L. GiiMBAin. — Auqel de Monlyon
fortune. Peut-élre même, pour peu que l'événement lui eût permis de prolong^er son séjour à Lausanne, aurait-il fini par sacrifier presque complètement, aux plaisirs de Ihomme du monde, les préoccupations de l'homme d'affaires.
Lausanne, en effet, n'était point le premier venu des lieux d'exil. Dès l'époque de Louis X^^ elle mérita d'acquérir en France la réputation d'une cité d'élection dont les plus difficiles se pouvaient contenter. \'oltaire, qui s'y connaissait, n'avait point dédaif^né d'en faire trois années de suite sa résidence hivernale ', et il atteste quelque part la supériorité intellectuelle des Lausannais sur tous les autres habitants des Petits-Cantons.
Si l'on ajoute à cela que la vie matérielle était moins chère dans l'Athènes l'omande, qu'en aucun autre endroit de l'Europe centrale, et qu'il ne fallait traverser pour s'y rendre ni la Manche, ni même le Rhin, on comprendra le véritable eng-ouemenl dont elle fut l'objet, au début de l'émig-ration, et comment elle devint, sinon le rendez-vous définitif, du moins la première étape, de tous ceux qui avaient quitté Paris avec l'arrièrepensée de retrouver, au delà des frontières, une succursale intellectuelle de la patrie.
Montvon fut un des premiers arrivants ; selon sa coutume, il se mit de suite sur le pied d'un homme qui veut faire convenable figure, il loua dans la rue de Bourg, « maison Masméjan », un appartement voisin de celui qu'occupait déjà une Française, au nom fameux, Madame Marie-Catherine de Lamoignon d'Aguesseau - ; il y installa ses deux domestiques, les papiers et les manuscrits qu'il avait ravis par avance aux fureurs révolutionnaires, et un bagage dont il faut donner le détail, pour bien, montrer une fois de plus la fausseté des légendes qui nous représentent un Monlyon sordide et accommodé à son désavantage. La garde-robe comprenait :
Une paire de draps gris pour les gens, un habit de drap noir, un halîit de drap carmélite, un liabil et vesle de tricot noir, un habit et