VI. Origine du mot Lo-lo
Ce terme, il est vrai, presque partout au Yun-nan, est injurieux; mais, injurieux dans la bouche d’un Chinois! Un Lo-lo l’excusera toujours dans la bouche d'un Européen; car ici comme ailleurs, c’est le ton quit fait la chanson.
Et il en est de même au Seu-tch’ouan, je crois. Le P. Martin m’écrit à ce propos: «Le mot Lo-lo est connu des Lo-lo, en tant que dénomination que leur appliquent les Chinois. En cei tains endroits, les Lo-lo ne sont pas contents de s’entendre ainsi appeler, à cause de l’air de mépris que les Chinois y mettent. Us préfèrent que les Célestes les appellent Y-kia\ Tou-min K Ici chez mes Gyé-lé, ça leur est parfaitement indifférent!»
ARTICLE VII
Les Lo-lo et leurs tribus au Seu-tch’ouan.
A l’origine, nous disent les historiens chinois, les tribus lo-lo étaient fort nombreuses!
La chose n’est pas pour étonner; vu qu'aujourd’hui encore, les Lo-lo sont divisés en un grand nombre de tribus. Pour la division de ces tribus elles-mêmes, il nous faut examiner séparément les Lo-lo du Se.u-tch’ouan et ceux du Yun-nan.
A. Au Seu-tch’ouan, chez le P. Martin du moins, tous les Lo-lo, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, s’appellent No-su.
No-su se change en No-seu , No-so ou No-sou, suivant les dialectes.
(Lest le nom de race; c'est le terme générique employé par tous les Lo-lo pour désigner les «Lo-lo en général», sans distinction de Noirs, de Blancs, ou d’Esclaves.
No veut dire «noir».
Su, à mon avis, doit avoir le même sens que le seu de Lo-lo seu dont j'ai parlé plus haut. C’est une particule adjectivante qui, grosso modo, a le sens de «homme, personne» en général, sans distinction de sexe. No-su , c'est comme qui dirait en chinois No-jen, c’est-à-dire «individus No, hommes No». Remarquez cependant que le mot su, seu des Lo-lo ne pourrait pas s'employer dans tous les cas, où en chinois on emploie le mot jeu.
B. Baber nous dit également*: «Les Lo-lo, près de Ma-pien, se désignent eux-mêmes sous le nom de Lo-sou. Dans les environs de Lei-po fin, leur nom est No-sou ou Ngo-sou (probablement une simple variante de Lo-sou). Près de Houi-li tclieou, le
* Devéria, J. C. p. 14 6.
VÎI. Les Lo-lo et leurs tribus au Seu-toli’ouan.
terme employé est Lé-sou ; c’est N go- sou.»
sur les bords de la rivière T'ong,
Le changement de n en / n’est pas un changement radical. 11 existe fort bien en chinois, où, par exemple, on dira indifféremment Lo-mi ou No-mi \ Yun-nan ou Yun-lan2. Je n’ai pas rencontré ce changement dans les quelques dialectes lo-lo que je connais; mais il est fort probable qu’il existe, même en Lo-lo.
Le changement de o en eu , en ou, en <?, ou en a. est fort fréquent suivant les divers dialectes, parfois même dans la même dialecte.
Ainsi «noir» se dit no chez le P. Martin, nè chez les Lo-lo p’o, na chez les Na pou etc.
Si le nom générique dont les Lo-lo du Sen-tch’ouan se servent pour se désigner est No-su, il y a cependant là-bas trois castes de Lo-lo, à savoir:
t° les No-o ou No-ho = les Noirs (par excellence);
2° les K'u-o ou Ku-ho = les Blancs;
8° et la caste des esclaves ou serfs.
O ou ho, est la marque du pluriel dans la langue des
Lo-lo du Seu-tch’ouan.
La troisième caste, celle des esclaves ou serfs, est d’origine chinoise indubitable, tant du côté des hommes que du côté des femmes. Elle est formée de Chinois enlevés par les Lo-lo, et mariés à des Chinoises également enlevées. Cette troisième classe, quoique devenue assez nombreuse à certains endroits à l’intérieur du pays, est connue comme d’origine chinoise depuis des centaines d’années, et cela continue de nos jours.; de sorte que tant Lo-lo noirs No-ho , que Lo-lo blancs Ku-ho , se croiraient déshonorés en épousant des personnes de cette troisième caste.
Et cependant, ces serfs rougiraient de se dire Chinois, ou d’origine purement chinoise.
Aux yeux des étrangers, ces serfs passent donc pour No-su (Lo-lo), et eux-mêmes se donnent ce nom générique, surtout quand ils parlent lo-lo, dès leur naissance. Partois même, ils passeront pour No-ho , s’ils ont pour maîtres des Noirs ou pour Ku-ho , s’ils ont pour maîtres des Blancs; et cela surtout après plusieurs
Nom, division et distribution des Lo-lo.
générations par alliance entre eux évidemment. Plus généralement cependant, les Chinois les rangent simplement parmi les K’u-ho. C’est ce qui embrouille souvent les voyageurs et les Chinois, faute d’être au courant des générations connues entre seuls Lo-lo, et qu ils ne disent pas toujours. De là vient aussi que les Chinois croient et disent souvent que les «Lo-lo blancs» sont des métis de Chinois et de Lo-lo.
Les Lo-lo emploient pour spécifier les individus de cette troisième caste (esclaves) les termes de P’ou ou de Gy-zeu.
P ou — prix, acheté.
Que veut dire Gy-zeu ?
Gy — sans doute «tribu», «race».
Zeu — «fils», ou «adopté», ou même simplement n'est que diminutif.
Gy-zeu voudrait donc dire «petite race», «petite tribu»; c est-a-dire «diminutif de tribu», «incorporation par pure bienveillance. ou par adoption secondaire».
D. Les Noirs sont souvent appelés «Nobles» par les Européens; alors, les «Blancs» sont les «pas Nobles» ou les «moins Nobles». 11 n y a pourtant pas de terme lo-lo pour traduire adéquatement les mots «Noble», «pas Noble». Les Lo-lo pour ce faire, se servent de périphrases, par exemple, «Lo-lo vrais», «Lo-lo blancs», «Lo-lo d'origine moins illustre». Mais où est l'origine de noblesse entre Nobles et moins Nobles? C'est là le problème! Je 1 expliquerais volontiers d’après la tradition qui veut que «les Lo-lo descendent de deux frères dont l’un domina l’autre, qui lut ainsi avec sa postérité considéré comme moins noble.
La noblesse d’un Noir consiste sans doute dans la pureté de sa race; c est-à-dire descendance de vrai Noir, non-soumis diiectement aux Chinois, en tant que propriétaires du moins.
La moindre-noblesse du Blanc consiste à n’être pas esclave direct d’un Noir; c’est-à-dire à n’être pas d’origine chinoise; contrairement à ceux de la 3e caste, qui, eux, sont d’origine chinoise, et esclaves directs. Ce n’est qu’avec le temps qu’ils peuvent devenir simplement serfs.