‹ AuberChapitre 2 sur 9 · AUDE H · texte numérisé non relu

AUDE H

Le Serment et Gustave ne sont pas des opéras de premier ordre. Ils sentent la fatigue ou plutôt l'ennui qu'Auber éprouvait loin de Feydeau.

Se bouchant les oreilles et donnant tort i tous les plaidoyers de M. Scribe en fapur de l'Académie royale de musique, il féclara que les considérations pécuniaires l'avaient pour lui aucune valeur, et qu'il ravaillerait à l'avenir selon ses goûts.

En conséquence, l'Opéra-Comique eut Lestocq et le Cheval de bronze.

Un dernier engagement, contracté de ongue date, obligeait le maestro à laiser à la rue Lepelletier la partition d\4cèon.

C'était un véritable chagrin pour lui.

b4 AUBER

La pièce avait cependant toutes les chances de réussite possibles. On la montait avec soin. Madame Damoreau, Nourrit, Levasseur, chantaient les premiers rôles. Fanny Elsler, à la fin, devait paraître en Diane, et le tout se terminait par un ballet magnifique.

N'importe, Auber était inconsolable .

On répétait depuis six semaines.

Tout à coup, — ■ chance heureuse, et que le hasard seul amena sans dotfte ! — madame Damoreau se brouille avec le directeur, déserte, et s'engage à l'Opéra- Comique.

Naturellement Actêonàut la suivre. Le rôle n'eût jamais été aux cordes d'une autre voix.

Jugez si le compositeur fut aux anges.

Ceci ce passait en 1837.

Pendant douze années consécutives Auber ne quitta Feydeau qu'une seule fois pour donner au grand Opéra le Lac des Fées. L'Opéra-Comique eut les Chaperons blancs, — Y Ambassadrice, — le Domino noir,— Zanetta,— les Diamants de la couronne, — le dac d'Olonne, — la Part du diable, — la Sirène, — la Barcarolle, — et Haydêe, qui vinrent tour à tour enfler la caisse de l'heureux théâtre honoré de la sympathie du maître.

Toutes ces pièces ne sont pas d'une force égale.

Mais, dans les œuvres les plus négligées

d'Àuber, il y a toujours une foule de détails adorables qui les sauvent.

Sa musique est chatoyante; elle resplendit comme une pierre fine et montre mille facettes qui émerveillent et séduisent. On peut dire que jamais compositeur ne réunit à un plus haut point les dons précieux de la variété, de l'esprit et de la grâce.

Le Lac des Fées n'eut chez nous qu'un succès médiocre, et pourtant cet opéra contient des beautés de premier ordre.

Excellents juges en musique, les Allemands l'apprécient à sa valeur.

On le joue très-souvent à Berlin.

Frédéric-Guillaume fut si ravi de l'entendre, qu'il envoya au compositeur un

anneau d'une grande richesse. A l'époque de la Muette, Auber avait déjà reçu de ce prince une tabatière enrichie de pierres précieuses.

Outre le Lac des Fées, reçu froidement à l'Opéra, le duc d'Olonne, la Barcarolle et les Chaperons blancs n'excitèrent pas beaucoup d'enthousiasme à Feydeau ; mais Y Ambassadrice, mais le Domino noir, mais la Part du diable, mais la Sirène! quel prodigieux succès ! quelle mine d'or pour M. Scribe!

Il est inutile d'analyser chacune de ces partitions. Le lecteur en connaît mieux que nous les merveilles.

« M. Auber, dit un journaliste de l'épo-

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