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V. Vie familiale

4. Usages matrimoniaux particuliers à la tribu des Lo-lo p’o et à quelques autres tribus du pays de Ta-li.

Il en est ainsi, du moins quand on marie les enfants à l’âge de 16 ou 18 ans. Malheureusement, les Lo-lo p’o ont, eux aussi, la détestable habitude de marier leurs enfants dès l'âge de 10 ou 12 ans, même souvent plus tôt, dès l’âge de 4 ou 6 ans.

Dans ce cas, les enfants évidemment ne couchent pas ensemble, après le mariage. Généralement même, la fdle retourne coucher le soir chez ses propres parents.

Ce n'est alors qu’à l’âge de 16 ans qu’on fera coucher le mari avec sa femme, si toutefois celle-ci y consent. Et à cette occasion, on fera encore un petit festin, auquel seront conviés quelques proches parents de la fille (comme son père et son frère aîné), et l’entremetteur avec sa femme.

Mais que la fille, mariée ainsi en bas âge, consente ensuite à l’âge de 16 ans à coucher avec son mari: c’est chose rare, fort rare. Dans une moyenne de cas de 98 pour 100, les filles ainsi mariées, ne veulent pas de leur mari, et cherchent un amant.

Il serait plus simple et plus pratique alors de casser le mariage, comme cela se fait dans l’est du Yun-nan. C’est vrai, parfaitement vrai, mais hélas! chez les Lo-lo p’o, les choses ne se passent pas ainsi.

Ici, en effet, la fille reste chez son mari et c’est chez ce mari que son amant vient coucher chaque nuit avec elle, tandis que le mari, de son côté, va passer la nuit avec une autre, à qui il a donné son cœur. Et remarquez-le bien, pour rien au monde, la femme, quoique travaillant avec son mari et mangeant à la même table, ne voudrait avoir de relations avec lui.

Malgré cela, mari et femme sont appelés «ni mè-yo = deux époux-épouse» par tout le monde. La femme donne à son mari le nom de «a-po-ma = époux», et le mari à sa femme le nom de « a-pi-ma = épouse». Les enfants, quoique de l’amant, prennent le nom du mari, et héritent de ses biens. Ils lui donnent le nom de « a-bo = père», tandis que l’amant de leur mère est appelé par eux du nom chinois de « ta tié 1 = grand père». C’est ce dernier qui fait les sandales pour la mère et ses enfants, et qui leur achète

bibliothèque Anthropos. I, 5: Liétard, Au Yun-nan. 11

Vie psychique des Lo-los.

des habits. La mère va soigner l’amant quand il est malade, et réciproquement.

Les enfants, ai-je dit, donnent au mari le nom de «père», et cependant ils distinguent fort bien, le disant leur «a-bo mè — père nourricier», tandis que l’amant de la mère est leur «a-bo k a — père vrai».

Mais pourquoi, me direz-vous, garder ces coutumes si gênantes pour tout le monde? Pourquoi, puisque la femme n'a aucun rapport avec son mari, ne va-t-elle pas avec ses enfants demeurer chez son amant? Pour la bonne raison que la loi chinoise ne reconnaît comme valide que le mariage fait par les parents, et que mépriser ce mariage, c’est s’exposer devant les mandarins à des déboursements rigoureux. On sauve donc les apparences à la chinoise, mais au fond, on s’en moque.

Il n’est pas rare alors, chez les Lo-lo p’o, de voir dans une même famille des enfants de deux pères successifs, parfois même de trois. Les femmes lo-lo, en effet, et les hommes aussi, sont à juste raison fort jaloux. Qu’un amant, habitant dans un village éloigné, ne puisse venir la nuit chez son amante, pendant une période plus ou moins longue, ou qu’il fasse mine d’en aimer une autre, les relations sont vite rompues, et l’on tourne ses regards ailleurs. Ces cas ne sont pas rares, sans être toutefois communs.

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