VII. Vie sociale
Dans la suite, celui-ci vendit cette rente arbitraire de 22 piculs aux Tchang de Lo-si tchai, pour la somme de 400 taëls. 11 dut à cet effet faire de faux papiers de vente, vu qu’il n’avait qu’une hypothèque sur les rizières. Et ces papiers, quoique faux, étaient évidemment enregistrés par les mandarins chinois, chez qui n osent pas paraître les Indigènes.
Aujourd’hui, les descendants des Tchang se sont multipliés. On en compte 15 familles dans ces pays. La famille qui perçoit actuellement la rente à Djo-kou-la, en exige annuellement 72 piculs, sans compter les corvées qui sont un véritable esclavage de tous les instants.
Quant à la famille du kao t’ou-seu, elle a de la même façon vendu petit-à-petit les autres pays lo-lo aux Chinois, et aujourd’hui, il lui reste son titre et quelques rizières, juste de quoi vivre.
Les Lo-lo p’o, dans leurs conflits, ne s’adressent pas cà leur t’ou-seu, sachant que celui-ci n’en veut qu’à leur argent. Ils ne s’adressent pas davantage au mandarin chinois, celui-ci généralement les méprisant trop pour leur rendre justice.
Chaque village lo-lo possède, comme les Chinois, des kouanse 1(J, changés chaque année à tour de rôle. C est à eux que s’adressent les hiang-io chinois, pour faire transmettre les proclamations du mandarin, ou pour faire recueillir les sapèques pour les corvées publiques. Le village de Djo-kou-la paie 6.000 sapèques par an aux notables du pays de P’in-tch’ouan, il est ainsi dispensé de fournir des soldats à la milice locale, et il peut distiller tout l’alcool qu’il veut, sans pouvoir être inquiété par les satellites.
Dans le dialecte lo-lo p’o, le mandarin est appelé dzeu-ma (en chinois kouan11), le t’ou-seu , «mi dzeu-ma = mandarin indigène, mandarin du pays», et les propriétaires chinois, mi seu p o. Ce dernier terme est tout-à-fait impropre. Mi seu p’o signifie en effet «maître de la terre». Or la terre, chez ces Indigènes, appartient, par droit de conquête, à l’Empereur qui la leur prête. Les Chinois, ainsi que leurs papiers du reste en font foi, ne sont que propriétaires de la rente. Dans la pratique, cela revient au même, sauf peut-être que les Chinois n ont pas le droit d augmenter la rente, ni de chasser leurs lermiers, pourvu qu ils paient fidèlement
Vie psychique des Lo-los.
cette rente. Ils ne s’en font pas faute cependant en certains endroits.
Dans ce cas, les Lo-lo pourraient avoir recours au mandarin chinois. JVÎais comment en approcher? Ce mandarin a, il est vrai, des interprètes à son service, mais ceux-ci sont toujours précisément des Chinois du pays, dont les parents sont ces propriétaires qui font tous les coups chez les Lo-lo!
Quant aux t’ou-seu lo-lo au Yun-nan, tous n’en sont pas encore arrivés à la même enseigne que celui dont je viens de parler. Mais ils y arriveront tous, insensiblement, et à brève échéance sans doute.