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.3. Portrait cité par M. Pierre de Ségur, dans son ouvrage, Le Hoyaume delà Hue Sut ni- Honoré.
1. Cette pièce, (jui appaitient aux Archives de IWssislance publique, est
A M. Vabhé de M. chargé de l'Eloge de M. de Maurepas.
Vous voulez que je vous aide à faire Téloge de M. de Maurepas : il m'a d'abord semblé que vous ne pouviez mieux vous adresser ; peu de gens l'ont connu davantage, personne ne le regrette plus sincèrement, mais j'ai bientôt senti que mon amitié qui jouissait si bien de lui, savait mieux le pleurer que le louer.
M. de Maurepas était infiniment bon et infiniment aimable ; j aurai lair de ne dire qu'une chose ridicule, si j'avance que c'était là peut-être ses seuls défauts ; ne voulant faire de mal à personne, il n'a pas empêché tout celui qu'il aurait pu; la supériorité n'est pas un moyen d'être aimable, il n'a pas visé à l'atteindre, il n'a même pas montré celle qu'il avait. 11 y a longtemps qu'on a dit qu'il n'y avait pas de grand homme pour son valet de chambre, cela doit être ; un grand homme, joue son rôle en public, il sen repose en particulier. M. de Maurepas n'était jamais en scène. Toujours philosophe et toujours gai, toujours spirituel et toujours aimable, il avait apporté cette amabilité dans les affaires, il travaillait utilement avec le roi qui croyait ne s'être qu'amusé avec lui.
Ministre avant d'être majeur, il passait dès ce temps pour être l'homme qui avait le plus d'esprit; à quatre-vingts ans il était encore ministre, et toujours l'homme qui avait le plus d'esprit. Sa mémoire était incroyable et suffisait à tout; il n'a jamais oublié la plus petite anecdote, à plus forte raison les choses importantes.
Sa gaieté était inaltérable, elle ne s'est pas démentie pendant vingt ans d'exil ; elle a résisté au poids des affaires de toute espèce ; charmant avec les particuliers, il les écoutait, se ressouvenait de tout ce qu'ils lui avaient dit, savait leir affaire mieux qu'eux; on sortait toujours content d'avec lui, il était bon et facile ; ne pouvant satisfaire tout le monde, il ne voulait mécontenter personne, son grand art
la seule pour laquelle nous nous soyons départi de la méthode indiquée dans notre Avant-Propos. Elle nest pas, en effet, de la main de Montyon, qui s'est contenté de la corriger. Mais la nature des corrections, certaines particularités de style, nous ont fait croire qu'il en était l'auteur. Si nous nous sommes trompé, non seulement nous reconnaîtrons notre erreur, mais nous remercierons la personne qui nous l'aura signalée. (^)uaot à l'abbé de M., c'est probablement un personnage fictif. L'éloge de Maurepas fut. en effet, prononcé, à f Académie des Sciences, par Condorcet, le 10 avril 1782 et à l'Académie des Inscriptions, par Dupuy, le 12 novembre de la même année.
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était de trouver des expédients, il éludait bien plus la difficulté qu'il ne la tranchait.
Le grand talent d'un ministre médiocre, c'est d'être inabordable, c'est de mettre la supériorité (jue lui donne le ministère à la place de celle qui lui manque, c'est d'abuser de la timidité du suppliant, c'est de profiter de l'ignorance où il est des affaires ou des formes. M. de Maurepas, jamais invisible et jamais de mauvaise humeur, mettait à l'aise, rassurait, consolait, apprenait son affaire à qui ne la savait pas et ne cachait que le moyen de la faire réussir, s'il la désapprouvait ; il entrait dans les raisons des particuliers : un arrangement de famille, un intérêt de cœur, une situation malheureuse, étaient les meilleures armes qu'on put avoir contre lui; on ne lui en taisait accroire sur rien ; mais en lui disant tout, sa bonté devenait votre plus sur moyen ; si jamais on lui a vu un peu d'humeur, c'est quand il ne pouvait réussir à vous faire obtenir ce que son cœur vous aurait accordé.
M. de Maurepas a passé pour indiscret, quand on l'a mal connu ; il avait dans la conversation un abandon charmant, mais il s'arrêtait au point juste : un homme d'esprit avait beaucoup à profiter à l'entendi'e, un espion n'y aurait rien gagné.
