I.l-; CIIANCKI.IKR Dl COMTE D ARTOrS
Cette lettre paraît être restée sans réponse, et ainsi se termine le deuxième épisode de ce qu'on pourrait appeler la campagne de Montyon contre Necker.
Jusqu'à présent, comme on le voit, Montyon ne s'est pas découvert ; il a combattu à distance, prudemment, sans bruil ni éclat '. Mais des circonstances dont il n'est pas le maître vont maintenant le jeter dans une opposition déclarée, au bout de laquelle il n'y aura plus pour lui d'autre alternative que la disgrâce ou l'exil, presque la fuite.
Ce fut dabord la décision, désormais hautement avouée par le comte d'Artois, de prendre la tête du mouvement contrerévolutionnaire et de se constituer le « patron de la noblesse ^ »; du même coup, son impopularité augmenta, mais plus le flot des injures et des menaces montait vers lui, plus il se confirmait dans son dessein de braver, à la fois, le roi, les ministres et la bourgeoisie; le IG août 1787, au lendemain de l'exil du Parlement à Troyes, il voulut porter lui-même à la chambre des Comptes et à la cour des Aides le fameux édit du timbre, que le Parlement avait refusé d'enregistrer; entendant les huées de la foule, il souriait -^ : aux conseilleurs de modération, il répondait par des pointes. Comment donc Montyon aurait-il pris licence de ne pas suivre, ou de ne suivre qu'à distance, un maître aussi aventureux ?
Encore quelques mois d'ailleurs, et la deuxième assemblée des notables, celle de 1788, va réunir le prince et son chancelier, non plus dans une collaboration discrète, mais dans une entente publique et officielle. On connaît généralement les points de ressemblance entre cette assemblée et celle de 1787 : toutes
1. Il y a même un passage des Ohservntions sur les Assenil)lées provinciales, où l'auteur fait lôlofje de Necker: « Quand M. Xecker, dit-il, ii<' serait pas une des plus fortes tètes qui aient paru dans l'aduiinislralion, il serait respectable par ses sentiments nobles et élevés, par son ami ur pour l'humanité, par son zèle, peut-être même par ses défauts, dort li' principe est ime forte passion pour la j^loire. »