VI. Des maladies et de la mort
Le moment de la mort approchant, tout le monde, hommes et femmes, vieux et jeunes, appellent, gémissent et pleurent. C/est à fendre l’âme des non-habitués. On revêt le moribond de ses plus beaux habits, et si c’est un individu d’âge mûr, on lui fait boire un peu d’eau dans laquelle on a déposé un peu d’argent réduit en poudre. S’il meurt, ayant par hasard des dettes inconnues de ses enfants, cet argent l’aidera â solder sa faute dans l’autre monde.
Aussitôt mort, la figure du cadavre (mo-mi sea) est lavée (mo pya ts’eu) avec de l’eau dans laquelle on a fait infuser des feuilles de tcheu-sè (en chinois ti koua 1).
On cherche un poussin qu’on transperce avec une flèche d'arbalète (mo yl cheu kya), on le rôtit légèrement avec ses plumes, et déposé dans un bol, on le place devant le mort. Les Indigènes ignorent l'origine et le pourquoi de cette coutume.
De suite également, l'on choisit un cochon qu’on attache avec une corde en paille, et qu’on conduit à la fontaine publique pour
être tué (vè dou-ma dè k’i gea). Le cochon est vite tué après la
mort, et tué à la source, parce qu’il est possible que l’âme (vihyo-mo) du défunt dans l'autre monde où elle sera novice, ne sache pas où trouver l’eau pour se désaltérer. Ce cochon qu’on tue en sacrifice, est chargé de diriger l’âme vers les endroits où il y a de l’eau.
Le cochon tué, on le fait cuire. Avant le repas, on prend
3 bols de riz; sur ce riz, dans chacun des bols, on dépose 3 morceaux de viande.
On choisit en outre un autre plus grand bol dans lequel on ne met qu’un peu de riz; sur ce riz, l’on coupe 7 morceaux de viande pour une femme, 9 pour un homme.
Ces bols sont offerts au défunt (cheii-sen hyé). Le grand bol restera devant le cadavre ou le cercueil, jusqu'au moment de l’enterrement; avant chaque repas, on y ajoutera 7 morceaux de viande pour une femme, 9 pour un homme: et le jour des funérailles, il sera porté sur la tombe avec le bol renfermant le poussin, là, on les brûlera.
Les 3 bols de riz avec les 3 morceaux de viande, au contraire, sont offerts au défunt avant le repas, et mangés aussitôt par les convives. Ils sont remplacés avant chaque repas.
Vie psychique des Lo-los.
Certains sont enterrés le jour même ou le lendemain de la mort, surtout quand la famille est pauvre.
Généralement, on attend l’arrivée des parents. Alors seulement a lieu la mise en bière.
Chaque famille parente et chaque famille amie-intime doit apporter une brasse de toile de chanvre et un petit morceau d’argent (une parcelle d’argent suffit).
On dépose les toiles de chanvre sous le cadavre dans le cercueil en guise de matelas, les parcelles d’argent y sont aussi déposées.
On prend en outre une autre parcelle d’argent qu’on enveloppe dans un morceau de papier avec 7 grains de riz pour une femme, 9 grains pour un homme, et qu’on dépose dans la bouche du cadavre.
Et on ferme alors le cercueil.
Aux funérailles, les femmes accompagnent le cercueil avec les hommes. Mais les femmes seules chantent leurs lamentations, qui se font entendre du reste chaque jour, et plusieurs fois par jour, avant l’enterrement.
En voici deux modèles:
Premier modèle.
3. Lamentations d’une femme à la mort de son mari. (A-lou hé.)
Meii-tè k’a-k’a djeu A-mo nè lo Lo t o geu y a!
Nya b o bè!
T cheu zo a-seu mou?
N eu mya t’a tsè n’hè!
Nya bo bè!
Tcheu mou tcheu da
n’djeu la pya!
Zo mou zo da n’djeu!
A-mè-cheu mè to P’o lo y a djo lè.
Aurore énormément claire De mère fille tomber Tomber descendre donner est!
De vous le père éloigner (ne pouvoir plus De bru les fils qui enseigner ? [être près !) Fille travail indiquer capable ne pas Votre pauvre père! [habile!
Bru enseigner bru paroles ne pas croire
j’ai peur!
Fils enseigner fils paroles ne pas croire! Quelques jours auparavant Père lui craindre.