Testament
2. Nous ne connaissons qu'un fait à l'appui de l'interprétation qui consiste à voir dans l'institution des prix de vertu une sorte d'effet de la mode. M. A. Mauger, ancien archiviste de l'Assistance Publique, à Paris, et qui est très versé dans l'histoire de la maçonnerie en F'rance, nous a affirme qu'il avait eu la preuve de l'affiliation de Montyon. Celui-ci auraitfait, tour à tour, partie de trois loges : les Neuf Sœurs et le Contrat social, avant la Révolution, VIsis devenue depuis Isis-Monthyon , en 1817. Le fait n'a rien de surprenant, étant donné l'engouement dont la maçonnerie fut l'objet entre 1775 et 1789, parmi les gens de cour et les gens du monde ; mais il est intéressant de le rapprocher des lignes suivantes, que nous tirons de Mercier : « Les francs-maçons ne sont pas persécutés, ils mangent, boivent ensemble, font de la musique, lisent des vers ou de la prose ; la loge des Neuf Sœurs s'est distinguée par des fêtes brillantes qu'on pourrait regarder encore comme des séances académiques, le charme de la littérature en faisant le principal agrément... Plusieurs loges joignent à leurs travaux la pratique de la bienfaisance, et on a honoré publiquement une pauvre fruitière qui, ayant onze enfants, en avait adopté un douzième, avec le sentiment de la tendresse et le courage de la charité. Cette récompense de la vertu sans faste a été imaginée par les francs-maçons: ils s'amusent et ils sont charitables. » [Tah. de Paris, t. VII.)
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et ses adeptes, que la vertu fût plus spontanée et plus commune chez les humbles ou les pauvres : il a simplement noté que les vertus populaires demeuraient ignorées, et il a demandé qu'on « les tirât de robscurité ». De métaphysique, en tout cela, pas un mot; de prétentions à philosopher, pas une trace.
Qu'a donc voulu Montyon, et comment faut-il expliquer la plus célèbre de ses démarches ? Consciemment ou inconsciemment, il a certainement tendu, tout d'abord, à se faire connaître de TAcadémie française, un peu plus qu'il n'y avait réussi jusqu'à présent. 11 estimait <■< que tout citoyen doit s'honorer d'être admis dans une classe d'hommes qui est à la tête des autres, dans la sphère de la pensée ' », et le désir où il était d'entrer dans l'illustre compagnie, ne saurait plus nous étonner quand nous le voyons tirer vanité d'un modeste accessit, remporté en 1777, au concours d'éloquence, par son éloge de Michel de l'Hospital ^, ou quand nous repassons avec lui la liste de ses fondations, dont chacune était, à n'en pas douter, un nouveau travail d'approche '. Au surplus, pourquoi n'aurait-il pas été de