Fabrication de l’alcool
Chaque famille, dans la montagne du moins, fabrique son alcool ( djeu-bè k’o), au fur et à mesure de ses besoins personnels.
Pour ce faire, on dépose un boisseau de sorgho dans la marmite à faire cuire le riz, avec de l’eau froide. On le fait bouillir jusqu’à ce qu’il devienne tendre. Alors on emplit la marmite avec de l’eau froide, de façon que les ordures surnagent et qu’on puisse facilement les enlever. On passe au crible (djeu-bè tch’a lo-tch’o ), l’eau sert à nourrir les cochons.
Le sorgho bouilli est -répandu sur un grand panier (djeu dyé ouo-mo ), plat et rond. Quand il est refroidi, on y mélange le ferment (ddy).
On emploie, ou le ferment acheté chez les Chinois (en chinois tsiou io que les Lo-lo nomment ddy p’i zo = ferment blanchâtre, ou le ferment fabriqué par les Lo-lo eux-mêmes, et appelé ddy nè — ferment noir.
Pour la fabriquer, ils se servent de la racine de deux plantes. D’après le P. Ducloux, botaniste distingué de la Mission du Yun-nan, l'une de ces plantes serait une «Véronique», l’autre, une «Ainsliœa».
Ces racines sont écrasées, passées à l’eau chaude et mélangées ensuite avec de la farine de sarrasin.
Le ferment mélangé au sorgho bouilli, on brasse bien, et on dépose le tout, pour une nuit, dans un panier en bambous finement tressés (djeii heu p’eu-d’ou).
Le lendemain matin, on le met en jarre (djeu ou-t’eu), qu’on recouvre, en hiver, d'une peau de chèvre. On l'y garde ainsi six ou sept jours.
Pour la distillation, on se sert d’une boîte ressemblant à celle qui sert à faire cuire le riz à l’étuvée, mais elle est plus haute avec le tond plus large et le sommet plus étroit. On l’appelle (k’o meu-nyi).
Dans la grande marmite qui sert à faire cuire le riz, on verse un peu d’eau froide; au-dessus de cette eau, on place deux bâtons croisés (meu-nyi t’o), sur lesquels on dépose un treillis (meu-nyi dzeu) en bambous tressés. Sur ce treillis, on fait reposer la grande boîte, en bouchant les vides du bas avec une grosse corde en chanvre.
Dans la boîte, on verse le sorgho fermenté.
A 7 ou 8 centimètres du sommet de la boîte se trouve un trou. On place un plateau en cuivre au-dessus du sorgho. Ce plateau (swé-pè) possède un entonnoir à un de ses côtés. On fait dépasser cet entonnoir par le trou de la boîte. Le plateau est maintenu par des cordes. Au-dessus de la boîte, on place une petite marmite avec de l'eau froide.
On allume le feu, et petit-à-petit l’alcool descend par l’entonnoir dans une cruche (djeu-bè byê) placée en dessous.
L’alcool distillé, les détritus (tch’o ho) sont donnés aux cochons.