S AUBE
que, force quelquefois ses idées à venir avant leur terme. Alors sa musique, d'ordinaire si vive, si ingénieuse, perd sa grâce et sa fraîcheur; mais, à tout prendre, j'aime mieux cette nudité franche et simple que la stérilité prétentieuse et entortillée des cerveaux profonds. Avec lui du moins je n'ai pas besoin de suer sang et eau pour savoir qu'il n'a rien à me dire ; d'autant plus que le cas est assez rare. 11 en est de certaines imaginations heureuses comme des mines de diamants des contes orientaux: on a beau prendre au hasard, on trouve toujours quelque chose qui rayonne. »
Le célèbre compositeur a, du reste, une facilité de travail qui tient du miracle.
A la dernière répétition de la Sirène,
après avoir écouté l'ouverture, il se frappe le front et dit :
~ Voilà qui est détestable ! Je ne conserverai pas une pareille musique. Il faut la changer.
— Mais c'est impossible, monsieur Auber, dit le régisseur, nous n'avons pas le temps. L'alfiche annonce la pièce pour demain.
— Bah! laissez donc! Prévenez le chef d'orchestre, et que tous les musiciens reviennent à minuit.
Neuf heures sonnaient, neuf heures du soir bien entendu.
Auber s'installe au théâtre même, compose une seconde ouverture, dirige les co-