‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 132 sur 224 · Loménie de Brienne · texte numérisé non relu

Loménie de Brienne

2. Sur ce comité créé par Necker, et qui constituait un tribunal administratif, compétent en matière de réclamations provoquées par l'assiette ou la levée deriinpôt, voii' le Compte Rendu, p. 58.

justice exacte ne peut pas être consultée; mais il me semble que rien n'obligeait à ce traitement rigoureux envers moi. Depuis que Sa Majesté a jugé à propos de prendre un parti contraire à mon opinion personnelle, qui était l'opinion du plus grand nombre des notables, on ne peut m'objecter ni une action, ni un écrit, ni une parole, qui ait attaqué les opinions reçues. J'ai cru, Monseigneur, me devoir à moi-même ce compte de ma conduite et de ma situation du reste, je m'en rapporte entièrement à votre équité, et aux sentiments dont vous avez paru m'honorer. Je dois vous observer que le titre de premier Conseiller du Conseil de Chancellerie me donne des droits particuliers à vos bontés.

Quelques lignes de cette lettre fournissent, peut-être, une partie de 1 explication que nous cherchons : ce sont celles où Montyon s'accuse d'avoir ouvertement contrarié les desseins du gouvernement de Louis XVI, dans l'assemblée des notables de 1788. Apparemment, il y avait là de quoi l'éloigner pour jamais du ministère, et, si Necker, qui souffrait mal la contradiction, ne fît pas renvoyer de la cour cet impertinent critique, c'est peut-être, tout simplement, parce que Montyon avait pris les devants, en quittant Versailles et Paris, le 23 juillet.

Mais il faut bien convenir que le malentendu n'était pas seulement ici entre Montyon et le ministre de Louis XVI ; il était encore, entre Montyon et son époque. Vers 1782, c'est-à-dire au moment où il atteignait la cinquantaine, Montyon ne semblait déjà plus de son temps ; il datait, comme on dit aujourd'hui, il datait, à la fois, naturellement et de parti pris, et ce fut là, selon nous, la principale cause de ses échecs. Sans doute, nous le vîmes, faisant des concessions à la décence, à lurbanité, poussant l'esprit de politesse jusquà vouloir que son habit ou son train de maison fussent tout à fait irréprochables. Mais, en son par-dedans, il était resté le même : un magistral et un administrateur de la vieille école, irréductiblement attaché aux principes de V « ancien conseil du roi », grand louangeur du passé, critique acerbe d'un siècle et d'un milieu auxquels il put se prêter, mais auxquels il ne voulut jamais se livrer. Ses maladies, ses déboires administratifs ou politiques, ses observations quotidiennes l'enfonçaient encore davantage dans

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une humeur que Ton voudrait parfois moins chagrine, et Tendurcissaient dans des sentiments que Ton voudrait plus flexibles ; tant il y a que, si nous A'oulons bien connaître les causes de l'insuccès relatif qui accabla Montyon, il nous faut insister d'abord sur sa complexion naturelle et l'état de sa santé, ensuite sur sa tournure d'esprit et les maximes qu'il avait adoptées.

Jamais la santé de Montyon n'avait été bonne, et ceux-là sont vraiment mal informés qui lui ont découvert une « robuste » constitution '. Dès 1773, il souffrait «d'accidents de poitrine » et de crachements de sang-, dont il prit d'ailleurs prétexte pour expliquer, aux yeux du public, son passage de l'intendance d'Auvergne dans celle de Provence. En 1783, diverses indispositions vinrent lui rappeler cruellement ce passé pathologique, et il prit peur de ce qu'on appelait \a pulmonie des vieillards. Préoccupé d'éclaircir lui-même son cas, autodidacte jusque dans le lit, le voilà donc qui entreprend l'étude de cette maladie, et qui copie ou annote de sa main, ce qu'écrivent làdessus anciens et modernes. Tantôt, ce sont des étiologies remontant à Aristote en personne, et tantôt c'est la « consultation donnée par M. Fagon, au chevet de l'illustre M. Bayle, le •27 décembre 1706 ». Il faut lire cette prose, d'ailleurs pleine de saveur, et dont Montyon se nourrissait, à ses heures de souffrance physique, pour bien pénétrer l'état de son esprit, et la profondeur de sa mélancolie :

On ne peut apprendre sans douleur, avait écrit Fagon, que lindifférence pour la vie ait engagé l'illustre M. Bayle à négliger les progrès d'une maladie dont les moindres établissements sont formidables, la /JuZmon je, dont le nom convient au poumon flétri ou ulcéré.

Puis, après un début si formidable, lui aussi, après une ordonnance qui comportait, entre autres rafilnements, certaine (< boisson préparée avec la râpure de corne de cerf, renflée lentement dans un peu d'eau, sur les cendres chaudes, cl

1. Aloys de Molin, Les procès de M. de Montyon dans le cunlon de Vaud, p."9 et 83.

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