I. Origine des Lo-lo et des Lo-lo p’o
qu’ils tiennent de ces ancêtres. Cette phrase la voici: «Lo-lo po wo-tè dyo-to Na-ki iu-tien fou do-la» ; c’est-à-dire: «les rois des Lo-lo originairement viennent de Iu-tien fou de Nankin».
Remarquons 1° Na-ki iu-tien foui C’est du chinois prononçé à la Lo-lo; c'est-à-dire N an kin \ iu-tien fou2, ou peut-être aussi in-tien fou 3.
Si les Lo-lo p’o venaient réellement de là-bas, ils auraient, je crois, un nom indigène pour désigner ce pays. Comme ils doivent avoir recours aux noms chinois, cela prouverait qu ils ont pris cette tradition des nombreux Pen-ti jen des pays de l’ouest, qui, eux aussi, se disent venus de Nankin.
2° Du reste, d’après cette phrase lo-lo, ce sont les rois des Lo-lo, et non pas les Lo-lo, qui seraient originaires de Nankin. Seulement, tout comme les auteurs chinois, les Lo-lo croient que «leurs rois sont leurs vrais ancêtres, au sens propre du mot»; et si donc ces «ancêtres» sont originaires de Nankin, eux aussi peuvent se dire de là-bas.
Or, les Lo-lo du Seu-tch’ouan et ceux de l’est du Yun-nan disent eux-mêmes qu’ils n’ont jamais eu de rois lo-lo; c est-à-dire qu’ils n'ont jamais été «royaume lo-lo, sous des rois lo-lo»; ils reconnaissent seulement une certaine sujétion immémoriale à 1 empereur (wo-mou, wo-tè) de Chine.
Et de fait, si nous ouvrons l’histoire chinoise, le premier roi des Lo-lo connu a dû être Tcliouang-k’iao 4, généralissime de Kinsiang 5. roi de Tch’ou 6, qui vint s’emparer, par la force de ses troupes, du pays de Tien. Sur ces entrefaites, le royaume de son maître ayant été détruit (223 av. J. C.), Tchouang-k’iao garda pour lui les régions qu’il avait conquises, et adoptant le costume et les mœurs des peuples vaincus, il s’établit avec ses troupes à Tien (Yun-nan sen), où il devint roi, formant le Tien koué 7 = royaume de Tien *.
Ce pays de Tien était vraisemblablement habité par des Lo-lo. Le premier roi des Lo-lo, historiquement connu, fut donc un Chinois naturalisé Lo-lo
* v. Sainson, l. c. p. 27 — 28.
Vie physique des Lo-los.
En 594, nous voyons Che ouan-soui 8, duc de T’ai-p’in 9, venir en expédition contre Ts’ouan ouan-si 10, barbare de Nan-nin 11 ( K’iu-tsin )12. Dans cette expédition, il vainquit plus de trente tribus *.
Ce Ts’ouan ouan-si était un roi des Lo-lo, mais d’origine chinoise. Tous ces chefs Ts’ouan , en effet, étaient issus d’un certain Ts’ouan-tsan 13, né sur le territoire qu’occupe actuellement la province duXban-si. Il gouvernait, pour le compté de la Chine, le territoire préfectoral désigné aujourd’hui sous le nom de K’iu-tsin fou. Profitant des troubles de l'Empire, il s’était rendu indépendant vers l’année 550. Demeuré maître du pays, il s’était assuré la soumission des Indigènes. Ce pays avait 1.000 ly d’étendue et devait se trouver compris dans les limites du Seu-tch’ouan, du Koui-tcheou et du Yun-nan **.
En 712, les Barbares du Yao tcheou (parmi lesquels se trouvaient sans doute les Lo-lo p’o) se révoltent et se donnent aux Thibétains. La Chine ordonne au censeur Li tche-kou 14 de les punir et de bâtir des forteresses dans leur pays. Li tche-kou , ayant puni de mort les principaux du pays et fait prisonniers leurs fils et leurs filles, fut attaqué et tué par les Barbares, qui, furieux, avaient appelé les Thibétains à leur aide ***.
Vers 738, tout le Yun-nan occidental est soumis à P’i lo-ko 15, roi des Min-kia , qui vient d’être reconnu par la Chine comme «roi du Yun-nan».
Par contre, tout le Yun-nan oriental, qui forme un royaume lo-lo, est parfaitement sous la main de la Chine. Ces Lo-lo ont à leur tête des chefs indigènes, gouvernant leurs peuples sous la direction de gouverneurs chinois, envoyés par l’empereur. Ces chefs, nous l’avons vu plus haut, se disaient eux-mêmes issus d’un Chinois du Chan-si. Si nous nous en rapportons aux travaux de M. Chavannes|, nombre de préfets des Lo-lo (vers 748) portaient encore ce nom de ts’ouan. L’un d’eux, par exemple, commandant
* v. Sainson, l. c. p. 30 — 31. ** v. Devéria, l. c. p. 125.
*** v. Sainson, l. c. p. 35 — 36.
t Une inscription du Royaume de Nan-tchao. Chavannes, Paris MDCCCCI, p. 27 — 28.