‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 17 sur 224 · Saint-Simon, Mémoires · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires

'2. De Lassay, Recueil de différentes choses, cité par Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t . IX.

LE NOM i;i LA RACE 13

neur ol à ses intérêts ; qu'elle se reprochait déjà assez le mariage que Famitié qu'il avait pour elle lui faisait faire. M. Le Tellier, touché d'un procédé si noble, lui dit qu'on lui donnerait, si elle voulait, vingt-quatre heures pour y songer. Elle répondit que son parti était pris, et qu'elle n'avait c(ue faire d'y penser davantage ; et puis elle rentra dans la chambre où était la compagnie j)our prendre congé de M. de Lorraine qui, ayant appris de quoi il était question, se mit dans des transports de colère effroyables; après l'avoir calmé autant qu'elle put, elle donna la main à M. Le Tellier, laissant la chambre toute remplie de pleurs, et monta dans le carrosse du roi sans verser une seule larme >>.

Moiityon écrira, plus tard, avec une satisfaction non dissimuée : « Ma mère était Pajot » ; pour peu qu'il ait songé en s'exprimanl ainsi, à la charmante aventure que nous venons de rappeler et à lexquise façon dont elle fut dénouée par une de ses aïeules, il avait bien raison d'être fier : de pareils traits valent tous les quartiers de nolilesse et passent, en intérêt, les plus longues jîénéalo<'ies.

L'iiNFANCE, l'ÉDL'CATION, l'eNTRÉE DANS LE MONDE

Le villaffe et le château de Monthyon, vers le milieu du xviii' siècle. — Le père de Mont\'on dans son rôle de seigneur du village. — Le bailli. — Le curé. — Le gouverneur des enfants. — Le frère et la sœur de Montyon. — Les fermiers, les régisseurs et les paysans. — Une tutelle au xviii' siècle : Madame de Montyon et Jean-Guillaume ^^'olfl■. — Montyon écolier et étudiant. — La première charge. — La première visite à Versailles.

L"enfance de Montyon s'écoula tout entière dans la maison natale delà rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, à Paris, et dans le château de Monthyon en Brie, où les Auget passaient environ six mois de Tannée. Sur la première de ces demeures, nous n'avons pu recueillir aucune espèce de donnée. Mais nous possédons des détails précis et abondants touchant lexistence que menaient les parents de Montyon, quand ils étaient aux champs, et nous allons essayer de reconstituer le tableau de leur vie intime, sinon dans tous ses traits et toutes se.> couleurs, du moins dans son dessin principal.

S'il faut en croire un curieux document, retrouvé dans les papiers de notre héros -, le village de Monthyon, tel qu'il était vers le milieu du xvni'^ siècle, ne différait pas très sensiblement de son état actuel. Comme aujourd'hui, on y accédait par l'ancienne route royale qui va de Meaux à Senlis, et le long de laquelle on trouve encore les grosses bornes de granit, portant

1. Toutes les pièces citées dans ce chapitre, et jjour lesquelles il n'a pas été indiqué de référence spéciale, appartiennent aux archives de l'Assistance Publique.

2. Mémoire concernant iétahlissenient d'un vicaire h Monthyon.

en haut relief la fleur de lis des armes de France ; et, comme aujourd'hui, les quelques maisons qui abritaient cette " communauté de six cents communiants ' », grimpaient et s'accrochaient au versant d'une colline agreste, qui domine la route et le pays de Brie. Tout au sommet, Féglise était assise, monument fruste, dont logive est si maladroite qu'on dirait de ces mains calleuses et paysannes qui ont peine à se joindre pour la prière,... vraie maison du bon Dieu, où les oiseaux du ciel ont accoutumé de nicher, et volontiers, mêlent leurs chants aux

cantiques Puis, sur l'autre versant, se dressait le château,

et descendait un très vieux parc. De son origine et de son passé féodal, le château n'avait conservé que ses douves devenues des pièces d'eau, ses remparts convertis en terrasses, et deux tours surmontées des girouettes carrées dont la forme rappelait la bannière seigneuriale ^ ; pour le surplus, c'était un grand bâtiment de style Louis XIV ; son architecture massive, et son toit recouvert de tuiles, n'avaient rien que de très bourg-eois ; à l'intérieur, de vastes salles lambrissées et carrelées, des dég^agements interminables et froids n'offraient rien non plus qui ne fût à la fois décent et ordinaire ; mais, sans doute, ce log^is lirait déjà son agrément d'une double rangée de portes-fenêtres qui s'ouvraient sur les terrasses fleuries, sur l'eau morte des douves, sur les premières allées d'un parc, dont on pouvait dire, certes, qu'il était le plus beau du monde, et, au delà, sur l'immense plaine, si fertile, cju'en été ses vallonnements disparaissent soiis une épaisse et lourde couche d'avoine blonde et de blé roux.

Tel était le cadre. Voyons maintenant les personnages : à cette

1. Mémoire concernant l'élàhlissement cl un vicaire à Monlhyon. I>a commune de Moiithyon accuse aujourtlhui une population de 760 habitants.

2. Nous \errons plus loin, qu'à Monlhyon. une partie de lefiort révolutionnaire se porta contre ces grirouettes " symbole et monument de tyrannie » ; plus tard, ce sont les tours elles-mêmes qui ont di'i disparaître : elles ont été rasées à la hauteur de Ihéberge : en même temps, les douves ont été vidées, elles abritent maintenant des espaliers et des cloches à melon. Indiquons enfin, pour être complet, qu'à l'époque où nous avons visité Monlhyon juillet 1904 , il restait encore dans le château de nombreux meubles et objets de style Louis XVI ayant probablement appartenu à notre héros.

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