‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 127 sur 224 · Jorresponrliince secrète, 28 février 17K · texte numérisé non relu

Jorresponrliince secrète, 28 février 17K

.3. Bachaumont. Mémoires secrets, t. XXXVI, p. 25.

212 CHAPITRK VII

deux ont la même composition, toutes deux sont réunies à titre consultatif, toutes deux annoncent et préparent la convocation prochaine des Etats généraux. Les historiens paraissent avoir moins bien dégagé les différences qui séparent la première réunion de la seconde, et qui sont pourtant intéressantes.

En 1787, l'objet de la convocation était assez vague ' ; il s'agissait, pour Galonné, de placer les notables en face du déficit, et de les inviter à découvrir ou sanctionner certains moyens de le combler ; Galonné comptait - que ces représentants de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie fortunée, immoleraient d'eux-mêmes les intérêts de leur ordre respectif, sur l'autel du loyalisme, et qu'ils approuveraient la création d'un impôt général, égalitaire, capable par suite de remplir un trésor qui n'avait plus de royal que l'appellation. L'attente du ministre fut trompée; les notables de 1787, réunis au mois de février, ne firent rien que d'inutile ; ils furent renvoyés le "26 mai parLoménie de Brienne, sans avoir form ulé un seul a^'is pratique ■' ; accueillis à leur arrivée dans Versailles par des acclamations et des paroles d'espoir, ils repartirent, escortés ou suivis de railleurs et de clabauds ',

1. Le procès-verbal porte que les notables sont réunis en vue de « connaître les vues que se propose le roi pour le soulagement de son peuple, l'ordre de ses finances, et la réformalion de plusievu's abus «. {Procès-verhttl de iasseinhlée des notables, tenue à Versailles en l'année 1787, Paris, De riniprimerie ro yale, 1788.)

2. Sur le plan de Galonné, généralement fort mal connu, voir Louis Blanc, au tome I de son Histoire de la Révolution française. C'est le seul historien de cette révolution qui ait compris l'importance primordiale des ((uestions financières et qui ait essayé de les approfondir. Pour cela il s'est d'ailleurs servi de Monlyon, dont il a lu les Particularités et qu'il cite assez Souvent.

.'$. Sur la première assemblée des Notables, voir le Procès-verbal, déjà cité, la (Correspondance secrète, passim, les Mémoires de Bachaumonl.

1. Augeard, l'auteur présumé de la Correspondance secrète, n'hésite pas, au début de l'année 1787, à décorer l'assemblée des Notables des noms (lAssenihlée nationale, de diète, de congrès : il y voit un prélude au nouvel âgû d'or. Mais dès le 26 février, il écrit : » Le clergé jette des cris impuissants, les autres ordres préparent des réflexions stériles », et il note le 26 riiai : <■ Les notables sont congédiés, et vont retourner chez eu.\, laissant les choses à peu près dans le même état où elles étaient. » Vevs la même époque. Madame de Sabran écrivait au chevalier de Boufflcrs (Correspondance publiée par E. de Magnien et H. Pral) : <• Je ne crois pas que, dans le siècle où nous sommes, il y ait quelques notables qui voulussent se hasariler à faire les Romains, le théâtre serait mal choisi et ce n'est pas

LE CIIANCKI.IEK Df COMTK DAUIOIS 2l'.i

Au contraire, l'assemblée de 1788 fui réunie par Necker, en vue d'un objet unique et parfaitement déterminé, qui était d'étudier le meilleur mode de convocation des Etals j^énéraux. Elle travailla beaucoup et consciencieusement; elle fournil une consultation nette sur la question qui lui était posée, et si le gouvernement de Louis XVI ne crut pas devoir suivre ses conseils, cela n'ôte rien ni à leur intérêt, ni à leur portée. En 1787, il v eut donc imprécision, paresse et stérilité ; en 1788, il V eut une étude définie, conduite avec méthode, et dont les conclusions furent catég^oriques '. Nous allons voir que Montyon ne fut point le moindre artisan d'un tel résultat.