Je l'ai déjà dit, il était trop bon, il l'aurait été moins, s'il n'avait pas été rassuré par beaucoup de probité et d'esprit ; il était sur qu'il ne manquerait jamais à l'une et que l'autre ne lui manquerait jamais au besoin ; il ne craignait donc ni ce qu'on pouvait dire de lui, ni ce qu'on pouvait lui dire. 11 avait passé une journée à la foire et soupe à la Redoute chinoise : Beaumarchais, à qui il faisait quelques jours après compliment avec une bonté infinie sur ce qu'il trouvait le temps de tout voir, <>t de ce qu'au milieu de beaucoup d'occupations, il venait de faire une comédie qu'on disait charmante, lui répondit avec plus d'insolence que d'esprit, qu'il y travaillait quand les ministres étaient chez Nicolet. S'il y a beaucoup de ces traits-là dans votre pièce, reprit M. de Maurepas, elle réussira. Il fallait répondre ainsi ou le faire jeter par les fenêtres. Mais comme il répondait toujours bien il ne faisait jamais de mal.
J'ai eu cent fois une idée qui pourra vous paraître bien minutieuse, c'est de songer à la grande facilité et à l'étonnante flexibilité du caractère de M. de Maurepas, qui, pendant soixante ans de ministère, avait vu passer dans son cabinet les immenses perruques du siècle de Louis XIV et les jeunes gens si lestes de nos jours, n'avait été choqué de rien et avait été aimable pour tous ; quand il était jeune, c'était le règne des vieux, dans sa vieillesse, les jeunes gens étaient
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ridiculement à la mode; dans cette double position, tout autre aurait toujours été déplacé ; chaque époque parut être celle qui lui convenait le mieux ; par caractère et par philosophie, il tira parti de tout.
Les gens d'esprit pouvaient lui être agréables; ils ne lui étaient jamais nécessaires, il savait vivre de son propi'e fond, le désir d'avoir de l'esprit avec Voltaire, l'inutilité d'en montrera un sot, pouvaient changer sa manière, mais jamais sa gaieté.
Personne, je l'ai dit, n'avait la répartie plus à la main, personne n'avait plus le talent de converser, mais c'étaient des armes dont il ne faisait usage qu'à son corps défendant, il s'y refusait même;
De tous les sentiments, celui qui lui était le plus étranger était la haine; il a été persécuté, exilé, abandonné, trahi, et n'a jamais haï ; voilà ce que jai regretté dans son intimité, voilà même ce que personne n'ignore, mais il en est d'un grand homme comme d'une grande ville, les étrangers l'admirent, les habitants y sont heureux et gâtés, et les plus grands éloges qu'ils font de leur patrie, c'est de se trouver mal partit ailleurs. Tel je suis pour M. de Maurepas, telle sera toute la France: chacjue jour on sentira ce qu'on a perdu et il sera regretté même par ses ennemis.
Mais j'empiète sur vos droits ; l'histoire de ses deux ministèi'es, son désintéressement, son courage dans l'exil, la protection utile qu'il a accordée aux arts et aux sciences, la confiance qu'il a inspirée à l'Europe, la révolution qu'il opéra, sa politique sage et sûre, les événements qu'il a préparés sont assez connus du public et seront dignement célébrés par vous.
Je me contente de pleurer de ce qu'il n'en jouira pas : il a tout fait, d'autres en auraient la gloire, si vous n'aviez le courage de la lui assurer; personne n'en sera plus reconnaissant que moi, parce que personne ne lui était plus tendrement attaché.
Vous serez sûrement tenté, ainsi que moi, de parler de M""" de Maurepas; je vous avertis que je la connais assez pour être sûr que sa modeslie s'en offenserait ; ses amis font son plus bel éloge, elle a fait pendant soixante ans le bonheur, et je dirais presque si je ne craignais de lui déplaire, le courage deM.de Maurepas; il a toujours été heureux, son plus grand bonheur a peut-être été de la conserver jusqu'à sa fin ; oserons-nous faire ce que n'a pas fait la Providence, et devons-nous séparer de son éloge, celle qu'elle n'a pas séparé de sa vie?
Pas plus que lensemble du morceau, ces dernières lignes, coiicern int M"'' de Maurepas, n'étaient sous la plume de Mon-
lyon, une louange de pure forme ; il pensait ici, comme il écrivait. Quand M""^ de Maurepas ferma son salon, en 1782, il connut qu'il perdait la plus sûre et la plus précieuse de ses relations, et s'en ouvrit à M"'' de Créqui, dans un billet presque douloureux de ton; un peu plus tard, en 1788, quand il acheta, ainsi que nous l'avons vu, l'hôtel des Pontchartrain et des Maurepas, il mêla, pour ainsi dire, aux négociations une sorte de piété; sa rigueur d"homme dalîaires admit des tempéraments; pour la première fois, peut-être, il y eut dans les lettres qu'il écrivit à son notaire, autre chose que des ordres, des chiffres et des précisions.
