Bibliothèque de Genève, M. ce. 23 a
MONTYON PENDANT LA RÉVOLUTION â87
Si vousconnaissiez mieux les affaires, écrit-il à Charles de Constanl, le 18 mars 1807, au sujet desquelles vous m'écrivez sûrement la sûreté de votre esprit vous aurait fait prendre d'autres idées, il me semble que quand des débiteurs ont pris votre argent pour acheter des biens ou pour les libérer des dettes dont ils étaient grevés, et qu'ils vous refusent de vous payer ce qui est légitimement et évidemment dû, tandis qu'ils touchent le produit de votre argent ; quand ils persévèrent dans cette manœuvi-e quelquefois près de dix ans, quand lorsqu'on leur écrit ils refusent de répondre ; quand, lorsqu'ils sont forcés de répondre, ils ne le font que d'une manière offensante, quand, traduits en justice ils ne répondent qu'avec des subterfuges qui devraient plutôt trouver place dans une comédie que dans un tribunal, quand ils s'applaudissent de ne pas payer, se moquant des autres débiteurs qui ont la simplicité de payer, et les exhortant à suivre leur exemple, il me semble qu'il est permis et même indispensable de poursuivre de tels débiteurs '.
Montyon, comme on voit, pensait avoir vidé la coupe d'amertume. Il se trompait. C'est à un certain Peynier, qu'il était réservé de lui en faire goûter le fond. Digne émule de Gottofrey, et comme Gottofrey, citoyen d'Echallens, ce Peynier imagina de prétendre qu'à la vérité, Montyon était mort depuis longtemps, mais qu'avant de disparaître il avait laissé entre les mains de Cuesnoud, prédécesseur de François Barbey, des reçus antidatés ^. Les deux notaires étaient donc nettement accusés d'avoir battu monnaie en percevant des rentes viagèi'es depuis longtemps éteintes ; « feu Montyon » était représenté comme ayant par avance prêté la main à cette horrible combinaison.
A ce coup, le pauvre homme perdit toute tranquillité ; il entreprit la tâche singulière de défendre, vivant, sa mémoire contre ceux qui affectaient de le tenir pour mort ; multipliant, dans ce but, les notes, les lettres, les « exposés », voici ce qu'il écrivait :
L'allégation faite par quelques débiteurs de M. de Montyon qu'il a, lors de son départ de Suisse, laissé entre les mains de M'' Cuesnaud, son charg-é d'affaires, des ({uittances de rente viagère signées