Erreurs des auteurs traitant de la religion des Lo-los
Du Halde* nous dit: «Les bonzes de Pégmi et d’Ava se sont insinués chez les plus riches et les plus puissants des Lo-lo, qui sont dans la partie occidentale du Yun-nan, et y ont bâti de grands temples d’une structure bien différente de la chinoise. Les cérémonies, les prières et tout le culte sacré est le même que dans le Pégou.»
Ignorant tout du Pégou, il m’est difficile de dire si le culte sacré est le même chez les Lo-lo que là-bas. Cette question de l’ancien Ava et Pégou mériterait, à mon avis, d’être étudiée bien à fond au point de vue ethnographique. Elle nous donnerait peutêtre la chef de l’énigme qui entoure l’origine des Lo-lo.
Mais je ne puis guère admettre qu’on ait jamais bâti de grands temples chez les Lo-lo, et surtout d’une structure différente de la chinoise. Ne s’agirait-il pas plutôt des pagodes bâties chez les Min-kia et chez les Pai-y du Yun-nan P Car les pays lo-lo brillent précisément par l'absence de pagodes, et, à ce qu’il me semble, il en a toujours été ainsi, même dans l’antiquité. A vrai dire, de nos jours, on rencontre parfois un embryon de pagode, dans certains villages lo-lo.
* Description de l’Empire de la Chine, p. 65.
Vie physique des Lo-los.
Mais c’est une imitation des Chinois, et souvent, un signe que des Chinois ont passé par ces villages lo-lo.
Le Dr. Legendre* écrit: «Le Lo-lo adore les éléments, ses hautes montagnes, ses glaciers, ses torrents impétueux, et les esprits qui y séjournent.»
Parce qu’on a surpris, en passant chez les Lo-lo, une pratique religieuse quelconque, il ne faudrait pas conclure aussitôt qu’il y a là un acte d’adoration. Un culte admet des degrés divers dans la vénération exprimée. Ne créons pas des divinités, en transformant en prétendues adorations les plus vulgaires superstitions.
Jamais, à ma connaissance, le Lo-lo n’adore les éléments. Il croit à des esprits habitant ces éléments, et par des superstitions tâche de se rendre propices ces esprits, dans certaines circonstances de la vie. Et en cela, il ne fait sans doute que copier les Chinois.
Certaines tribus lo-lo, comme nous le dit M. Leclerc **, ont auprès de leurs villages des bois sacrés, où, chaque année, on accomplit une cérémonie. J’ignore encore quel sens religieux donner à ces bois sacrés. Mais il faut se garder de croire que ces bois soient communs à toutes les tribus lo-lo. Je ne les ai vus, au contraire, que dans quelques rares tribus.
Enfin, d’après les renseignements fournis à Baber*** par des captifs: «Les Lo-lo adorent trois divinités, Lul-wo, A-pou-ko et Choua che po. Toutes trois résident sur le mont O-mi .» Baber a visité l'image d’un roi sculptée dans un roc. Cette statue représente Hi-p’o, un ancien roi lo-lo, appelé en Chinois: Ma Ouatig — Chevalroi. Et ajoute Devéria: «Les informations de Baber sont en partie confirmées par le passage suivant de l’Histoire du Nan-tchao: <Les Lo-lo croient aux esprits, ils honorent les magiciens. Parmi ces magiciens est le grand Hi-p’o. Ils adorent Ma qu’ils représentent sous la forme d’un cheval blanc. >»
«Je n’ai pas entendu dire, m’écrit le P. Martin, que les Lo-lo adorent trois divinités, encore moins qu elles habitent au mont O- mi, à peu près inconnu des Lo-lo.»
* L. c. p. 480. ** v. Cordier, 1. c. p. 79.
v. Devéria, I. c. p. 150.