Ceci nous amène à noter un nouveau trait de caractère, et non pas le moins inattendu. A cinquante ans, après trente années passées à la cour, dans le monde, ou dans l'administration, Alontyon dissimulait derrière son masque habituel de défiance et de retenue, une grande chaleur de cœur, et presque le don de l'enthousiasme. Chez cet homme de robe, aux lèvres minces et serrées, que nous trouvâmes et que nous trouverons toujours contracté, sur le qui-vive, et jaloux de son quant-à-soi, chez ce calculateur dont l'exactitude nous parut quelquefois exclusive de toute pitié, ily avait un coin de sentimental; Montyonsavait admirer, il savait aimer. Nous avons vu tout à l'heure quelle affection déférente il portait au vieux Maurepas : nous allons le voir maintenant se prendre d'un véritable engouement, pour une personne beaucoup moins digne de ses soins, nous voulons parler de M"* de Genlis.
Entre la rue de Grenelle, qu'ornait l'hôtel de Maurepas et le couvent de Belle-Chasse, à l'ombre duquel M™** de (ienlis avait affecté de se retirer, la traite n'était certes pas longue '. Mais elle eût sans doute effrayé notre Conseiller d'Etat lui-même, s"il l'avait mesurée d'après la grande distance morale qui séparait son amie d'hier. M'"*' de Maurepas, de sa nou-
1. L'hôtel de Maurepas, dont nous avons donné plus haut la description est situé au n° 75 de la rue de Grenelle. Le couvent de Belle-Chasse occupait de vastes terrains sur l'emplacement actuel des rues de Bellechasse et de Solferino. Démolie il y a quelques années, la maison qu'occupaient M"» de Genlis et ses élèves portait le n° 13 de la rue Saint-Dominique.
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velle amie, M'"'' de Genlis. Le cœur de la première ne renfermait rien que de pur et de bienfaisant: c'était la g-outte de rosée; l'esprit de la seconde ne se rappelait rien que de tumultueux et ne concevait rien que d'équivoque : c'était la goutte d'eau trouble. Le monde est ainsi fait pourtant, que vers 1780, le prestige de M"^"^ de Genlis avait à peine diminué ; on la chansonnait de loin, et sur quelles paroles! — mais on l'adulait de près, — et sur le ton de l'hyperbole. La ville lisait ses romans, le théâtre de la Cour représentait ses proverbes, les femmes s'effaçaient confiantes devant la nièce de M""' de Montesson, la maîtresse supposée du duc de Chartres, et le gouverneur officiel des enfants d'Orléans; les hommes, se rappelant complaisamment les charmes et la vivacité de l'ancienne Sillery, inclinaient vers une indulgence mêlée de regrets, acceptaient la prétendue conversion de la dame, comme on accepte l'irréparable, et trouvaient naturel qu'elle entreprit de restaurer les vieilles mœurs ou de prêcher la vertu.
Quoi de moins décent pourtant et quoi de plus factice que ces réunions de Belle-Chasse où il était réservé à Laclos de louer la pudeur, et où il appartenait à Philippe d'Orléans de vanter la bonne foi? Chez M'"*' de Maurepas, on se piquait, sans plus, de représenter une grande fidélité aux traditions, aux principes et aux préjugés de l'ancienne société; on négligeait de maltraiter les philosophes et les partisans de Necker : on les tenait dans un apparent oubli, on remplaçait la politique par le loto ou le cavagnole. Chez M'"'' de Genlis, au contraire, la guerre à VEncyclopédie avait fait lobjet de déclarations bruyantes; on ne se proposait rien moins que de réédifier ce gros ouvrage sur les doubles assises de la foi chrétienne et de la tradition nationale; la maitresse du logis devait concevoir les plans; à chaque familier, il appartenait de fournir une pierre. Et c'étaient des discours, des dissertations, des mémoires, dont la suite infinie se déroulait sans trêve, défiant tout bon sens, toute mesure, et compromettant les plus nobles causes à force d'affectation.
