‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 102 sur 224 · L'espion dévalisé · texte numérisé non relu

L'espion dévalisé

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lulait aussi intendance de Saintonge et pays d'Aunis. Elle comprenait le département actuel de la Charente-Inférieure, avec une partie de celui de la Charente, et se divisait en cinq élections, renfermant, au total, 730 paroisses et 360.000 habitants. C'était, comme aujourd'hui, un grand pays plat, tristement coupé de chemins pierreux, nullement boisé, et s'ouvrant de distance en distance sur la mer, par des échappées couvertes de galets. Des marécages, quelques vignobles, en faisaient tout Tornement, si bien, qu'intendants et subdélégués, gémissaient à Tenvi et sans cesse, sur la pauvreté d'une région dont les fermiers semblaient aussi indigents que le paysage.

« La généralité de La Rochelle, écrit au ministre un des prédécesseurs immédiats deMontyon, a l'avantage de ne point avoir de montagnes, mais elle a, par cette même raison, l'inconvénient d'avoir peu de pentes, et d'être remplie de marais ; le peu de terres fortes qui s'y trouvent produisent abondamment, si elles n' éprouvent aucun accident, mais elles sont très sensibles à la pluie et à la gelée. Elles fournissent les meilleures eaux-devie du monde, sans d'ailleurs enrichir les habitants, car la culture de la vigne exige dix fois plus de bras que celle du blé. » Et le magistrat conclut qu'afin d'améliorer la situation économique du pays, il conviendrait d'y créer partout, pour les vins et les eaux-de-vie, des débouchés et des chemins '.

Dès le commencement de son administration, Montyon ^ donna ses soins à cette question des chemins et le premier travail qu'il réclama de son subdélégué général à La Rochelle, fut « une carte itinéraire de la province ». Il connut par elle que l'on pouvait peut-être améliorer les communications existantes, sans recourir à des ressources "extraordinaires et à l'aide des moyens les plus accessibles ; il entreprit de le démontrer aux subdélégués, et leur adressa une circulaire relative au meilleur parti à tirer des corvées. Malheureusement, la circulaire parvint dans l'Aunis, au moment même où les corvées commençaient de

1. Archives de la Charente-Inférieure, C. 240, v. aussi E. 225.

2. Il existe, dans l'Annuaire de la Charente-Inférieure pour 1876 une iuLéressante, mais trop courte notice, sur Monlyon intendant de laGénéral:lé de La Rochelle, par M. de Richemond, aI•chi^■iste départemental.

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devenir oniciellement impopulaires et peu de semaines avant l'arrivée de Turgot au contrôle j^énéral. On continua donc de ne recourir aux corvées qu'avec une sorte de dégoût, sans méthode aucune, par suite, sans bénéfice, et le relâchement introduit dans cette partie de l'administration amena les conséquences les plus fâcheuses comme les plus absurdes. Par exemple, on n'osait pas poursuivre les citoyens qui refusaient la corvée : on fermait les yeux sur leur délit ; il en résultait que seuls les citoyens laborieux et dociles à la loi soutenaient la charge de cet impôt.

Avec son beau courage d'autrefois, Montyon n'hésita pas à dénoncer un pareil abus, et c'est à Turgot lui-même qu'il s'adressa :

Monsieur, lui écril-il dans un mémoire entièrement i-édigé de sa main, j"ai déjà eu roccasion d'instruire le Conseil que le service des corvées n'était pas bien suivi dans la généralité de La Rochelle. Il est d'usage de faire mettre en prison quelques délinquants; mais le nombre de ces derniers est immense, la punition de la prison est bien rigoureuse, il en résulte ce qui suit toujours des opérations mal combinées, qu'une sévérilé excessive n'empAche pas le mal et les abus de subsister... Je sais quevous vous occupez, monsieur, de remédiera ces abus. Mais en attendant que le plan d'administration soit changé, il est bien injuste que le travail ne tombe que sur les gens honnêtes qui sont assez sots pour être pris ^ .

Et Montyon termine en proposant de remplacer la corvée par un abonnement en argent, pour toutes les personnes qui accepteraient de s'abonner. <( De la sorte, dit-il, l'égalité sera rétablie entre les corvéables, qui seront tous débiteurs de la même dette, et qu'on osera poursuivre pour une somme d'arg-ent, tandis qu'on n'ose même plus leur réclamer la corvée. »

Cette proposition mérita d'être approuvée par Turgot ; les subdélégués de l'intendant paraissent aussi l'avoir accueillie avec contentement et faveur. Mais les paroisses en usèrent tout autrement ; aucune n'accepta de se rédimer des corvées en

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