I. Origine des Lo-lo et des Lo-lo p’o
du district de Nan-nin (K’iu-tsin), avait reçu du gouvernement chinois le nom de Koui ouangu, «roi soumis».
Dans la suite, les Lo-lo passent sous le gouvernement des rois du Nan-tchao, repassent sous celui de la Chine etc., suivant la bonne fortune des armes de la Chine ou du Nan-tchao.
Mais nulle part, on ne rencontre un roi vraiment lo-lo! Donc que les rois des Lo-lo viennent de Nankin, du Chan-si ou d’ailleurs, ces rois n’étaient sûrement pas Lo-lo, et les Lo-lo p’o ne viennent donc pas nécessairement de Nankin.
M. Leclère* a développé cette opinion que les Lo-lo sont des Mongols descendus de la région du Kou-kou-nor. Ils se sont installés, longtemps avant notre ère, dans le Chen-si, puis dans la région occidentale et montagneuse du Seu-tch’ouan. Ils ont par la suite poussé leurs conquêtes jusque dans le Haut-Tonkin où les Mann qui les y représentent, ont encore le même vocabulaire que les Lo-lo du sud du Seu-tch’ouan. Par un reste bien caractéristique des anciennes coutumes mongoles, le fils aîné n’est pas toujours considéré comme le chef de la famille.
N’ayant pas connaissance du vocabulaire trouvé par M. Leclère chez les Mann du Tonkin, je ne puis évidemment pas le comparer avec celui des Lo-lo du Seu-tch’ouan. Mais cette ressemblance me paraît absolument impossible, jusqu’à preuve du contraire.
Est-il bien vrai en outre que chez les Lo-lo, le fils aîné ne soit pas toujours considéré comme chef de famille? A part chez les T’ou-seu, il n’y a pas de droit d’aînesse chez les Lo-lo, à ma connaissance du moins. Mais tant que les fils n’ont pas partagé l’héritage paternel, l’aîné remplace le père, tout en consultant ses cadets.
Enfin, par hasard, y aurait-il quelques traditions, quelques documents chinois ou autres, faisant descendre les Lo-lo du Koukou-nor jusqu’au Ghen-si? Le Dr. Legendre ** nous dit catégoriquement: «Les vieilles annales chinoises signalent des Lo-lo au Ghen-si au treizième siècle avant notre ère.» Je serais fort curieux de savoir quelles sont, et où trouver ces vieilles annales chinoises!
* La Géographie. 1900, p. 276.
** Deux années au Seu-tch’ouan. Paris 190G, p. 478.
Vie physique des Lo-los.
Pour moi, en étudiant sérieusement les évolutions chinoises au Seu-tch’ouan et au Yun-nan, il m’a toujours semblé avec le P. Martin que: Les Lo-lo n’ont jamais dû dépasser la rivière de Ya-tcheou 17 ni le Tong ho1H, entre Ivia-tin et Su-fou. Il y avait cependant des Indigènes au Seu-tch’ouan, soit avant l’arrivée des Lo-lo, soit avant 1 arrivée des Chinois. Quels étaient ces peuples? Des Pu , selon 1 histoire chinoise. Qu’étaient ces Pu ? J ignore!
Des Lo-lo du Léang-chan au Seu-tch’ouan se disent venus là-bas des frontières du Yun-nan-Koui-tcheou. La chose n’est pas pour étonner, vu que de nos jours encore, des nobles du Yun-nan- Ivoui-tcheou vont prendre femme au Leang-chan, et vice-versâ. Je connais moi-même une famille patricienne de Tchou-uen (P’in-y hien), laquelle est allée chercher un gendre au Leang-chan.
Ces Lo-lo du Leang-chan ne disaient-ils pas eux-mêmes au P. Fenouil'" en parlant du Yun-nan: «Vous autres Chinois nous appelez volontiers voleurs et brigands; c’est vous-mêmes qui êtes les spoliateurs. Toutes ces contrées ont appartenu à nos pères; ils en avaient toujours été les maîtres et paisibles possesseurs, quand les Chinois vinrent les en chasser injustement . . . Notre pays ne fut ni vendu ni donné; nous venons donc en perçevoir la rente!»
Est-ce à dire cependant que tous les Lo-lo du Leang-chan viennent originairement des frontières Yun-nan-Koui-tcheou? Je ne le crois pas. Ils ont fort bien pu déboucher là-bas, venant directement de la Birmanie, en suivant le Fleuve bleu.
Les Lo-lo, à mon avis, se trouvaient déjà au Leang-chan, au moins dès les premiers siècles de lere chrétienne. Ils y étaient sûrement dès le Xe siècle, si nous nous en rapportons aux documents chinois, traduits par Devéria**. Ces documents nous montrent les Lo-lo noirs comptant sept tribus parmi lesquelles celle de Kiong, dont le chef se donnait au Xe siècle, le titre de Chef souverain de tous les barbares méridionaux des deux versants des montagnes de Kiong et du midi de la rivière Tu tou ho (alias rivière Tong 19).