Il n'y avait pas jusqu'aux dehors, et aux circonstances extérieures qui ne fussent de nature à marquer ce salon d'un cachet ridicule. On sait que M""*^ de Genlis s'était installée à Belle-
Chasse, pour y diriger, dans la solitude et le calme conventuels, léducation des enfants du duc de Chartres; qu'elle avait encore entrepris de distraire et de fixer ce prince, volag'e entre tous ; que peut-être même, elle rêvait de réunir autour d'une aussi inconsistante personnalité, les éléments d'un parti politique. Dans ce triple dessein, elle s'adonnait tout le jour à sa besogne de gouverneur; le soir, à partir de 6 h. 1/2, elle recevait le duc, sa suite immédiate, quelques amis triés sur le volet de la pédanterie, et certes, si parfois un homme desprit se fourvoyait en un cercle si étroit, ce devait être pour lui un assaisonnement et un ragoût délicieux, de retrouver l'ancienne chanoinesseDucrest, la trop fameuse Sillery, parmi le clair obscur et le demi-silence d'un parloir monastique, où les hommes n'étaient jamais entrés avant elle, où ils ne pénétraient encore qu'avec l'escorte d'une religieuse aux pas feutrés et au voile rabattu, et d'où ils devaient partir avant dix heures du soir! ^
Montyon, qui possédait pourtant bien de l'esprit, ne semble pas avoir aperçu ce côté pittoresque des soirées de Belle-Chasse. Il parait au contraire s'être laissé prendre aux prêches, aux maximes, et même aux grâces surannées, de la maîtresse de maison; enlisant le portrait suivant, qu'il a tracé d'elle, le 18 janvier 1784, on se demande avec étonnement s'il ne faut pas le ranger, à côté d'un La Harpe ou d'un Lemierre, parmi ceux que fit tardivement soupirer cette princesse du genre ennuyeux.
Madame de Genlis, écrit-il, est d'une taille au-dessus de la médiocre, maigre, les yeux fort vifs, le visage très mobile, le corps très flexible, une grâce dans la figure inexprimable, de la gaieté, mais plus d'esprit encore, de belles dents, la figure la plus expressive.
Tous ses mouvements sont agréables, ses manières engageantes, caressantes... Sa parole est très simple et très étudiée, elle ne paraît vouloir négliger aucun moyen de plaire et de charmer. Quand elle est caressante, elle n'en est que plus séduisante. Son esprit est la partie
1. Sur les réceptions des dames Ducrest, rue Vivienne, voir Jacob- Nicolas Moreau, Mes souvenirs. Il est piquant de comparer cette relation avec celle que nous donnons des soirées de Belle-Cliasse, d'après les mémoires de Madame de Genlis elle-même.
d"elle-même sur laquelle elle a plus de prétentions et de titres, elles a plus d'esprit que la plupart des femmes, mais c'est encore une femme ; elle a moins dimagination, moins de fantaisie, mais plus de régularité, moins de langueur que Madame de G. ', moins de force et d'énergie que Madame de C. ^, mais au lieu de l'âcreté, de la -sécheresse, de la stérilité, qui caractérisent cette dernière, elle a de l'agrément, de la douceur, de l'intérêt ; moins de mesure, moins d'apprêt et d'intentions que Madame N. ^, mais plus d'agilité et de grâce.
Elle est agréable, sans être belle, caressante, sans être flagorneuse, gaie, sans être folle, raisonneuse, sans être ennuyeuse, primesautière de gestes et de mines, et le mouvement qu'elle donne à son visage peut être suspect de n'être pas natui'el ; cependant on ne peut pas dire qu'elle soit affectée ni minaudière, elle est sur la limite de ces défauts, mais ne les a pas.
Hobbes a connu l'être dans l'état de nature, Locke a vu l'état de société, Pascal a su approfondir les affections, Buffon a vu l'homme physique, Crébillon le fils a vu les ruelles... Dans une chambre, elle a peint la société, personne avant elle ne l'avait peinte, les personnes qui y sont ne l'examinent pas ou ne sont pas en état de la voir, et sont encore moins en état de la peindre. Elle seule l'a peinte, et c'est le résultat d'une étude longue, car depuis qu'elle a été dans le monde, elle a obtenu un crédit sur la société.
Elle conte avec beaucoup d'agrément. Elle peint très bien les personnages, les choses et les événements.
Elle voit les ridicules avec finesse, mais ne cherche pas à les voir plus que les bonnes qualités.
Elle a plus d'effort que de force, mais le résultat de son travail est très bon ; cependant on peut sentir avec un peu de réflexion quel est l'instrument qui le produit.
Ses livres admirés et critiqués ont le grand mérite des livres : ils se font lire, ils font réfléchir et sentir. Comme auteur, c'est une femme fort au-dessus de toutes les autres, elle a profondément réfléchi sur les devoirs et elle a eu de bons conseils.
Elle fait un métier extraordinaire ^, mais justifie la bizarrerie de sa condition par le succès.
1. 11 s'agit apparemment de M""* de Giac, dont nous parlerons un peu phis bas.
2. Il s'agit ici de M°" de Créqui, dont nous raconterons tout à llieure les relations avec Montyon.