‹ Au Yun-nanChapitre 128 sur 204 · VI. Des maladies et de la mort · texte numérisé non relu

VI. Des maladies et de la mort

Elle est morte, bien morte!

Ah, pauvre mère!

La source est éloignée de l'embouchure!

Ainsi moi, pauvre fille, voilà ma mère éloignée de moi ! Ah, pauvre mère!

La rivière est éloignée des pierres de la montagne!

Et voilà de même la fille éloignée de sa mère!

Il sent bon, dit-on, le sésame de Yun-nan-hien!

Ah, pauvre mère!

Que m'importe à moi l’odeur du sésame?

C’est l'odeur de ma mère que je voudrais sentir!

Ah, pauvre mère!

A mon lever,

Je n’entends plus le souffle de ma mère!

Et cependant les jours précédents Comme je l’entendais avec joie!

Maintenant en ce jour,

C’est fini, ma mère est morte!

Je n’entends plus le souffle aimé de ma mère!

Ah, pauvre mère!

Au chant du coq,

Je veux à ton chevet offrir de la viande!

'Reviens sentir le parfum de cette viande!

Ah, pauvre mère!

A l’aurore,

Viens sentir le parfum du vin offert!

Car c’est ta fille qui te fait ces offrandes!

Ah, pauvre mère!

Ta fille succombe à sa tristesse!

Les jours précédents, il n’y a que quelques jours encore! Tu répondais à ma voix!

Aujourd’hui,

En vain j’appelle, tu ne réponds plus!

Ah, pauvre mère!

Et cependant ta fille voudrait encore te causer!

Il me semble que tu devrais encore m’entendre, hélas! Ah, pauvre mère!

Bibliothèque Anthropos. 1,5: Liétard, Au Yun-nan.

Vie psychique des Lo-los.

Ce matin,

J’entends de partout les autres filles appeler leur mère!

Mais, moi, hélas, je ne puis plus appeler la mienne!

Ah, pauvre mère!

Fille de ma mère chérie!

Mon sort est bien lamentable, c’est certain!

En attendant de partout les autres filles appeler leur mère,

Moi je succombe de tristesse!

Ah, pauvre mère!

Au milieu de la nuit je viendrai t'offrir du thé!

Ce thé, ne manque pas de venir le boire!

Ne manque pas de venir en respirer le parfum!

Ah, pauvre mère!

Car c’est ta fille chérie qui te l’offrira!

Ah, pauvre mère!

Zo-mè zo.

Le Lo-lo p’o aime d’être enterré sur son propre terrain, et la femme est toujours enterrée près de son mari.

Le cortège funèbre arrivé au lieu de la sépulture, on creuse la tombe. En évitant d’en fouler le sol, on y dépose le cercueil, de façon à ce que la tête regarde le plus haut sommet des pics de la région.

Les parents viennent à tour de rôle près de la tombe, et tournant le dos au cercueil, ils y jettent un peu de terre. On comble alors la fosse qu’on surélève en tertre. C’est le tombeau.

On fait brûler près de là les vieux habits du défunt, sa pipe, etc. . . . ainsi que le poussin et le bol dont j’ai parlé plus haut.

Après trois jours, les parents reviennent au tombeau. On tue, en l’honneur du défunt, une poule qu’on fait cuire et qu'on mange là-même.

Après 7 mois pour la femmes, neuf mois pour les hommes, on y retourne encore.

Les Lo-lo p’o ne portent pas le deuil, sauf ceux qui vivent tout près des Chinois, et qui font parfois comme leurs voisins.

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