‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 16 sur 224 · Archives de i Assistance Publique · texte numérisé non relu

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C'était en 166"2 ; le duc Charles IV de Lorraine, veau à Paris pour y traiter de la cession de ses états au roi Louis XIV, allait reprendre le chemin des duchés dont il s'était réservé la jouissance viagère : mais il avisa à la cour de la Grande Mademoiselle, perdue dans la foule des suivantes et des dames d'honneur. « la fille d'un apothicaire qui sappelait Pajot, si belle, si modeste, si sage, si spirituelle, qu'il en fut éperdu et la voulut épouser » '. Elle y consentit de bonne grâce, le contrat fut fait et passé le 18 avril 1662, « en la maison du sieur Tistonnet, maître apothicaire rue Saint-Honoré », on commanda les violons de la noce... Cependant le secrétaire d'Etat Le Tellier, (' instruit de ce qui se passait et qui avait fait avec Charles IV le traité par lequel les duchés de Lorraine et de Bar devaient revenir au roi, proposa de profiter de la conjoncture pour tâcher d'obtenir exécution immédiate de ce qui avait été convenu : le roi agréa ce dessein, si bien qu'au milieu du festin de noces ^,

« la surprise fut grande de voir arriver M. Le Tellier, qui demanda à parler en particulier à la mariée. Il remplit son ordre en homme qui avait fort envie de réussir; il lui fit envisager tout ce qu'elle avait à ci'aiadre et à espérer, et il lui dit enfin qu'il ne tenait qu'à elle d'être reconnue le lendemain duchesse de Lorraine par le roi, qu'elle n'avait qu'à faire signer à M. de Lorraine un papier qu'il avait apporté avec lui et qu'il lui montra, et qu'elle serait reçue au Louvre avec tous les honneurs dus à un si haut rang; mais que, si elle refusait de faire ce que Sa Majesté souhaitait, il y avait à la porte un de ses carrosses, trente gardes du corps et un enseigne, qui avaient ordre de la mener au couvent de la Ville-l'Évêque ; ce que Madame demandait avec beaucoup d'empressement.

L'alternative était grande, et il y avait lieu d'être tentée, Marianne ne balança pas un moment, et elle répondit à M. Le Tellier qu'elle aimait beaucoup mieux demeurer Marianne que d'être duchesse de Lorraine aux conditions qu'on lui proposait ; et que, si elle avait quelque pouvoir sur l'esprit de M. de Lorraine, elle ne s'en servirait jamais pour lui faire faire une chose si contraire à son hon-

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