VI. Origine du mot Lo-lo
1508, les Lo-los noirs, Hàc la-la, tribu sauvage du Yun-nan, avaient passé la frontière et envahi 1 Annam.
Les différents peuples du Yun-nan, à l’origine, sont désignés par les historiens chinois sous les noms des pays qu’ils habitent. Les Lo-lo ne font pas exception à la règle.
Vers le VIe siècle seulement les historiens leur donnent le nom de Ts’ouan b
Au VIIe siècle, ces Ts’ouan sont connus sous le nom de Lou-lou, qui s’écrit Lo-lo , chez les historiens de l’époque mongole*.
Je ne discuterai pas l’origine du mot Lou-lou. Je constate seulement que de nos jours, cette appellation est parfaitement inconnue tant des Chinois que des Lo-lo.
Pour le mot Lo-lo , c'est autre chose.
Ce mot Lo-lo est parfaitement le nom particulier d’une tribu de cette race, nom, qui à mon avis, a été appliqué à toute la race par les Chinois.
Cette tribu n’est autre que la tribu Lo-lo p’o. Elle se trouve disséminée sur les frontières des districts de Pin-tch’ouan tcheou, Ta-yao bien, Yao-tcheou et Yong-pé fin d’une part. C’est là que j’ai pu l’étudier tout à mon aise.
D’autre part, j’ai trouvé en 1907 d’autres nombreux représentants de cette tribu entre les villes de Kouang-t’ong bien et de Tin-yuen bien; et en 1908, dans les montagnes, entre Yao tcheou, Tchen-nan tcheou, Tch'ou-hiong fou et Kouang-t’ong bien.
Comme on peut le constater sur la carte, ceci représente une immense étendue de pays, et semble indiquer une tribu fort nombreuse.
Ce mot Lo-lo est le nom indigène, le nom propre de la tribu. Les gens s’appellent eux-mêmes de ce nom, même devant les Chinois, pour la bonne raison du reste qu’ils n’ont que ce nom pour se désigner.
« Nyo-vè Lo-lo p’o nga — nous sommes des Lo-lo», disent-ils journellement dans leur langue, ou bien, en parlant chinois: « Ngo men die Lo-lo p’o.» Bien plus, tous les Chinois les appellent de ce nom, qui, contrairement à ce qui a lieu partout ailleurs au Yunnan et Seu-tch'ouan, n’est nullement considéré ici comme une insulte.
* Pelliot, B. e. f. e. o. t. IV No, 1 — 2 p. 137.
9^ Nom, division et distribution des Lo-lo.
Ici, quand on veut injurier quelqu'un, on l’appelle Li-sou. Dans ce cas, les Chinois diront: « G ni tché ko Li-sou = toi, ce Li-sou!» — Et les femmes lo-lo, par exemple, diront: «N go Li mo nga, t’i-cheu-lé pè n’hè = je suis une Li-sou; je ne sais rien faire!» autrement dit, «je suis une propre-à-rien!» — Les Li-sou sont une autre tribu lo-lo, faisant suite à celle des Lo-lo p’o dans le Yongpé t’in. Plus loin, dans les montagnes, ils s’appellent Li-sou pu; plus près des Chinois, ils disent simplement Li p’a. C’est pourquoi les Lo-lo p’o les appellent Li p’o. ( Li-mo = une femme Li-sou .)
Les Lo-lo p’o que j’évangélise à Djo-kou-la (en chinois = Tchou-kou-la ), sont ici depuis plus de 700 ans. Ils viennent de Kouan-fang et Sàn-tch’a-ho, non loin de Pé-ien-tsin où ils sont arrivés, venant de pays situés entre T’a-yao hien et Yao tcheou.
Nous avons vu que le terme Lou-lou n’était guère employé par les historiens avant le VIIe siècle et celui de Lo-lo , avant la dynastie mongole.
Or, remarquez, c'est précisément au VIIe siècle, que à ao tcheou (qu’on trouve parfois sur les cartes, sous le nom ancien de Yao-ngan), devient un point stratégique chinois au Yun-nan. En 680, les Chinois renoncèrent à s'y maintenir. Eu 688, ils essayèrent de s y réinstaller, et y placèrent une garnison de 500 hommes, relevant administrativement du gouverneur chinois de Tch’en-tou, au Seutch'ouan *.
Ce pays de Yao tcheou, à mon avis, était déjà à cette époque habité à l'est par les Lo-lo, et à l’ouest par les Min-kia.
Egalement, en 125 2 — 1253, quand les Mongols tirent la conquête du Yun-nan, c’est également avec les Lo-lo du Yao tcheou qu’ils durent presque d'abord faire connaissance.
En effet, Hou-pi-lié (Khoubilai), après avoir pris Ta-li, ordonne à ses troupes de poursuivre Kao t’ai- slang, premier ministre de Touan hin-tche , alors roi de Ta-li.
I\ao t’ai-siang vaincu, avait voulu se retirer à* T’ong-che-lo (ancienne préfecture de Yao-ngan, aujourd hui YMo tcheou) pour faire des levées parmi les 37 tribus Man. Mais il n’y était pas
* Pellïot, B. e. f. e, o. t. IV, 1 — 2 1901 Nop.l3t6e *
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