Madame de Créqui, toc. cit
2. Voici le billet que lui écrit à ce sujet le duc de Noailles, gouverneur des résidences et capitaine des chasses :
« A Versailles le 3 novembre 1788.
« J'ai l'honneur de vous prévenir Monsieur, que le Roi a bien voulu vous accorder le logement de M. de Sauvigny, Conseiller d'Etat: vous en ferez prendre la clef chez M. de Bouchemar, concierge du château.
« Je suis bien aise de vous avoir donné, dans cette occasion, une preuve des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être bien sincèrement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Noailles. »
Avant d'obtenir le logement de M. de Sauvigny, Montyon avait déjà le succès d'habiter quelqu'un de ces « nids à rats », si nombreux, même dans l'ancien \'ersailles. mais » pour la jouissance desquels tout bon courtisan eût versé quelques pintes de son sang». Témoin, cette pièce qui est de 1785 :
« J'ai reçu de M. de Montyon la somme de seize livres dix sols, pour le vitrage en ver {sic, blanc d'une croisée en son appartement, au château.
« A Versailles, ce 22 août 1785. Signé : Lateal. pour M' Gérard. »
On lit en marge de la main de Montyon : donné douze sols pour boire au garçon ce 28 août. — Et, plus bas, de la main du fournissein- : le mémoire ei-contre a été réduit à quinze livres le -2^ août par M. de Montyon.
Enfin au moment de son entrée en fonctions auprès du comte d'Artois, Montyon venait à V^ersaillcs presque tous les jours, remplir son oflicc auprès du prince : mais n'ayant pas encore mérité un logement au château. il couchait à l'auberge ; témoin encore la note suivante : <illeçu de M. de Montyon, chancelier de Monseigneur le comte d'Artois, la somme de si\ livres pour sa chambre, et celle de deux livres huit sols pour son diné, Versailles le 3 juin 17S2. Signé : Golrnay, traiteur. »
Parfois, au reste, son goût pour les comptes exacts, son humeur quelque peu contentieuse, l'inclinaient à rechercher des satisfactions moins honorifiques, des récompenses plus matérielles : il glissait alors inconsciemment sur la pente de la mesquinerie, et Ton voyait cet homme d'esprit s'abaissant aux petites réclamations d'un employé besogneux. Le 16 octobre 1783, il essuie les refus du contrôleur général d'Ormesson, auquel il a demandé que ses serv^ices de « surnuméraire » au Conseil Royal du commerce 'fussent rémunérés en argent '. A la date du 27 août 1789, nous trouvons écrit de sa main, ce brouillon de lettre au garde des sceaux, l'archevêque de Cicé : c'est presque, comme on va voir, le mémoire d'un créancier, qui réclame son dû et qui ne tient compte ni des circonstances, ni de la personne du débiteur :
Lettre de M. de Montyon à Mgr V archevêque de Bordeaux, le 91 août nS9.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre par laquelle vous me faites l'honneur de me mander que le Roy supprime les Conseils de finances et du Commerce et les réunit au Conseil d'Etat, et que Sa Majesté me conserve le traitement qui m'était attribué comme membre du Conseil des finances et du commerce, mais que les circonstances ne permettent pas de m'appeler quand à présent dans son Conseil ; permettez-moi de vous faire quelques observations sur le traitement que j'éprouve.
Après avoir travaillé toute sa vie, il est triste de perdre le seul fruit qu'on ait recueilli de ses services, mais il est encore des cir-
l. A défaut de la demande de Montyon, que nous n'avons pas retrouvée, voici la réponse de d'Ormesson :
Fontainebleau, le 16 octobre 1783.
« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vousm'avez fait l'honneur de mécrirc le 13. Le décès de M. de La Galaisière ne fait point vaquer d'appointcnient au Conseil du Commerce, il n'en avait point. Je connais vos droits, comme le plus ancien surnuméraire dans ce conseil, pour le premier traitement vacant, et je vous prie de compter sur mon attention à mettre alors votre demande et vos titres sous les yeux de Sa Majesté. »
constances qui vous sont inconnues et rendent cet événement plus fâcheux pour moi .
Je me suis toute ma vie occupé de finance et de commerce, j'ai eu pour guides dans cette étude les hommes démon état qui ont eu le plus de réputation. Soit par cette considération, soit par quelque autre, j'ai été appelé, en 1781, au Conseil de commerce qu'on voulait alors remettre en activité; dans le ministère de M. l'Archevêque de Sens \ ce Conseil a été supprimé, on m'a donné pour indemnité une place dans le Comité Contentieux des finances, peu de temps après une place ayant vaqué dans le Conseil de finance ^ et du commerce, j'ai été remplacé; j'avais offert de moi-même de remettre le Comité Contentieux des finances, mais il m'a été observé que, par un nouveau règlement du Conseil, la place au Conseil de finances donnait entrée à la Grande direction el au Bureau du commerce, n'y donnait point d'appointement, mais n'en privait point quand on avait ces places à d'autres titres. On avait disposé de ces places, on m'a offert de révoquer ma nomination ; j'ai senti ce que serait un refus dicté par un intérêt pécuniaire et j'ai pris le seul parti qui me restAt à prendre : je n'ai conservé que les deux mille cinq cents livres attribuées aux Conseillers d'État de la grande direction pendant leur vie. Ma place à la grande direction et au bureau du commerce ont été données avec les appointements qui y étaient attachés ; ce traitement était sans exemple au Conseil, et je sais que plusieurs de mes confrères ont dit qu'ils n'avaient pas voulu s'y soumettre. Aujourd'hui, me voilà: 1° privé de mes fonctions les plus intéressantes ; 2° dégradé, puisque je n'ai pas même les fonctions que j'avais avant d'être replacé dans le Conseil des finances, et qui appartiennent à l'ancienneté dans le Conseil ; 3° ayant fait le sacrifice d'appointements supérieurs pour ne rien obtenir ; 4° pour les appointements qui me restent, ayant des appointements de retraite dont le payement peut être considéré comme moins assuré que ceux d'un titulaire.
Mille pardons. Monseigneur, de ces ennuyeux détails, mais ils étaient nécessaires, pour vous faire connaître ma situation.
Je ne dissimule pas que dans une révolution telle que celle qui s'opère, les intérêts particuliers doivent être sacrifiés, et même une