‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 15 sur 224 · Archives de Seine-et-Marne, E · texte numérisé non relu

Archives de Seine-et-Marne, E

2. Compte que rend le sieur Jean-Guillaume W'ol/' ii Messire Antoine- Jean-Baptixte-Hoberl Augel, (Jhevalier, baron, seigneur de Monthion de la recelte etdépense quil a faite pour lui en (lualilé de son tuteur nnéraire, depuis l'année 1741 jusques et y compris Cannée I7'>6. Archives de l'Assistance Publique.,

Nous citeruns souvent ce document, mais pour plus de brièveté, nous l'indic|uerons désormais sous la rubrique: Compte de tutelle.

.{. (Jomple rendu de la recette et dépense faite tant du vivant de lu dame Pajot du Bouchet et par ses ordres quedepuis son décès, par Jean-Guillaume Wolf. (Archives de l'Assistance Publique.)

avait écrit : « Fait dépense de la somme de cent trois livres payée au sieur Mouton, orfèvre dWrcis, pour rechange du calice de l'église, suivant Tordre de la dite dame du Bouchet. » C'est qu'en etTet, les Pajot et les Auget étaient pieux et aumôniers ; à la différence du plus grand nombre de leurs contemporains, ils semblent avoir traversé toute la première partie du xvni® siècle, sans qu'aucun deux ait connu le libertinage. Les plus fervents s'étaient faits d'Kglise, celui-ci prieur de l'abbaye du Rouget, celle-là religieuse de Chelles ' . Les autres ne s'étaient pas contentés de pratiquer la religion dans laquelle ils étaient nés ; ils avaient assumé le soin de la protéger et d'en assurer le culte, dans les paroisses dont ils étaient seigneurs ; « le 13 janvier 1740 -, messire Jean-Baptiste-Robert Auget, en raison du grand nombre d'habitants de la paroisse de Monthion, fait don à la fabrique et communauté de la dite paroisse, de cent vingt livres de rentes, à prendre sur les aides et gabelles, pour la fondation dune messe, les dimanches et fêtes, depuis Pâques jusqu'au mois de décembre : la messe sera dite par un prêtre séculier ou religieux, choisi et nommé par le seigneur de Monthion ou ses successeurs ; elle sera dite à l'église ou à la chapelle du château ». Il n'est pas un testament, émanant d'un des ancêtres de Monlyon qui ne contienne quelque disposition semblable ; de même, il n'en est pas un, dans lequel les fondations pieuses ne soient immédiatement précédées ou suivies de fondations charitables.

A l'exemple de ce Nicolas de Gardane, dont nous avons cité plus haut les sages paroles, touchant l'économie, les Auget ont véritablement considéré l'aumône comme la rançon de leur fortune, et comme u un devoir que Dieu nous impose en nous donnant beaucoup de biens •* ». Tous, les uns après les autres, ils ont exprimé ce sentiment en des termes simples, naïfs, presque incorrects : mais, leur accent est tellement sincère, qu'en cher-

1. Ini-enliiireel purlaye des biens de l.i succession de PaulAugel. prieur du Rouget, 1693. {Archivesde l Assistance Puhliciue.)

2. Mémoire concernant l'élahlissement diin vicaire ù Monthyon. 1788. {Archives de i Assistance Publique.)

à. Ch.de Ribbc, loc . cil.

chant à s'humilier, ils ont parfois rencontré la grandeur et la beauté. Nous n'en voulons d'autre preuve que cet exorde au testament de Jean Auget : « Prosterné aux pieds de mon Dieu, Tesprit pénétré de douleur de Tavoir offensé, j'implore ses grandes miséricordes, et je le prie de me pardonner mes péchés et de me sauver par sa bonté infinie. Je prie Madame Auget de me taire inhumer avec peu de cérémonie ; elle a des exemples de cette modestie. Je prie Madame Auget de donner sur mes biens aux pauvres de Saint-Jean-en-Grève, cent livres, une fois payé, et cent livresaux pauvres deMonthion, une fois payé ' — »

Arrivent ensuite les dispositions en faveur des proches, des amis, des serviteurs : chacun vient à son rang, nul n'est oublié : on dirait qu'à l'heure de la mort, Jean Auget a voulu se faire tout à tous, rendre intégralement en bienfaits et en dons, ce qu'il avait reçu de la fortune et des hommes, en richesses, en privilèges et en services ...

Amour des places, vanité des titres, attachement aux biens de fortune, et à l'éclat factice qu'ils procurent, science de l'ordre et de l'économie domestique, exactitude dans l'esprit et dans les mœurs, piété robuste et agissante, charité et bonté, tels étaient donc les qualités et les défauts de la race d'où sortit Montyon, vers le milieu du xvin*^ siècle. Ce sont, comme on voit, défauts communs, qualités moyennes, qui ne distinguaient pas sensiblement les Auget et les Pajot, des autres parvenus d'ancien régime. Il n'en faudrait cependant pas conclure que le mérite de ces bourgeois, était toujours un mérite vulgaire, et que leurs âmes situées à mi-côte, également distantes des vertus élevées et des ardentes passions, ont constamment ignoré les élans généreux ou les sentiments délicats qui font l'honneur et la beauté dune vie.

A l'occasion, ces hommes sans naissance, ces femmes sans culture et sans élégance de cour, savaient tenir la plus noble conduite et montrer la plus délicate fierté. Témoin l'aventure suivante, qui est fort connue, mais qu'on nous permettra de rappeler ici, car tout en faisant partie de notre histoire nationale, elle constitue la page héroïque de l'histoire des Pajot.

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