‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 130 sur 224 · V. plus haut ch. vi · texte numérisé non relu

V. plus haut ch. vi

2. Archives nationales, F'. 603 i el Archives de V Assistance Publique.

220 CHAPITRE Vil

d'Artois, pour croire à la légende qui nous le représente timide et effrayé dans le moment où Louis XVI lui offre les sceaux' ; tout porte à supposer au contraire que s'il lui eût été donné de siéger sur les fleurs de lys, sa joie fût devenue apoplectique ^ et son courag-e surhumain. Veut-on savoir d'ailleurs à quoi Montyon employait une partie de ses loisirs, pendant le temps qu'il passait au château? Il faisait le solliciteur, il rédigeait des plaidoyers pro domo; « plus courtisan que jamais », il implorait, au grand scandale de sa médisante amie, M"'"^ de Créqui, ces menues faveurs d'antichambre et « ces glorioles qui laissent le cœur aussi vide qu'elles le trouvent^ ». Le 11 juin 1781, sur l'intervention de Maurepas, et du g"arde des sceaux, jNIiromesnil, il obtient ainsi d'entrer au titre de conseiller « surnuméraire » au Conseil royal du commerce ' ; peu après on lui

1. Alissan de Chazet, M. Labour, M. Aloys de Molin, dans leurs ouvrages respectifs, ont donne créance à cette léf^ende, que chacun d'eux rapporte d'ailleurs en termes différents. Pour nous, les origines en demeurent inconnues, les preuves inexistantes, et la vraisemblance nulle. Est-il besoin d'ajouter que les papiers dans lesquels Montyon avait rassemblé certains éléments de son ciirriculiim vitse, ne renferment aucune indication à ce sujet? On y trouve pourtant, à tous moments, l'cnumération des titres qui faisaient de lui un candidat aux « grandes places ». — Une hypothèse plausible consisterait à supposer que la légende est simplement fausse, en ce qui touche la désignation du ministère que Louis XV^I aurait offert à Montyon : ce ministère ne serait pas celui delà justice, mais celui des finances. \'oici, en effet, ce qu'on lit en note, à la p. 302, des Particularités sur les ministères des finances : Avant de confier les finances à M. de Fourqueux, (( le roi avait jeté les yeux sur un homme très honnête, qui, dans une place qui n'était pas étrangère à l'administration, mais l'était absolument aux finances, avait acquis de la considération ; il s'était rendu justice sur son inaptitude au contrôle général, et s'était refusé à l'offre qui lui en avait été faite ». Cet homme si honnête, si judicieu.x et si modeste à la fois, pourrait bien être Montyon lui-même ; d'autant que l'anecdote se rapporte à l'année 1787. telle celle qui parait chère aux biographes précités. Néanmoins, on doit remar(iuer qu'elle s'accorde mal avec une affirmation très fréquente sous la plume de Montyon et qui se résume ainsi : « Je me suis toujours occupé de finances. »

2. Le trait est de M"'* de Créqui : « J'ai eu peur que M. de Monthyon ne tombât en apoplexie ; savez-vous qu'il a la place de M. de Villedeuil au Conseil roval ? Il en est comblé. » Lettre à Sénac de Meilhan, du /•"■ aoiil 17 fis.

3. M""* de Créqui, Lettres à Sénac de Meilhan, du 7 décembre 1787 et du 1" août 17H8.

4. Voilà le billet que lui écrivait, à ce sujet, le successeur de Necker au contrôle général, Joly de Fleury : « Lundi 17 juin 1781.

« Je vous annonce avec une grande satisfaction. Monsieur et cher confrère, que le roya bien voulu vous accorder la place de conseiller au Conseil royal du commerce surnuméraire que j'avais l'honneur d'y occuper : elle

accorde un logement à Versailles ; au mois de juin 1788, il remplace dans le Conseil royal des finances, son ancien collègue, Laurent de V'illedeuil, devenu directeur des finances, dans le ministère de Loménie * ; la même année, le 3 novembre, on l'honore d'un nouvel appartement, plus confortable que l'ancien, et ce fut probablement avec une émotion vraie cfu'il en alla luimême quérir la clef « chez \N[. de Bouchemar, concierge du château - ».

ne vous procurera point d'appointement et vous m'avez dit que vous n'en demandiez pas. je suis trop heureux davoir pu vous donner cette preuve de notre ancienne amitié.

« Joly DE Flei'rv. »

C'est à M. de Maurepas et à M. le Garde des Sceaux que vous devez remerciements.

On lit aussi, dans la Gazelle de France, du 15 juin 1781 :

» Le 10 de ce mois, le sieur de Monthion, conseiller d'Etat et chancelier de Monseig^neur comte dArtois, a aussi eu l'honneur d'être présenté au roi par le sieur Joly de Fleury, ministre d'État, et de faire ses remerciements à Sa Majesté pour la place de conseiller d'Etat au Conseil royal de commerce à laquelle le roi l'a nommé. »

Page 1