Bihliolhè(iue de Genève. M. ce. 23 a
'2. Au premier rang de ces défenseurs de Montyon, il faut citer l'avocat Secrétan etCazenove d'Ariens ; le 8 avril I80S, ce dernier écrivait à Charles de Constant :
« Mon cher cousin, ...M. de Montyon a des déboires. Non que M. de Montyon ne soit parfaitement fondé, que les difficultés qu'on lui suscite ne soient abominables, mais à cause de l'esprit de cliicane de ses débiteurs, ([ui leur fait inventer des raisons dont le dialile aurait honte, de la mauvaise C(jniposition de nos tribunaux et de la malveillance qui régne ici contre cet iiomme qui vit trop longtemps au gré des spéculateurs. Il vient |)0urtant de gagner au tribunal d'appel sa cause contre Gottofîrey d'Echallens. Mais l'on ne peut s'empêcher d'être indigné de ce que M. G. avait jjour défenseur M. dcFéliceunde nus premiers avocats tant par ses talents
cliques remportés par un Gotlofrey, un Peynier et autres espèces ; ils avaient regardé comme une tâche patriotique de ramener les juges de leur pays à une appréciation exacte des faits ; ils avaient mis dans l'accomplissement de cette tâche, tant d'éloquence, tant dardeur soutenue, que le droit finit par triompher. \'ers lesderniers moisde 1810, lesprocèsde Montyon étaient terminés ' et il les gagnait sur toute la ligne.
Rien n'effacera cependant la pénible impression qu'il conserve de cette série d'aventures mi-fâcheuses et mi-burlesques ; aux tristesses de son exil, on sent que les débiteurs vaudois ont mis le comble et qu'ils ont scellé d'un cachet définitif l'alliance projetée depuis longtemps entre l'esprit de Montyon et les idées pessimistes. N'est-ce pas en 1810, qu'on le surprend^ en train de noter soigneusement cette maxime de Plutarque : « Il n'v a point de bête plus féroce que l'homme lorsque, à la passion, il réunit la puissance -. »
Dune note aussi amère, on aurait cependant tort de conclure que Montyon fût alors disposé à renoncer au commerce de ses semblables. Il appartint toujours, et principalement pendant l'émigration , à cette catégorie de misanthropes, qui portent volontiers leur misanthropie en ville, et qui en font la monnaie courante dune conversation plus ou moins verveuse. Nous allons le retrouver aussi empressé à se créer des « sociétés » que nous le vîmes, tout à l'heure, soucieux de se refaire une
que par ses prétentions à la loyauté. Il faut rendre justice à M. Secrélan, il employa tous ses moyens et il a beaucoup d'éloquence et d'esprit, en laveur de M. de Montyon. il rejjfarde avec raison sa cause comme tenant à l'iionneur du pays dont sa condamnation serait la honte : mais il laut (jueM. de Montyon aide un peu ses agens par une plus grande régularité dans ses certificats et une grande coni'ormité dans la signature. Celle-ci doit être précisément comme la portent les actes hypothécaires : il met indiiréremment .\ugel Montyon et Auget de Montyon, il n'en faut pas davantage pour animer l'éloquence de gratte-papiers et s'en faire des moyens de nullité. »