‹ Au Yun-nanChapitre 14 sur 204 · CORDIER, /. C · texte numérisé non relu

CORDIER, /. C

20 Nom, division et distribution des Lo-io.

Résumons ici brièvement le contenu de ces cinq premiers

articles:

1° L’expression Man-tse 5 — fils de sauvages, fils de barbares grossiers, désigne les Lo-lo indépendants du Seu-tch’ouan, et quelques-uns du Yun-nan, au nord du Yong-pé fin.

2° Les termes Y-jen (i, Y-kia 7 = barbares, étrangers, qui originairement désignent tout ce qui n’est pas Chinois, sont spécialement réservés au Yun-nan pour désigner les Lo-lo.

3° Au Seu-tch’ouan, les Hé-ys = Barbares noirs, sont les Lo-lo de caste noble, appelés aussi Hé Lo-lo Et les Pé-y 10 = Barbares blancs, sont les Lo-lo de caste moins noble, appelés aussi Pé Lo-lo n. Mais la caste des esclaves, Wa-tse12, est confondue avec la caste moins noble, sous les mêmes noms de Pé-y ou Pé Lo-lo.

4° Au Yun-nan, les Hé-y sont également les Lo-lo de caste noble, ou Hé Lo-lo.

Les Pé-y sont les esclaves des nobles, ou même, toutes les autres tribus lo-lo. Pé-y équivaut à Pé Lo-lo.

Ajoutons cependant qu’au Yun-nan, sous la rubrique de Hé Lo-lo et de Pé Lo-lo, les Ch mois semblent s’être embrouillés passablement.

Comme on peut le constater, les termes chinois ne peuvent guère nous aider dans l’étude des problèmes ethnographiques. Si j’en juge par ce que j'ai lu des relations des voyageurs, ces termes chinois presque uniquement employés par eux, ne font qu’embrouiller les choses.

Tl importe du reste de toujours bien distinguer dans ces questions, si 1 on emploie des termes chinois, ou des termes indigènes. La confusion, sous ce rapport, peut faire supposer des choses absurdes par les savants.

Baber, par exemple*, nous parle «d’une troisième classe formée de Wa-tze ou esclaves»; et Devéria de conclure que ce nom Wa-tze est peut-être l’équivalent ou une corruption de Oua-hé, appliqué aux Ho-nhi\ Evidemment, Devéria n’eût pas fait cette supposition s'il avait su que Wa-tze est non pas un

* Devéria, L <\ p. 14 7.

V. Des termes Hé kou-t’eou et Hékon-t'eou appliqués aux Lo-lo de Seu-tch’ouan. 21

mot lo-lo, mais le mot chinois Oua-tse 13 — esclaves chez les Barbares; qui ne peut avoir aucune relation avec O lia- hé u , autres mots chinois qui signifient «noir de tuile».

On ne saurait trop non plus se défier des dires chinois, quand il s'agit des peuples voisins; même des dires des Chinois, ayant vécu en captivité chez les Man-tse. C’est précisément

pour s’être trop fié à ces dires que Baber * a pu annoncer en

Europe que chez les Lo-lo, on lave le nouveau-né dans l'eau froide et on lui met sur le front, en manière de baptême, de la bouse de vache . . .! ou bien que la naissance des tilles est généralement regardée avec plus de satisfaction que celle des garçons . . .; ou bien qu’un chef épouse trois femmes, un souschef, deux, et le commun des Lo-lo, une seule! ou bien que les Lo-lo font usage de couteaux et de fourchettes . . .; ou bien encore, qu'il faut trois hommes pour tendre leurs arcs etc.!

Devéria, l. c. p. 148.

ARTICLE ÏI.

Origine du mot Lo-lo.

Après avoir examiné les dénominations données aux Lo-lo par les Chinois, il est beaucoup plus important, je crois, de nous occuper des dénominations dont les Lo-lo eux-mêmes se gratifient. Et d'abord examinons le mot Lo-lo lui-même.

1° Les Lo-lo, disent les Historiens chinois*, sont les barbares Tsonan, descendants de Lou-lou. C'est de ce dernier nom Lou-loii que, par corruption, est venu le mot Lo-lo.

2° Le mot Lo-lo, dit Baber**, est une injure d'origine chinoise dont on ne pourrait pas faire usage en leur présence, bien qu'ils h excusent et l’emploient même quelquefois par complaisance, lorsqu’ils ont affaires à des étrangers ignorants.

3° Le nom Lo-lo, dit L. Metchnikov, n'a pas de sens en langue chinoise, à moins que cette syllabe redoublée n’indique, comme la désignation grecque de «barbares», des «bredouilleurs», qui ne savent pas s’exprimer en langage policé.

4° Le mot Lo-lo, dit le P. Vial***, pourrait bien venir du mot Mo redoublé par euphonie; no, étant le terme générique dont se servent les Man-tse du Seu-tch’ouan pour se désigner.

5° Le Cl BonifagyI semble croire que Lo-lo pourrait bien venir de La, un des préfixes les plus employés dans les anciennes langues du Haut-Tonkin et de la Chine méridionale pour les noms de peuple. La aurait donné La-la , et serait devenu plus tard Lo et Lo-lo.

6° Uevéria f f écrit: «Ce nom prend au XIIe siècle une nouvelle forme . . . Lo-lo-sse . . . Les annales annamites nous disent qu en

* Sainson, l. c. p. 165. ** Devéria, l. c. p. 145.

*** Les Lo-los, Changliai 1898, p. 69.

f Cordier, l. c. p. 86. tt L. c. p. 142.

Page 1