. ions pittoresques qu'on se lance d’un camp à l'autre, en temps d'éleciels je veux ions, et les partisans de l'éclairage électrique et de l'aqueduc avaient xplications. | té baptisés par leurs adversaires du noms de “fanaux”, tandis qu'eux-
emes appliquaient le sobriquet d'“éteignoirs” aux membres du parti | craindre. “Fanaux” et “éteignoirs” ne se ménageaient guère. On s’aposit et on se lançait des quolibets en pleine rue. Et ces quolibets, Vous vou- M'abord lancés sur le ton de la plaisanterie, devenaient peu à peu des nsultes, de sorte que les bagarres qui marquent les élections particu-
politesses Mièrement disputées étaient à craincre. s. L'ingé- Magloire Sirois était un des plus ardents partisans du camp de Comme il Martin. Son épicerie était devenu
Beaulieu, faux amis qui venaient voir ce qui se Passait et qui profitaient de la u i À r: # . s ? , pe sh rer œ'ausse adhésion par une bonne rasade de wWhiskey tirée d’un barillet i ardente. MP0l8neusement caché en arrière de l'épicerie. La partie du magasin
ap en im- DU se trouvait ce barillet ne désemplissait guère. La chose fut vite idats : Les onnue dans le village, où les malins disaient que Sirois avait déjà Ël étaient nstallé l'aqueduc chez lui. , = —— mais bien "1 se réunissait aussi en petit comité, le SOIr, chez Sirois ; on €rmait soigneusement portes et fenêtres et on discutait mystérieuse- : : nt les chances de succès. On appelait cela “checker les lister”. yens pai- artin prenait la liste des électeurs et la parcourait, disant à mes: : + D mentionnait un nom: “celui-jà, il est pour nous; celui-ci il est FES Juge- ontre nous; tel autre est “solide” pour nous; hum!....en voici un eux par- qui est douteux.” nent des
Quand la lecture et le pointage de la liste étaient terminés, on faisait l'addition des “ solides ” et des “ douteux ”, des amis et des adersaires, et on se séparait en jubilant, car il y avait toujours un surnus des “solides” sur les “douteux.”
> docteur
des élec-