VII. Les Lo-lo et leurs tribus au Seu-tch’ouan
Egalement, le mot «esclave» existe en lo-lo; mais il n’est guère employé pour désigner ces esclaves, surtout lorsqu on s’adresse à eux directement. On se sert pour cela d’une lorme plus polie, à savoir: «Lo-lo ayant prix», «Lo-lo petite race». Et si, par exemple, on veut demander à un esclave de qui il est esclave, on dira: «M k’a-ma o bo? = par qui es- tu possédé? à qui appartiens-tu?» — 11 répondra, par exemple: «Je suis esclave dans la tribu des Gyé-lé = Ga Gyé-lé bo so — je suis, j’appartiens aux Gyé-lé» *.
E. Au Seu-tch’ouan, la tribu est à proprement parler une famille. Le mot «famille» est même souvent employé avec ce sens de «tribu». Ainsi, l’on dira: «Un esclave de la tribu des Gyé-lé = Gyé-lé kyé gy-zeu ma , m. à m. un esclave de la famille Gyé-lé.»
Le mot kyé n’est autre que le mot chinois kia prononcé à la façon lo-lo.
J’entends par tribu, ajoute le P. Martin, une fraction de Lo-lo portant un nom spécial, moins général que celui de No-su ; mais non pas le nom patronymique; c’est un nom moins usité d’un petit groupe de familles.
Le mot «tribu» signifie «branche, bifurcation». La tribu, en tant qu’elle a nom distinct des autres, a été le nom d’un ancien Lo-lo, qui a eu assez grand nombre d’enfants; d'où son nom est devenu nom de famille; et l’on disait: «Un tel, fils (ou de la famille) de ce père célèbre!»
La postérité d’icelui se multipliant collatéralement avec la postérité d'un autre frère, il en est résulté deux noms de famille. Les deux familles, après deux, trois siècles, ou plus, ont passé, pratiquement quant au nom, à l’état de deux tribus différentes.
C’est pourquoi, il est difficile de distinguer ce qui est famille nombreuse et très-répandue, ce qui est tribu et soustribu, branche principale et branche secondaire.
* En style plus relevé, les Lo-lo du Seu-tch’ouan s’appellent aussi Ni par opposition aux Chinois Cho. Et ils diront, par exemple, Ni y cho = Lo-lo et Chinois; littéralement Ni ~ impurs, Cho — purs. Je crois que les Lo-lo donnent à ees termes le sens de peau plus brune* et «peau plus blanche .
Nom, division et distribution des Lo-lo.
Aussi, ici au Seu-tch’ouan, contrairement au Yun-nan, différence de tribu m'implique pas nécessairement différence de dialecte; et, par contre, des gens de même tribu, éloignés les uns des autres parlent parfois un dialecte assez différent. Le costume n'est pas toujours semblable dans une même tribu; les gens de différentes tribus sont parfois mélangés dans le même village. Bien plus, l'on ne se marie pas dans la même tribu! Lt pourquoi t Parce que la souche male n’est pas assez éloignée; et qu’alors, une même tribu, c’est pratiquement encore une même famille. rl ant que le nom d un groupe assez nombreux de familles n'a pas changé pratiquement pour équivaloir à une autre tribu, on est censé trop parent encore; de sorte que se marier dans la même tribu ressemblerait à un frère qui marie sa sœur.
En outie de la majorité de telle ou telle tribu, en chaque village, il y a très souvent quelques familles d’une autre tribu. Ordinairement, c’est un Lo-lo de la tribu principale qui a donné terrains a faire et place à loger à son gendre d’une autre tribu. Pans ce cas, le mariage peut se faire entre jeunes gens du même village, puisqu'ils sont de tribus différentes, quoique parents par les femmes, même au 3e degré; ce qui arrive assez souvent, et est peut-être cause à la longue, c’est-a-dire, quand cela s’est répété plusieurs fois de suite entre parents, du peu de fécondité par appauvrissement du sang.
F- t chacune des deux castes (Noirs et Blancs) ont leurs tribus. On trouve parfois le même nom de tribus dans les deux castes.
Même des esclaves, anciens Chinois volés, mariés ensuite a des femmes de même acabit, sont devenus serfs de purs esclaves qu’ils étaient d’abord. Certains ont fait souche chez les Indépendants et sont devenus assez nombreux pour former deux ou trois tribus de serfs des Nobles. Ce sont eux surtout qui, de nos jours, ATont voler les Chinois pour les vendre aux Noirs; ou même, ils sont envoyés pour cela par les Noirs, qui tont rarement eux-mêmes celte besogne.
Ces esclaves toutefois prennent généralement le nom de la tribu (des Noirs ou des Blancs) chez qui ils sont esclaves.