11 n'avait pas fait partie de l'assemblée de 1787; on pourrait par conséquent s'étonner de le rencontrer dans celle de 1788, qui devait présenter la même composition que sa devancière. Mais il y remplaça l'un des membres décédés pendant l'intervalle des deux réunions, et le 6 novembre 1788, ce ne fut pas avec une mince fierté, qu'il prit séance, dans la salle des Menus, parmi les représentants du Conseil du roi, «sur le premier banc, qui tenait la droite, un peu en arrière du trône ».

Aussitôt terminée l'interminable série des compliments d'usaj^e, l'assemblée se divisa en sept bureaux, présidés chacun par un prince du sang. Montyon fut naturellement compris, dans le deuxième bureau, que j^résidait le comte d'Artois, et tout de suite, soit que ce dernier l'eût désigné à leur choix, soit que ses collègues eussent aperçu le parti à tirer de son ardeur, de son goût pour les dignités, de sa prodigieuse activité, ils le nommèrent « commissaire » et «rapporteur ». Au premier titre, il représentait le bureau, dans les comités réunis chez le comte de Provence, pour arrêter la méthode générale de travail, et régler le cas échéant, ce que nous appellerions aujourd'hui les incidents de séance. Au second titre, il rédigea le rapport présenté par le deuxième bureau à l'assemblée crénérale.

à la cour que Ion peut voir l'intérêt particulier céder à l'intérêt f,'éuéral. » La même rap|)orte aussi qu'au mois de mai 17H7, une marchande du Palais Royal vendit dans l'instant tous ses mayols, en les appelant des notubles. 1. Voir sur tous ces points et sur ce qui suit, Procès-r<irhdl de l'assemblée des Xutubles tenue à Versailles, en l'année }7/iii. Paris, de l'Imprimerie royale, }7f>9.

Ce document prétend répondre, point par point, à toutes les questions, de détail que supposait le programme établi par Necker et soumis à rassemblée. Mais de même que le programme du ministre tenait tout entier, à ses propres yeux, dans l'idée de la double représentation du Tiers, aux Etats généraux, de même peut-on dire que toute la réponse de Montyon lient dans la proposition suivante : " Ce serait une folie, presque un crime, que d'accorder au Tiers la supériorité du nombre des voix : tant vaudrait décréter par avance la révolution et la faire tenir en quatre mots. » Et l'auteur d'invoquerà l'appui de son opinion <( le respect religieux que l'on doit aux usages », les dangers «de la fermentation et du tumulte, inséparables des grandes assemblées », la crainte que méritent d inspirer « certaines têtes bouillantes », nombreuses parmi le Tiers Etat, et « dont l'effervescence est d'une communication si facile et si funeste », etc., etc.

Les conclusions du rapporteur furent adoptées, dans le deuxième bureau, par seize voix contre huit; des conclusions semblables triomphèrent dans tous les autres bureaux, sauf le premier ' ; si bien qu'à une énorme majorité, l'assemblée des notables se prononça contre la double représentation du tiers.

Aussitôt après, ses membres se séparèrent ; leur réunion n"avait jamais fait naître les espérances qu'éveilla celle de 1787 ; dès le 9 novembre, c'est-à-dire, dans les trois jours qui suivirent la séance d'ouverture, l'opinion s'était répandue que le tiers u figurait assez mal », au regard des représentants de la noblesse et du clergé. On avait ajouté que «la robe s'étant réunie à ces deux derniers ordres, M. Necker était seul pour le peuple - » .

Necker ne manqua pas d'entretenir et d'exploiter cette impopularité ; il y réussit, à la fois, auprès du Roi et auprès des

1. Gétait celui que présidait Monsieur, comte de Provence. Le principe de la double représentation du Tiers y triompha à une voix de majorité. On a écrit souvent, que cette voix fut celle du prince. A notre connaissance, rien ne le prouve en dehors d'un passage assez vague de la Correspondance secrète '2.3 novembre 1788). Toutefois, il y a un fait qui tend à confirmer la tradition sur ce point : le comte de Provence fut le seul prince du sanj? qui refusa de signer le Mémoire des princes.

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